Mois : mars 2011

Carlos Castaneda

 

Premier contact : 30/01/09, 12h30

« Salut,

C’est drôle de laisser des mots dans des livres comme ça. J’ai effectivement un lien particulier avec l’Anthropologie. Voilà ! Et après ? »

 

 

Première réponse : 30/01/09, 15h12

« Bonjour,

Après.

J’aimerai que nous nous rencontrions. J’aimerai que vous/tu me racontiez/racontes l’histoire de votre/ton lien particulier avec l’Anthropologie. J’aimerai que vous/tu m’apportiez/apportes un objet représentant ce lien particulier à l’Anthropologie.

Pour que je l’écoute. Pour que je le prenne en photo. Pour rien, à vrai dire.

Quel moment vous/tu conviendrez/conviens ? Si vous le souhaitez toujours. Si tu le souhaites toujours. »

 

 

Première disponibilité : 31/01/09, 12h10

« Bonjour,

Libre ce week-end.

Ça peut-être dans l’après-midi, la fin d’après-midi, la soirée,

ou demain. Je suis souple et en suspension en ce moment donc

(je suis juste légèrement embêté pour l’objet…)

Dis moi. »

 

 

Premier rendez-vous : 31/01/09, 20h11

« Bonsoir,

Demain,

16h.

Devant la grande roue de la place Bellecour.

Je porterai un béret couleur vin rouge.

A demain.

Histoire et objet en tête en main. »

 

 

Premier acquiescement, 31/01/09, 21h38


 

« Okay.

Demain 16h.

Objet… objet… j’en sais toujours rien. Ca peut être énormément de chose en même temps, voir tout. J’improviserai… Je ne crois pas au hasard.

J’aurai une écharpe noire, une veste en cuir, une chemise à carreaux, la rouge je pense. »

 

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Leçon n°1

« Dans notre société, le travail salarié favorise le plus souvent l’ennui, la lâcheté, la résignation à l’absurde, la docilité infantile, les commérages, les relations fielleuses et l’illusion. Il en est ainsi depuis longtemps pour les hommes ; depuis moins longtemps pour les femmes. Les premiers savent par cœur, et comme d’instinct, les airs d’importance qu’il convient d’afficher, la liberté de jugement qu’il faut mimer, les ruses qu’il est habile de déployer pour faire semblant de tenir debout. À ce jeu qui ne les trompe pas un instant, puisqu’elles ont vu leurs compagnons s’y décomposer, mais auquel il leur a fallu, à leur tour, se résigner, les femmes se sont brillamment adaptées, feignant de trouver dans le bavardage général sur la convivialité une occasion de mettre en valeur leurs qualités spécifiques, leur sensibilité, etc. Si bien qu’on ne sait ce qui est le plus triste, de l’effort héroïque des hommes pour ne pas être lucides ou de l’effort héroïque des femmes pour oublier qu’elles le sont. »

 

Jean Sur

 

(clin d’oeil mollien)

Que lis-tu, inconnu?

Déposer des petits mots propre à chaque petit livre dans chaque petit livre choisi et trouvé à la Fnac.

 

 

« Si vous êtes une femme, que vous allez lire ce livre ou que vous l’avez déjà lu et que vous l’achetez pour l’offrir à une autre femme, j’aimerai vous rencontrer pour que nous discutions ensemble des différentes façons d’être femme à notre époque. Si vous êtes intéressée par une courte expérience exclusivement féminine, merci de me contacter au… »

 

 

« Si vous achetez ce livre parce que vous revenez d’un voyage en Inde et que vous souhaitez prolonger votre voyage en littérature, merci de me contacter pour que nous discutions de nos façons respectives d’incorporer ce pays, cette culture. »

 

 

« Pour un café seulement, rencontrer quelqu’un d’autre, qui lirait Arthaud ou pas, seulement pour rencontrer, devant un autre café, discuter. »

 

 

« Si vous êtes une personne ayant un lien particulier avec l’Anthropologie (affectif, universitaire, de curiosité ou d’exotisme) et que vous souhaitez discuter des différentes façons de faire de l’Anthropologie, merci de me contacter au… »

 

 

Quatre morceaux de moi

Quatre thématiques qui me sont chair

Quatre symptômes identitaires

Quatre révélateurs de conscience

 

Attendre que quelqu’un me contacte.

Première étape

Je tape « Calle » dans Nom et « Sophie » dans Prénom à la rubrique « Qui » des Pages Blanches.

Ce qui donne ça :

 

Quatre résultats. Ce n’est pas grand chose. Je pourrai appeler à ces quatre numéros de téléphone. Qui sait, je tomberai peut-être sur celle des quatre Sophie Calle qui m’intéresse. Ou pas. Mais dans le premier cas, j’aurai trouvé Sophie Calle. Et la trouver aussi facilement, c’est franchement pas marrant. Alors, j’ose espérer que sa notoriété, relative, l’a poussé à se cacher derrière la notion de privée.

Par conséquent, j’oublie les numéros de téléphone et je mets de côté les adresses postales. Les trois adresses postales.Je trouverai bien quelque chose à leur écrire. Un de ces jours. Et « Calle S. », je lui passerai un coup de fil le jour où je dégusterai le premier verre de muscat de la saison.

 

 

Intronisation

La nuit est tombée. Le réfrigérateur ronronne. L’encens papillonne. Mon fils dort. Mon homme veille. Je suis face à l’écran. Je n’ai pas oublié les touches. Je les retrouve, les repère, les mémorise puis les ignore. Je n’ai plus besoin de les regarder pour savoir ce que j’écris. Je me lance. Par ennui. Par amour. Par besoin.

Mon fils va avoir neuf mois demain. Il aura passé autant de temps en moi qu’à côté de moi. Neuf mois. Ma notion du temps n’est plus la même depuis sa naissance. Je me sais vieillie. Ces derniers mois on été éprouvant et une ride s’est creusée sur mon visage. Une ride qui contourne ma bouche d’un arc de cercle aussi précis que le ferait un compas. D’ailleurs ma bouche fut bel et bien piquée, puisque depuis quelque temps, je crie. Je crie d’impuissance et de frustration.

Je me vois vieillir au fur et à mesure que mon fils grandit. D’une vélocité fulgurante je m’approche de ma mort. Ma mort est devenue le terreau de nouvelles angoisses. Mais son éclat, mon enfant, ton éclat me ramène au bonheur d’être ta mère. Malgré toutes ces heures passées à veiller auprès de toi, enfant trop vivant pour jouir des délices du sommeil. Malgré tout ton poids qui pèse sur mon corps tout entier, devenu ton tuteur, ton vecteur, ton humeur. Malgré tes cris qui me harcèlent jusqu’au larsen, tes cris qui me tordent d’asphyxie, tes cris que je ne supporte pas. Puisque je ne comprends pas ton langage, puisque je ne crois plus à tous ces mythes qu’ils ont enfourné dans mon esprit de jeune fille. Je suis devenue mère, plutôt imparfaite, mais je suis la seule à te chérir, à te nourrir, à te bercer, à te laver, à te divertir et à te soigner avec autant d’amour. Malgré tout.

C’est cette maternité qui m’amène ici.

Ma vie a depuis peu changé de ville. Autant certaines choses ont changé, autant d’autres se sont confirmées. Je n’ai plus à supporter la démence d’une concomitance. Je n’ai plus à supporter la petitesse d’un lieu de vie. Je n’ai plus à supporter l’amertume de l’ancienne cité. Et je reste dans un rythme de vie calqué sur celui de l’enfant, où les espaces de liberté sont rares et précieux, où la fatigue me poursuit du matin au soir, où je suis surveillée par les cloches de la Tour Jacquemart qui carillonnent à quelques battements d’aile de notre fenêtre. J’ai des devoirs et j’ai de la culpabilité.

Sept heure, l’enfant m’appelle. Il est réveillé, je me réveille. Je le sors de son lit, je l’embrasse, je respire son odeur de sommeil. Je lui change sa couche et je le laisse jouer au sol. Je plie le linge qui a séché la veille. Je lance une nouvelle machine. Je prends l’enfant dans mes bras et je descends au rez-de-chaussée. Je le pose dans sa chaise haute, je lui donne quelques jouets. Je fais bouillir de l’eau. Je pose deux assiettes, deux couteaux et deux cuillères sur la table. Je sors le beurre, le pain, le lait. Je sors une tasse et un bol. Dans le bol, un sachet de thé. Je verse l’eau dans un récipient. Je mets le biberon d’eau préparé la veille dans ce récipient. Je verse le reste d’eau bouillante dans le bol. Je joue avec l’enfant. Au bout de cinq minutes, je verse le lait en poudre dans le biberon. Je secoue. Je verse les céréales dans le biberon. Je secoue. Je mets un bavoir au cou de l’enfant. Je prends l’enfant et je m’assois sur le canapé. Je donne le biberon à l’enfant. Je fais roter l’enfant. Je remets l’enfant dans sa chaise haute. Je m’installe à la table. Le père s’installe à la table. Nous prenons notre petit-déjeuner.

Et là, vous vous demandez où était le père pendant tout ce temps là?

Il était bel et bien là.

Et le pire, si j’ose dire, c’est qu’il était là, qu’il faisait aussi, que nous sommes deux à faire, en réalité, et que même à deux, notre enfant et notre vie quotidienne nous prennent tout notre temps.

Et là, vous vous demandez ce que je fais après?

Et bien… j’étends le linge.

Et la suite est plutôt ennuyeuse à raconter.

Mais attention, à raconter seulement. A vivre, ça peut-être plutôt pénible. Ca peut aussi être épanouissant. Ca dépend des jours, des humeurs et des imprévus.

Je cuisine, j’écris mon mémoire, je me balade.

Je n’écris plus depuis longtemps. Et celà me manque. Comme une multitude de choses, d’expériences, que j’aimais vivre ou faire, faire ou vivre, et que je fais ni vis plus. Puisque la vie est ailleurs, désormais. La vie est avant tout, en lui. La vie est après toi, pour moi. Neuf mois à réaliser, à concevoir, à comprendre puis à assumer, d’abord pour moi, après pour vous, que je ne voulais pas être une mère parfaite, mais que je voulais, vraiment, être une mère indigne. Qu’il y aurait désormais un temps pour toi et un temps pour moi. Alors je vais m’occuper de toi et je vais m’occuper de moi. Et pour cela, je vais aller au devant de certaines ambitions, je vais respecter ce que je projetais faire ou être, et je vais partir à la recherche de Sophie Calle.

J’ai rencontré Sophie Calle je ne sais plus ni où ni quand ni comment. Mais je l’ai rencontré, je l’ai découverte de mon ignorance et je l’ai apprécié. J’ai apprécié ses travaux, sa subjectivité et son courage. Pour être honnête j’ai longtemps voulu être une recopieuse. Et puis finalement, j’ai laissé tomber. Je n’ai pas assez de réparti pour ça.

Même si je fais aussi de la photo.

Du coup, à l’époque où mon utérus n’avait pas encore servi, que je me croyais libre comme l’air, que je souffrais d’insatisfactions chroniques et que l’ennui ne me divertissait plus, je prenais mon courage à deux mains et je laissais carte blanche à ma folie douce. Celle qui suffoquera en chemin. J’ai fait quelques bêtises, j’ai fait quelques rencontres, j’ai fabriqué de l’insolite, j’ai construit de l’extraordinaire, et ça me faisait vibrer. Je m’en souviens aujourd’hui. Je voulais écrire un livre qui s’appellerait « A la recherche de Sophie Calle » dans lequel je raconterais l’enquête qui me mènerait jusqu’à elle. Bon… si j’écrivais sur des post-it chacun de mes projets j’en serais ensevelie…  Mais aujourd’hui que l’ennui me reprend et que je ne veux absolument pas me frotter au burn-out maternel, je me dis « allons-y ». Et plutôt que le livre, je choisis le blog. Plus interactif. Plus près de ceux que j’aime. Plus indulgent face au temps. Plus près de mon emploi du temps. Plus… mais comment vais-je trouver le temps? J’ai décidé que ceci serait mon escapade, alors le gosse et le paternel… foutez moi la paix!