Mois : mai 2011

Discographie d’une genèse

Je n’étais plus seule :

Pour être sûrs de notre connivence, nous nous risquions à l’écoute de ce qui nous liait:

Et nous avons roulé, roulé, bourlingué :

Dans l’autre pays, alors que nous décidions de sa nomination, nous fredonnions :

Lorsque la vie nous submergeait, nous mettions :

A un mois de notre rencontre, je faisais découvrir les deux maraboutes envoutantes à ton père :

Sur le chemin de la délivrance, j’étais bercée par :

La première chanson que l’enfant entendit fut :

Et pour lui donner le goût de la musique, nous lui chantions :

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Leçon n°4

« Nous n’avions pas d’argent pour aller voir des concerts, mais avant de quitter le Fillmore Robert m’a dégoté une invite pour les Doors. Avec Janet, nous avions dévoré leur premier album, et je me sentais presque coupable de les voir sans elle. Mais en regardant Jim Morrison, j’ai eu une réaction étrange. Tout le monde autour de moi semblait cloué, mais moi, j’observais le moindre de ses mouvements dans un état d’hyperconscience froide. Je me souviens de cette impression bien plus nettement que du concert. J’ai senti, en voyant Jim Morrison, que j’étais capable d’en faire autant. Je ne saurais dire ce qui m’a fait penser ça. Rien, dans mon expérience, ne me permettait de me dire que ce serait jamais possible, pourtant j’ai nourri cette prétention. J’ai ressenti à son égard à la fois de l’attrait et un certain mépris. Je sentais sa gêne profonde aussi bien que sa suprême assurance. Tel un saint Sébastien de la côte Ouest, il exsudait un mélange de beauté et de mépris de soi, et une douleur mystique. Quand on m’a demandé, par la suite, comment étaient les Doors sur scène, je me suis contentée de répondre qu’ils étaient formidables. J’avais un peu honte de la réaction que leur concert avait déclenchée chez moi. »

Patti Smith, Just Kids

Tentons le miracle

Aujourd’hui, c’est décidé.

Aujourd’hui c’était l’été.

Et j’ai menti.

Je n’ai pas bu mon premier verre de muscat et j’ai trahi la promesse d’écrire ma lettre à Sophie Calle devant le premier verre de muscat de l’année.

Tant pis.

Celui-là, je l’ai bu au bord de la mer, à deux pas de la maison de mes grand-parents, alors que je fuyais mon angoisse de mort pour me remplir d’iode régénératrice et que mon fils, qui n’a pas besoin d’être régénéré, me criait dans les oreilles.

Alors Madame Sophie Calle je t’écris en buvant un café, les pieds nus sur le tapis plein de miettes, mon fils dort et je me détends, tout en changeant mes plans.

Ce ne sera qu’une invitation.

Rappelez-vous les trois petites dames, chacune dans son coin de France, laquelle sera la bonne, celle qui ne dira rien, qui ne trahira jamais le secret de sa résidence?

Allez, hop, tentons le miracle!

Et comptons les miettes en attendant!

Comme un arbre sur le flanc abrupt d’une montagne

Malgré moi, quelque chose me retient. Quelque chose entre son nombril et mes viscères. Restons flous. Peu de détails. Laissons l’ombre là où elle masque le sang. Quelque chose qui n’a pas de nom ni d’empreinte et qui est là, qui me tient, en lien permanent avec lui, malgré lui, puisqu’il n’y est pour rien. Puisqu’il est et que je suis.

Je suis partie 24h.

Je suis revenue.

J’ai retrouvé son odeur, cette odeur d’enfant sale, d’enfant traînant au sol, d’enfant affamé de sol et de poussières. J’ai retrouvé son odeur familière et je m’en suis enivrée. Comme pour oublier ce lien qui me tord, comme pour oublier à quel point ce lien me tord.

Puisqu’en son absence j’ai retrouvé mon regard, j’ai retrouvé mes sens, désormais tournés vers ce qui m’entoure et non plus repliés sur ce qui nous entoure. Sur ce qui nous entoure et finit par nous étouffer. Nous et notre filiation. J’ai retrouvé celle que j’étais sans lui. Et je me suis appelée Liberté.

Liberté d’être seule, de ne rien dire, d’aller où je veux, de prendre le temps de regarder l’eau turquoise de ce lac accueillant. Liberté d’écrire quand la pensée me démange, liberté de lire lorsque l’ennui me devient amical. Liberté d’être sans angoisse ni stress. Liberté de respirer. Liberté de regarder mon homme sans en voir le père. Liberté d’être disponible à lui. Et à moi-même.

La maternité m’avale comme l’ogre avale les blondes chevelures.

Alors que je repoussais le moment de rentrer en une contemplation bucolique, j’ai vu cet arbre accroché au flanc abrupt de sa montagne. Je ne sais pas qui de moi ou de mon fils j’y ai vu. Je ne sais pas encore. Mais j’y ai vu l’image de ces mois passés. S’accrocher malgré tout. S’épanouir malgré tout. Se réjouir de notre hauteur d’âme sans renier nos racines incertaines. C’est toi que je vois là mon enfant en cette dernière phrase. J’espère que cet enfant ne craindra jamais cette mère qui le pousse à.

Se sentir libre malgré tout ce qui nous lie.