Mois : juillet 2011

Fin de partie

J’aurai tenu une semaine en la seule compagnie de l’enfant.

Un enfant qui monte des escaliers, qui monte sur des canapés, qui pousse les tables et qui fait basculer les chaises.

Un enfant qui ouvre les placards, qui ouvre les paquets de pâtes, qui verse toutes les pâtes par terre (idem avec le riz, la semoule, le quinoa, le boulghour, il a tout essayé)

Un enfant qui prend des couteaux dans les tiroirs, un enfant qui prends des tournes vis dans la caisse à outil.

Un enfant qui marche, cours, trébuche, tombe.

Un enfant qui mord dans les savons, qui met le balais à chiotte dans la bouche, qui plonge la tête la première dans la poubelle à couches, qui prend le bidon de lessive pour le planquer dans sa chambre.

Un enfant qui arrive à pisser dans sa bouche.

Et c’est ça qui a clôturé ma semaine « non-pas-ça-pas-bon-interdit-berk-non-arrête-stop-attention-pas-bien ».

Mon fils, allongé sur sa table à langer (qui n’est qu’un matelas à langer), à moitié nu, la moitié d’en bas, en train de se pisser dans la bouche, puis rire.

Et moi aussi j’ai bien ri, je me suis même pas mise en colère!

Et que personne ne me dise que je dois lâcher du leste!

(le Père rentre dans la nuit et plus tard nous irons chez les Grand-Parents – fin du KohLanta de la mono-parentalité)

 

 

 

 

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J-8

Laisser l’enfant vider son assiette de pâtes par terre (#mèrerésignée)

Arriver à m’endormir dix minutes tout en ayant « Le Piano enchantée » de chez Vtech et son pianiste déchaîné à 5 centimètres de mes oreilles (#mèreépuisée)

Dire 45 fois « allez, je vais changer ta couche »-pleine avant de le faire (#mèreindigne)

Regarder ses ongles d’une longueur impressionnante et dire « on va attendre le retour de ton père avant de les couper hein?! » (#mèreindigneagain)

(respect aux mères célibataires)

 

 

J-9

De 4h à 9h du matin, l’enfant a pleuré

Refusant le sommeil et les parties de poker

Puis

Nous avons ri et nous avons dansé

C’était la fête des danses du monde dans le quartier

(on ne peut jamais prévoir une fin heureuse)

 

 

 

 

 

Et si c’était Jésus – Part III

Tu es allé à St Jacques?!

Oui. J’ai fait tout le chemin à pied…

Tu sais que c’est mon rêve d’aller là bas.

C’est vrai? C’est vrai? Franchement?

Oui, oui ! Ça fait deux ans que je me dis allez, tu pars, tu fais ton périple à pied, tu vas jusqu’à là bas. Mais j’ai peur d’y aller toute seule, alors je cherche quelque un pour le faire.

Ben moi franchement, le chemin de St Jacques de Compostelle c’est un truc…et puis les gens ils sont trop…ils m’ont fait trop flashé. J’avais jamais vu des personnes comme moi. Moi je suis parti comme ça, sans rien, et j’avais pas peur tu vois. Ça remonte à la première fois ou j’ai voyagé quand je suis parti de chez mon père après chez monsieur R. et tout ça, sans rien. J’avais tout. Mais maintenant j’ai des problèmes physiques. C’est seulement ça qui m’a un peu freiné. Et quand j’ai décidé de faire le chemin de St Jacques de Compostelle, c’était au moment ou je vivais dans les bois, j’avais peur parce que l’arthrite ça me rattrape tu vois. Je fais des pneumothorax à répétition. J’en ai déjà fait 22. Et je me disais que j’étais capable et puis j’avais envie de le faire. Je l’ai fait sans rien, sans un franc ni rien. Je suis partie avec un pantalon, une paire de chaussures, deux pulls, deux tee-shits, et j’ai tracé comme ça. Et je suis parti de Lille, j’ai été à Amiens, j’ai dit bonjour à mon copain apiculteur, j’ai été à Angers. Et puis je me suis retrouvé sur la voie de Tours et je ne savais même pas qu’il fallait une créancière pour le faire. Je sais plus si c’est 1400 ou 2000 kilomètres, je sais plus quelle distance j’ai fait à pied. J’ai fait tout à pied, sans faire du stop ni rien. Au début il y a des gens qui me disaient « mais tu es fou, tu crois que tu vas vivre comme ça dans la vie », et je disais « mais Monsieur je vais vous dire une chose, si on se met des barrières dans la vie on avance plus, et dans la vie il faut avancer pour construire des barrières. C’est en avançant qu’on voit ce qu’il se passe. Si on se met des murs, il n’y a plus rien. Ce n’est qu’en marchant qu’on verra, si on ne marche pas il ne se passe rien ». C’est bizarre parce qu’il y a des gens qui me disait merci sur la route, je parlais avec eux en marchant, des fois ils avaient un problème, et je leur parlais et je trouvais souvent des solutions à leurs problèmes. Ils me remerciaient mais je leur répondais qu’ils n’avaient pas à me dire merci. Et plein de trucs comme ça. J’ai vécu des moments tellement forts avec Batista que j’ai rencontré, ou la dame aveugle. J’ai fait un pneumothorax sur le chemin. J’ai eu le poumon décollé mais j’ai quand même continué. J’ai vu un médecin, il m’a regardé et il m’a dit « écoutez monsieur vous avez de l’artryde dans toutes les articulations du corps et vous portez un sac, je vous conseille d’arrêter, vous faites 5km par jour, c’est beaucoup trop. Mais vous savez tout ça » – « Bien sûr, et c’est pour ça que je le fais ». Mais tu sais j’ai rencontré des gens supers chez qui j’ai couché. J’ai dormi chez une femme aveugle, qui m’a aussi nourri alors que j’étais couché. Après ça j’ai été chez des gens chrétiens qui m’ont hébergé 5 jours, et qui m’ont amené jusque là. Et de là, il y a une personne qui m’a prise en voiture et m’a emmené à L.. euh non…ah si je suis allé dans un monastère pendant 5 jours. C’était trop puissant tout ce qui m’est arrivé. Et j’ai quand même continué, continué quoi. Et la fin j’avais une créancière comme ça avec pleins de cachets, et les gens après ils me prenaient la tête parce qu’ils voulaient me passer leur famille au téléphone, et me prendre en photo. Ils voulaient me donner de l’argent, ils voulaient me donner à manger. Mais moi je voulais continuer sans rien quoi. J’avais pas peur, je sais pas, j’avais plus peur quoi.

Il faudrait que je prenne plus de temps de te raconter tout ça…là c’est tout saccadé…j’ai vraiment rencontré des gens merveilleux.

Ma créancière je l’ai donné à mon amie E. qui est prêtre. Je lui ai fait un cadeau parce que c’est un ami qui m’a beaucoup aidé. Quand j’avais un pneumothorax, je ne savais pas ou dormir…et je sais pas…c’est trop fort. Et je n’ai pas fini le chemin à St Jacques, parce que quand je suis arrivé en Espagne, il y avait de la neige. J’ai même sauvé une personne dans la montagne qui faisait une hypoglycémie…et on m’avait dit, avant de faire le chemin de St Jacques de Compostelle, qu’il y avait eu des morts à cause de la neige l’an dernier. Et moi j’en avais rien à faire, je me disais, si je dois mourir dans la montagne je vais mourir dans la montagne. Alors moi si je suis venu jusqu’ici pour mourir dans la montagne et ben je vais le faire et je verrai bien. Je veux être là haut dans le silence absolu. Et je m’en fous quoi. Et il me disait « Tu montes? » et moi « Non non, c’est juste pour prendre des photos, il y a des chouettes villages », et lui « ah ben ça va alors, il ne faut pas monter hein! ». Et tous les autres gens que je rencontrais après…euh si je parle trop vite…ils faisaient le reste en chemin, enfin, sur la grande route quoi. Ça allait plus vite. Et moi « ouais ouais »Et je suis parti. J’avais même mal à mes articulations. Et j’avais un tout petit peu de nourriture qu’on m’avait donné quoi. Déjà pour dormir là ça avait été dur, parce qu’il fallait donner des sous. Mais moi je m’étais toujours débrouillé pour dormir gratuitement. Et j’ai vu plein de gens qui abandonnaient parce qu’ils en avaient marre, et ils étaient trop nombreux. Et ce jour là j’étais motivé et je me suis dit « je monte », et puis j’avais super peur je me disais « tu ne vas pas faire un pneumothorax », je sentais que j’avais du mal à respirer et il fallait monter en altitude. J’arrive à 1300m et c’était tout vert. Pas une neige quoi. Je me disais « ça va c’est génial il n’y a pas de neige. A 1400m, pas de neige. Je me disais « ah c’est chouette il n’y a plus de neige ». Et arrivé à 1500m, pchhhhhhh, plein de neige. Il y avait de la neige jusque là, je ne voyais plus rien. Waouh, moi j’étais tout excité, avec la peur et l’excitation qui se mélange. Mais je marchais et tout ça, et à un moment, il n’y avait plus de chemin. Je marche dans la neige, je ne savais pas ou je vais. Et le jour avant j’avais rencontré une personne qui s’appelait B. Et elle était comme ça, comme ça toute tremblée, assise sur une pierre. Et je lui dit « mais qu’Est-ce que tu fais là? Pourquoi tu marches pas? ». « Ahwoiiozj » elle commençait à me parler en espagnol. Et moi  « mais je comprend rien à ce que tu me dis! ». Et je lui dit « mais qu’Est-ce que tu as? Tu as faim? Mais elle ne comprenait pas ce que je disais. « Moi je ne peux pas t’aider, je ne sais pas ce que tu as, je ne vois pas ce que je peux faire. » Et puis d’habitude je ne prends jamais du sucre sur moi. Et là j’avais du sucre parce que j’avais des aphtes. C’était de la propolis des abeilles, parce qu’il y a des antiseptiques et tout ça dedans. Et en une semaine c’est soigné avec ça. Et alors je lui ai dit « tiens » parce que peut être qu’il avait faim et tout ça. Et elle était trop contente, elle avait presque les larmes aux yeux. Et je lui donne mon saucisson, et elle mange le trois quart de mon saucisson, mon fromage, et j’avais plus rien et…puis moi je savais très bien que je ne devais pas m’arrêter parce que je refroidissais, et ce n’était pas bon pour mes articulations quoi. Alors je lui ai dit « il faut qu’on marche, il faut se dépêcher, allez viens. » Alors au début ça allait bien, elle avait mangé, elle allait bien. Et quand on s’arrêtait, elle voulait prendre des photos. Et on a marché ensemble dans la montagne, pendant des heures et des heures. Je crois que j’étais parti à dix heure du matin et on est arrivé à deux heure de l’après midi de l’autre coté de la montagne. Et un moment on commençait à flipper, on se disait que c’est tellement beau, on avait vu mais on avait pas de montre alors on ne savait pas si il allait faire noir alors on avait peur. Et puis à un moment euh…on est arrivé euh…au dessus de la montagne…et puis ça redescendait et on voyait un petit flanc qui recommençait et on était tout content on se disait ça y est on va descendre de la montagne, on n’est pas mort de froid ni rien. Et puis « oh viens viens viens », et moi « non non non attend un peu deux minutes, viens à coté de moi ». Et elle elle rigolait, elle disait « si si si ». « Tu vois, tu vas quand même prendre des petites photos ». Tu vois, c’était comme une petite tradition. « Et tu vois là? ». Et elle « non non non pas descendre là ». Tu vois ça descendait un peu rapide comme ça. Et ça descendait, ça faisait un drôle de petit chemin comme ça c’était plein de neige. Et je lui disais « et maintenant tu vas le faire avec moi, allez hop! ». Et je l’ai poussé, et on a dégringolé, à travers les arbres, la forêt, comme des rigolos on se prenait des arbres. Et on a marché, on était plein de neige. On a sauté des ruisseaux et tout le bazard. On est arrivé comme des ours de la falaise, super émerveillés et plein d’images dans la tête. Et tous les autres avaient pris le grand chemin, ils avaient fait le grand tour. « Et c’était bien? » – « Ouais! ». Ils étaient tous dégoûtés quoi! Et nous on était tout content. On était tout mouillé et tout dégueulasse, mais on était heureux. Et c’est trop merveilleux, je te jure il faut le faire, ça vaut trop le coût. Et…moi je me suis arrêté à B. à cause des problèmes de santé. Parce que je m’étais donné trop fort. J’aurais du faire un petit peu, modérément. Mais je me suis fais plein d’amis hein! Et…j’aurai pu continuer quoi! Et…j’ai arrêté parce que j’étais super fatigué physiquement, j’avais mal aux articulations. Si je m’étais reposé deux trois jours j’aurai pu finir. Il me manque 460km et j’ai fini le chemin de St Jacques. Et j’ai toujours dit que je le finirai parce que c’est trop beau quoi! Et ma créancière je l’ai donné à mon ami mais je m’en fous parce que j’ai toujours dit que je ne veux pas recommencer à partir de là, je veux recommencer tout le chemin, parce que…c’était trop merveilleux quoi. C’est trop beau, et les gens sont trop géniaux. Euh…je me suis fais des amis en Espagne et tout. J’ai dormi dans une auberge, parce que je cherche un endroit pour dormir, c’était à L. Et là il y avait une auberge belge. Et là « vous parler neederlands? » et moi, « non, moi parler français. Moi pas d’argent pour dormir. Moi caminando to Santiago. ». Et eux « non non pas possible ». Et là tous les gens que j’avais rencontré sur le chemin ils me demandaient « pourquoi ils ne veulent pas que tu dormes? On va donner des sous pour vous ». Et moi je leur disais « non non, si eux ils ne veulent pas m’aider, c’est pas grave, je dormirai dehors. » Alors tout le monde il s’engueulait. Et moi je disais « c’est pas grave les amis, je vais me débrouiller, je vais continuer ». Et tout le monde était déçu. Je suis sorti de là et je suis tombé sur un monsieur qui s’appelle M. et je lui ai dit « Bonjour Senior! Moi Jean Baptiste. Moi caminando to Santiago. Moi créancière! » Il me regardait comme ça…mais il ne disait rien. Alors j’ai fait demi tour et il m’a dit « tu veux manger? – « Euh je veux bien… »Mais il ne parle pas bien le Français. « Viens viens viens…tu veux dormir? Pas de problème ». Et moi j’ai dit « waouh ». Et puis sa femme, elle parlait mieux le Français. Je suis resté quatre jours là bas, et j’avais un problème, j’étais tout malade, j’avais un champignon à l’aine. Elle m’a donné des granules homéopathiques et tout. Et ils voulaient plus que je parte! Ils étaient tout gentil quoi. Je mangeais là. Le matin je donnais un petit coup de balais et je mangeais avec eux. Après quand je suis parti, ils m’ont fait pleurer parce que je leur ai dit que je devais partir, je voulais voir mes amis qui étaient en Belgique, et ils m’ont dit « eh n’oublie pas, nous aussi on est tes amis. Ici t’es chez toi, tu reviens quand tu veux ». Alors j’espère les revoir. Ils m’avaient donné plein de nourriture. Tu sais il y a plein de gens comme ça sur le chemin qui m’ont donné de l’argent…ah c’est trop fort…Il faut que je fasse pipi là…j’en ai besoin…

(…)

Quand j’ai commencé le chemin de St Jacques j’ai super galéré parce que je pensais que c’était un mythe ou quoi. Je connaissais beaucoup de marcheur mais je ne l’avais jamais fait.

Ce qui était impressionnant, c’est que je ne savais pas comment faire, et je me suis retrouvé dans la rue d‘abord. Alors j’ai fait le 115. Et les deux trois coup que j’ai eu c’était avec les sans papiers et les immigrés que j’ai rencontré. Avec les premiers que j’ai rencontré quand j’étais pas bien et qui venaient d’Afrique et tout…et il y en a un que j’ai rencontré qui s’appelait M. et lui son histoire…

(Problème raccord)

Ce n’est pas possible…c’est incroyable ce que tu me racontes là…

Oh je sais pas. Il y a plein de gens qui vivent ça, mais moi je ne réalise pas très bien. Parfois ça me fait bizarre d’avoir vécu pleins de choses comme ça…je suis aussi resté dans un monastère. C’était un truc de fou aussi. Pendant 6 mois. J’ai été accepté là. J’ai aussi rencontré un garçon…il y a pas très longtemps…euh, parce que ça c’était avant de venir ici que j’étais chez les moines. Parce que j’avais envie d’être un peu posé et tout ça quelque part, pour réfléchir. Et le garçon, c’était à Fontainebleau, je l’ai connu, je l’ai vu, je l’ai regardé passé dans la rue, et je lui ai dit « alors tu es aux Tibériades? ». Il me regarde et il me dit « mais comment tu sais ça? ». Et je lui ais dit « et ben tu vois la petite chaîne que tu portes au cou, je la connais. » –  « Comment ça? Tu as travaillé là bas? Comment tu t’appelles? » – « Jean-Baptiste » – « Ah c’est toi Jean-Baptiste! J’ai pris ton travail là-bas, je m’occupe des abeilles. On a beaucoup parlé de toi, tu es parti sans rien dire! Je connais Sœur Catherine… » Ah ça m’a fait chaud au cœur tout ça. Il était un peu perdu ce garçon. Il n’était pas bien. Il me demandait pourquoi j’étais parti et je lui ais répondu que j’étais parti comme ça. Lui il avait la foi. Et moi je n’ai pas cette foi là, moi j’ai la foi en la nature. Je sais pas, j’ai eu la sensation qu’il était en recherche. Je lui ais dit « tu sais quoi je pense que tu devrais retourner là bas, fais le, ça t’apportera beaucoup. Je sens que tu es un peu perdu, tu tournes en rond, je pense que tu dois retourner là bas ». Alors il m’a parlé des copains, Nicolas, et tout. Je lui ai demandé de remercier sœur Catherine, parce que c’est elle qui m’a appris à lire. Et euh…c’est aussi pour ça que je suis parti de la fraternité. Parce que en fait, c’est une sœur qui m’a appris à lire, une fille extraordinaire. Et elle, avant d’être sœur, elle avait été championne de volley, elle avait été reconnu dans presque les dix meilleures mondiales, et elle faisait partie de l’équipe de Belgique. Elles avaient gagné aux Jeux Olympiques la médaille d’argent. C’est une fille super gentille. Elle a fait des études d’institutrice. Quand elle avait 16 ans, elle était d’une famille super chrétienne, elle avait voulu être sœur, et alors euh…pour moi elle a été d’une grande aide parce qu’elle m’a aidé à grandir et j’ai été heureux. Mais moi, elle avait pleins de problèmes et tout ça, et j’ai pu l’aider aussi à avancer. Et ça, ça m’a fait du bien. Elle était incroyable. J’avais jamais rencontré une fille comme ça dans ma vie. Avec une force dans la tête, c’était vraiment merveilleux. Et euh…elle était là et…en fait, donc elle voulait être sœur, et on lui disait, « continue tes études et tu verras bien. Et quand tu grandiras, tu voudras toujours devenir alors tu deviendras. » Donc elle a fait ses études, elle a arrêté le volley, et elle a dit à ses amies « et ben voilà je vais vous laisser, je veux devenir soeur ». Alors personne ne comprenait, ils étaient déçus. Mais elle a eu du mal. Depuis 5 cinq elle a arrêté et elle faisait des cauchemars…elle était perdue quoi. Mais elle aime sa vie hein! Et…en fait elle m’a appris à lire et tout, et…on se comprenait trop bien tous les deux et tout ça! Et même si elle était sœur et tout ça euh…et moi je…au début j’avais un peu peur, de ne pas savoir faire et tout ça Tout par rapport à mon passé, à l’école spéciale. Et je me suis presque dit encore que j’étais un handicapé, un handicapé, et que je n’arriverai pas à apprendre. Et ce qui l’impressionnait elle…et ça m’a fait du bien parce que c’était la première fois de ma vie qu’une personne me disait des choses comme ça…elle me disait qu’elle savait que j’étais intelligent et que j’allais deux fois plus vite qu’un enfant pour apprendre. Parce qu’au total, sur 4 mois qu’on a passé ensemble, j’avais appris à lire en un mois et demi. Elle me disait « tu vas trop vite, c’est extraordinaire ». Elle avait pas l’impression d’être l’institutrice. Et moi je lui racontais comment c’était dans l’école spéciale, comme j’étais mauvais et ce qu’ils disaient, ce qu’il se passait avec les élèves et tout. Et elle n’arrivait pas à y croire…Et en fait à la fin, on est tombé amoureux l’un de l’autre. Moi je respectais sa vocation et tout ça, et j’étais perdu parce que j’avais du respect pour les frères et tout. Mais j’étais super paumé, je ne savais plus quoi faire, j’étais fou amoureux. Et elle aussi. Et après, je suis parti de la fraternité. Et je lui ais dit…enfin vers la fin, elle me demandait même « qu’Est-ce que je dois faire? », mais moi je ne pouvais pas décider à sa place! Parce que ça se fait pas…Alors moi je suis parti dans les bois. Je lui ais dit euh de voir et tout ça euh…avec le temps elle ne m’a pas suivi, elle est restée avec les sœurs. Ça s’est fini comme ça. C’est pas grave franchement, parce que pour moi si elle est heureuse, c’est bien comme ça. Imagine, je sais pas, qu’elle serait avec moi, et qu’elle aurait tout quitté, une deuxième fois dans sa vie, comme avec le volley ball, et qu’après elle se rende compte que ce n’était pas ce qu’elle voulait…tu imagines le traumatisme. Alors tant qu’elle est heureuse…Et je suis content parce que le garçon quand il m’en a parlé, il m’a dit qu’elle allait super bien et que ça se voyait qu’elle était heureuse. Oh cette sœur Catherine….Il y avait le frère Lionel aussi…ils m’ont tous manqué. Franchement il n’y a pas d’autre fraternité comme ça! Au milieu des bois, sans nouvelles, ils font tout eux même, il y a des gens qui leur donne ce qu’ils ne peuvent pas faire eux même, il y a des animaux, des moutons…je me suis occupé des petits agneaux là-bas! Je leur donnais à manger et tout…je me levais à 3h du matin, à 5h du matin…Oh ouais c’est…j’ai rigolé là bas…avec Jean François, on rigolait quand on faisait les cons…Alors j’allais prier, je faisais les offices et tout ça sans savoir vraiment si ca m’attirait. J’avais envie de le faire parce que ça me faisait plaisir. Et parfois j’étais même plus motivé que les moines! Alors il y a eu un ou deux concours comme ça…je me retrouvais à 5h du mat en silence comme ça dans la chapelle et il y avait des moines qui ne pouvaient pas venir parce qu’ils étaient trop fatigués et il y en a pleins qui se sont re motivés et à la fin on y était tous…il y avait frère Marc qui faisait tout à pied et je réussissais à le faire venir quand même, même s’il était crevé. Mais à la fin, avec Sœur Catherine, je l’avais trop dans la tete alors j’arrivai plus à y aller…

Tu penses beaucoup à elle?

Ben…maintenant ça va. Maintenant, c’est fini. C’est passé. Et euh…les quatre mois que je suis resté dans les bois après etre parti de la communauté ça m’a aidé…Et en fait, ce que je lui ai écrit, c’est frère Marc qui m’a aidé à écrire la lettre, et puis, comme j’était vraiment amoureux d’elle…franchement j’étais jamais tombé amoureux de quelque un alors je peux pas euh…je pouvais pas l’arracher de là, elle serait pas heureuse. C’est pas trop dur parce que j’ai toujours été tout seul et euh…je serai content de rencontrer quelque un avec qui je pourrais vivre et tout ça…c’était vraiment une fille merveilleuse…mais en même temps, comme je te disais, si vraiment elle n’était pas bien je m’en serai voulu toute ma vie. Je me le serai jamais pardonné. Alors c’est mieux comme ça je pense. Elle est heureuse. C’est ça qui est bien.

Tu as été souvent amoureux?

Euh…j’essaye de trouver…euh…quatre fois.

Et comment tu sais que c’est vraiment ça?

Je ne sais pas. Je l’ai ressenti comme ça. C’était vraiment des personnes extraordinaires. Je ne sais pas…mais c’est vrai, c’était peut etre pas ça…Mais ça je crois que je le sais parce qu’avec sœur Catherine, j’étais vraiment pris aux tripes. En plus c’était horrible parce que tout ce qu’on ne devait pas faire pour se croiser on devait faire comme si….c’est dur tu vois de ne pas montrer aux autres que tu es amoureux de quelque un. On essayait de ne pas se montrer ensemble. A la fin on faisait le mur et le soir on parlait, on parlait jusqu’à 4h du matin, on se mettait dans le bois et on parlait. Il ne s’est jamais rien passé, parce qu’elle elle était sœur. Et vers la fin elle me disait « mais comment je fais pour enlever ça. Si on était dans une autre vie on serait ensemble. » Et moi je ne savais pas quoi répondre. Et puis voilà…excuse moi, ça fait parti de ma vie mais je m’éloigne un peu du passé. Tu veux que je te parle du passé?

On peut prendre dans le désordre…peu importe.

Sinon on peut continuer demain…si tu as envie hein?

Oui oui…

J-10

Danser sur les Daft Punk à 7h20 du matin pour faire rire l’enfant

M’acheter des fleurs sauvages au marché, parce que j’ai pas besoin qu’on m’en offre pour en avoir chez moi

M’acheter du saucisson au marché, parce que j’ai pas besoin d’avoir un homme chez moi pour en manger

Faire une bataille de haricots verts et en retrouver aux quatre coins de l’appartement

Danser sur Joy Division en disant « prout prout caca boudin » pour faire rire l’enfant

Trouver qu’on est vraiment fou-fou tous les deux ensemble

(l’enfant fait tomber son biberon d’eau, toute l’eau se déverse sur le sol, je dis « c’est pas ma journée », ensuite, l’enfer – 16h/19h)