Mois : juillet 2012

« Rachel, Monique », Sophie, Stéphanie et toutes les autres.

Le vent soufflait, soufflait froid, en ce jour d’été qui était mon jour de liberté. J’ai pris le train, tôt le matin, descendant le long du Rhône tandis que le soleil s’élevait et que le mistral se levait. J’allais retrouver mon frère, sur le quai d’Avignon, histoire de ne pas tourner en rond. J’avais une journée pour prendre l’air loin de mon foyer, une journée pour renouveler mes énergies, une journée pour faire un pas vers Sophie Calle.

 

« Rachel, Monique », l’exposition de Sophie Calle dans l’église des Célestins qui a pour thème l’absence, sa mère, la mort de sa mère.

 

L’église était belle, du sable au sol, des tas de pierre, des pavés amoncelés, des fenêtres sans vitres, des portes sans poignet, du bois, des recoins, la lumière à travers les vitraux, un silence premier, peu de visiteurs, une certaine intimité et des oeuvres disséminées. Des objets intimes, quelques photos, des mises en scènes, des films, des métaphores, de l’humour, des déclinaisons, de la mystique. Puis une voix qui s’élève en un soupir et de l’incompréhensible. Je me dit : « elle est là ». Mais je ne la vois pas. LE SON EST AILLEURS. Puis, en me retournant, je la vois, un carnet à la main, lisant en un murmure l’intime de sa mère, marchant avec nonchalance au milieu des visages attentifs, des corps figés et de quelques curieux irrespectueux (il en faut toujours un ou deux pour glacer de honte le reste de la foule). Je l’ai écouté parler, je l’ai regardé de loin, et des larmes ont coulé.

 

Pertinence du lieu, du fond et de la forme, j’ai compris ce qu’elle nous faisait passer de la bouche à l’oreille, de la main à l’oeil, du coeur au coeur, battant, frémissant. J’ai saisi le sens de sa démarche de tous mes sens en connivence avec son art, sa pratique, son message.

 

Je suis allée vers cette jeune femme qui avait tout l’air de « s’occuper » d’elle. La femme en orange. Je lui ai remis mon enveloppe, à l’intérieur, mon article Montparnasse. Elle m’a promis qu’elle lui remettrait. Je l’ai cru de tout coeur.

 

Une nouvelle ère a commencé depuis le mois de Janvier, l’ère de la joie conquise et de la peur de rien. J’ai définitivement compris l’attitude à habiter. Et je crois que Sophie Calle représente tout à fait cet état. Un état d’enfance, c’est indéniable, avec ce qu’il y a d’érotique en la femme, ainsi que l’obsession masculine à vouloir aller au bout de ce qu’on entreprend. Une sorte d’état hybride, métissage de tous les âges et de tous les genres, pour ainsi baigner dans l’universel et réussir à toucher l’autre avec ce que nous vivons tous, inévitablement, au cours de notre vie. Sans pour autant être dans la vulgarité et le vulgarisé. J’ai eu, durant ce temps passé en ce lieu, en sa compagnie, le sentiment puissant que j’étais faite de la même matière. Les seules choses qui nous différencient sont l’expérience et la visibilité. Je suis une artiste autant que Sophie Calle l’est. C’est en cela qu’elle m’a rendu plus forte. Elle m’a offert la possibilité de ne plus remettre cela en question, et d’avancer, enfin, sûre du chemin que j’ai pris il y a déjà pas mal d’années, et sur lequel je me suis arrêtée trop longtemps, par peur de faire fausse route. Mais l’état m’a rattrapé et mon contexte me permet désormais de l’exprimer. Elle vient de là la joie, elle vient de là. Je la tiens, fermement. Et le pas de plus en devient plus dansant. En attendant Sophie Calle sans attendre Stéphanie Quérité.

Jf cherche étagères pleines de livres à photographier

Vacances, je suis en vacances. Adieu le cycle, le rythme et la semaine. Je reviendrai en Septembre lorsque je me serai lassée de la douceur. Je tâcherai de ne surtout rien écrire ici, je tâcherai de tout écrire ailleurs. Et d’avancer dans mes nombreux projets. Je ne suis en vacances que le temps de le dire. Demi-tour, je retourne à mon champ de bataille.

 

Il y a un projet que j’aimerai lancer dans l’air estival, projet dont l’étendue et le support et les symboles et la démarche prennent des airs Calliens. Sophie Calle, oui, je reviens. Je pars de nouveau à ta recherche à travers un travail qui me permettra de m’éprendre à ton souffle, à ton inspiration, à ton souffle.

 

Voici le temps de l’invitation.

Ceux qui me connaissent en ont déjà reçu beaucoup ces derniers temps. Et en recevront une nouvelle dans quelques minutes.

Ici, mon invitation s’adresse aussi aux, en moyenne, 324 inconnus qui viennent chaque semaine lire mes articles.

Bonjour.

 

J’aimerai prendre en photos vos livres. J’aimerai photographier des étagères pleines de livres. J’aimerai prendre en photos vos bibliothèques. J’aimerai venir chez vous, m’installer sur votre canapé, discuter le temps d’un thé sur la littérature telle que vous l’appréciez, vous poser quelques questions plus précises sur vos auteurs et vos livres préférés, prendre en photos votre bibliothèques et m’en aller vers un autre lecteur.

 

Qui?

Qui accepte de m’ouvrir sa porte?

En sachant que l’anonymat sera préservé.

En sachant que je viendrai quand vous voudrez.

En sachant que je ne poufferai pas en voyant un livre de Musso en haut à droite.

Un petit « moi » écrit en commentaire suffira.

 

Que votre été soit doux!