Mois : septembre 2012

Charlène et la soufflo-thèque

 

Ceci n’est pas la bibliothèque de Charlène.

Charlène n’a pas de maison.

Charlène aimerait bien avoir une telle bibliothèque.

Mais pas forcément une maison.

Charlène est sur la route.

Un livre dans son sac, c’est déjà beaucoup.

Ca pèse déjà lourd sur chacun de ses pas.

Ce n’est pourtant pas le seul qu’elle a lu, qu’elle lit, qu’elle lira, en chemin.

Et c’est bien ce qui rend toute légèreté à son esprit.

Ses livres sont des petits cailloux qu’elle sème, au cas où.

Les livres qu’elle a lu avant de partir au Mexique sont chez ses parents.

Les livres qu’elle lit en Australie sont au Mexique.

Les livres qu’elle lira en Inde seront en Australie.

Je m’avance peut être un peu trop à espérer qu’elle retourne là où elle s’est éveillée.

Tout comme je m’avance en imaginant être sa bibliothèque,

cet escalier menant à la lucarne.

Si elle en avait une.

Si elle était immobile.

Si elle cessait d’être mobile.

Et se mettre, comme nous tous, à accumuler, concentrer, rassembler.

Mettre en scène sa culture.

Charlène, elle, sème et recueille.

Son âme est sa bibliothèque,

le livre est  pour elle un souffle.

Le livre la pousse à aller de l’avant.

Le livre lui insuffle la foi.

Je sais qu’elle a lu « La folle allure » de Bobin.

Je sais qu’elle a lu « Soufi mon amour » de Shafak.

Je sais qu’elle a lu « En nous la vie des morts » de Nobécourt.

Habitée, hantée.

Inspirée.

Respire.

Lorsque tu trouveras « l’endroit »,

lorsque tu seras convaincue par cet « endroit »,

tu y bâtiras ton chez-toi,

et tu rassembleras tous les livres qui t’ont apporté

suffisamment d’air pour t’envoler avec autant d’allure

dans cette pièce bibliothèque où tu te réfugieras

lorsque la démangeaison sera plus forte que la raison.

Et tu te souviendras

de tous ces paysages

de tous ces visages

de toutes ces odeurs

à la simple vue d’un titre

à la simple lecture d’une phrase

à la simple évocation d’un auteur.

Car nomade tu resteras,

grâce à ta bibliothèque.

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