Mois : avril 2013

Leçon n°19

« On me dit souvent : « Un jour tu penses ceci, puis le lendemain son contraire. C’est insoutenable. » Mais le vent est-il en contradiction avec lui-même? La pensée, les profondeurs de l’être ne sont-elles pas de même nature que le vent? Ne sont-elles pas libres, selon les circonstances, d’aller où bon leur semble?

Je n’ose vous décrire tous ces états que la peinture me fait traverser. Ils semblent paradoxaux et pourtant celui qui ne craint pas de paraître un vieux fou excentrique, celui qui a le tempérament ouvert à l’expérimental, celui qui ose explorer, éprouver tous les contrastes de sa nature intime, acquiert une certaine acuité intuitive. Il soigne par cette voie le pouvoir de sublimer.

L’écriture spontanée au pinceau, ne faut-il pas l’enrichir, la nourrir, lui offrir cette palette polyphonique inouïe de la variation de nos perceptions? »

 

Fabienne Verdier dans Entretien avec Fabienne Verdier de Charles Juliet

 

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Françoise et la pli-thèque

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*

Voici la bibliothèque de Françoise.

Qui n’est pas seulement une bibliothèque supportant le poids des livres,

qui est aussi une bibliothèque détenant le secret des livres.

Jouissant de l’allégresse des pages,

se réjouissant de leur matière,

s’enfouissant dans ce qu’elles recèlent,

Françoise lit l’autre sans oublier de se relier soi-même.

Françoise plie du papier, plie des plumes, plie des tâches, plie des mots.

Françoise fabrique des livres de ses mains de femme, en secret.

Le souffle est discret.

Elle pose un pli.

La reliure timide.

La magie opère.

Alors tout est possible.

Il n’y a pas que ceux que j’admire,

il y a aussi celle que je suis.

Pourvu qu’on ne me demande pas de faire comme eux,

je suis celle que je suis.

Mais au fait, qui a dit « la vie dans les plis »?

*

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Leçon n°18

« On avait chacun nos conceptions de l’écriture. Pour toi écrire voulait dire surprendre tout le monde par des idées nouvelles sur des sujets tabous et pour moi, prendre le temps de ne plus être attendue. L’autre côté de la médaille de mon premier livre était son poids énorme qui écraserait le second. Souvent je te disais que le problème, avec ce premier livre, était que tout le monde l’avait aimé mais que personne ne l’avait lu jusqu’au bout, et que la démission de mes lecteurs devant Putain m’empêcherait peut-être de terminer le second ; disons qu’entre mes lecteurs et moi, il y avait une grande complicité, je leur ai appris que vomir pouvait être une façon d’écrire et ils m’ont fait comprendre que le talent pouvait soulever le cœur. »

Nelly Arcan, Folle

Rue Raisin, le jus de la terre

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L’atelier aux miles éclats là où brûle le soleil à travers les vitres tachées de nos horizons.

Le ronronnement des machines et l’ocre giclant sur les murs.

La terre tourne, la terre gronde, la terre crache, la terre nous avertit.

Il en faudra de la fermeté, corps de femme, pour que tu me prennes et me plie,

pour que je me plie à tes désirs de nymphe débraillée.

Et pourtant le corps s’attache au tour et vient la parade.

Laisser glisser, la paume, la glaise.

Maintenir la courbe, laisser glisser.

Retrouver le phallique, puis le gouffre, et ainsi de suite, l’ordre du monde.

Il  n’y a rien à inventer, juste à reproduire.

Conscience de la chaîne, maillons émaillés.

Transformation de la matière et qu’explose cette conscience.

La dépendance n’est plus, je suis artisan.

De la boue je reviens à l’utile.

Alchimiste, ce tas devient tasse, et je jubile.

Mon corps a dompté la pure matière.

Et pourtant je lui dois tout.

Le rituel vient écarter le sacrilège.

Mes mains, devenues rouges, viennent se poser sur mes cuisses, mes hanches, mes joues.

Qui de nous deux?

Le jus de la terre dégouline là où la naissance se crée.