Mois : mai 2013

Leçon n°21

La vérité, en ce qui concerne les processus inconscients, c’est que le livre peut en savoir plus que n’en sait l’écrivain, d’un savoir en partie issu du corps, émergeant d’un lieu moteur préverbal et rythmique au fond de soi, ce que Maurice Merleau-Ponty appelait le schéma corporel. Quand je ne trouve pas mes mots, marcher m’aide. Mes pieds libèrent la phrase de ce sous-sol secret. Il y a aussi, tapies dans cette cave, des images qui côtoient des phrases embryonnaires ou des phrases complètes qui n’appartiennent à personne. Le psychanalyste anglais Wilfred Bion a dit : « Si une pensée sans penseur se présente, il se peut que ce soit une pensée vagabonde, ou ce pourrait être une pensée portant le nom et l’adresse du penseur, ou ce pourrait être une pensée sauvage ».

 

Siri Hustvedt, Vivre, Penser, Regarder

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L’atelier du Hanneton

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Murmure de plomb pose tes lèvres sur le hanneton, lui permettant ainsi son envol, avant que ne s’abatte le métal sur la page, page fragile, papier de soie. Si le hanneton a des ailes trop petites pour voler, lui reste à imaginer de grandes envolés, bravant la houle et autres vents d’outremer. Ici la conscience se déploie, savourant le plaisir d’être si petit avec en tête de si grandes envies. Ici les murs n’ont pas de racines, alors on pousse, on pousse, avec le corps et la persuasion, avec le corps et l’ambition. Peu importe l’obstacle, reste le rêve. Au rythme du métal marquant la page. Alliance des contraires, les mots seront doux, les mots seront, existeront par le fer, mais seront doux, au toucher, au goût. Être si petit avec autant d’envie. L’essentiel est dans le faire. Avec les moyens du bord, d’abord et avant tout les relire, puis les lire, les mots doux sur du papier de soie. Au loin le fer bat la cadence de ceux qui ne se laissent pas abattre. Et le hanneton virevolte en une mélodie fracassante. Ses ailes font un boucan d’enfer, viennent remuer ciel et terre, au risque de vous déplaire. La conscience se veut rebelle lorsqu’on est si petit avec autant d’envie.

Thésée et l’arto-thèque

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Voici la bibliothèque de Thésée

où l’art et la manière

ne sont pas fards et bannières

mais phare et lumières.

Éblouissant le novice mais domptant sa peur

à aller vers le sensible, à se laisser ressentir,

Thésée sait recevoir l’autre, Thésée sait habiter l’autre,

qu’il soit celui qui montre comme celui qui regarde.

Les directions n’ont plus de sens,

les significations sont dans les sensations.

Trait d’union entre les arts, elle parle le langage des mains et des matières.

Elle invite les artistes à s’assoir côté à côté, à s’arrimer l’un à l’autre, à faire de leur barque un voilier.

Thésée forme un cercle et se forme une rosace

dans lequel les vents contraires s’engouffrent pour mieux affronter la houle.

Il ne s’agit plus d’être seul, il s’agit d’être un tout,

unissant leur voix pour le chant des arts.

Que les égos s’accordent sans fausse note,

et que chacun chante sans frémir :

« je suis un artiste comme un autre, laissez moi être sans paraître »..

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Kiki et la trianglo-thèque

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Voici la bibliothèque de Kiki

comme une promenade dans le temps, l’espace et leurs mythologies.

Passer d’un point à l’autre : passé, présent, avenir.

Faire un signe de croix : sexes de femme renversés.

Imaginer une pyramide : du défunt à l’empire.

Les triangles empilés assurent une certaine stabilité.

Horizontale, verticale, équilatérale.

En passant, on y salue le père, le fils et le saint esprit.

En s’attardant, on y salue l’orient, l’occident et les trous noirs.

En s’arrêtant, on y salue l’Histoire, la Politique et la Religion.

Comme autant de triades, comme autant de croisades.

Épaule gauche, épaule droite, nombril.

Bénédictions et origines.

Ce que l’on porte du père et ce que l’on tient de sa mère.

Triangle.

A honorer.

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Leçon n°20

« Mon rêve américain se résume surtout à des jambes : on voit, comme dans une séance de cinéma de dix secondes, les jambes nues d’un homme et d’une femme marchant côte à côte ou légèrement décalés, en tout cas assez vite, les quatre pieds nus frappant le sol. Les deux personnages de mon rêve se nomment Charlotte et Wilbourne, ce sont les personnages des Palmiers sauvages de William Faulkner. J’ai commencé à faire ce rêve aussitôt après avoir lu le livre, il y a des années. Le reste du livre de Faulkner est passé en mode basse résolution, je n’en ai qu’un souvenir assez flou. Seule est restée intacte cette scène minuscule du milieu du livre, dans une maison isolée, en pleine nature américaine.

A ce moment du livre, Charlotte et Wilbourne viennent de passer les mois d’été totalement coupés du monde dans cette maison prêtée par un ami. Comme Charlotte est mariée à un autre homme, leur histoire d’amour illégitime a valu à Wilbourne de perdre son emploi de médecin.

La solitude ne les gêne pas, au contraire. Pour bien saisir l’atmosphère du rêve, il faut se représenter que la maison dans laquelle passent les jambes est située auprès d’un lac ; il faut prendre la mesure de l’épaisseur verte et silencieuse de la nature. Le séjour au bord du lac est une expérience d’amour adamique isolé dans la nature, sans rapport avec la société, sans rapport avec d’éventuels voisins tondant la pelouse qui feraient un petit coucou par-dessus la haie. Charlotte et Wilbourne ne veulent pas être des voisins, ni un couple respectable ; ils ne veulent pas être un mari ni une épouse ; la respectabilité est pour  eux le repoussoir, la figure du désastrie bourgeois. On ne sait pas trop s’il y a du bonheur dans cette vie composée uniquement d’amour, sommeil et baignades, parce que les corps et les esprits sont rugueux, d’une brutalité solide qu’il est même bizarre d’appeler amour. Il y a en tout cas une forme d’intransigeance simple : n’être régi par aucune contrainte extérieure, être ensemble chaque jour, coucher ensemble chaque nuit, n’être soumis à aucune des obligations, aucun des rythmes du monde social.

Au fil des années, à force de les voir passer chaque nuit dans mes rêves, j’ai associé ces quatre jambes sauvages et familières à ce qui, dans l’amour, est de l’ordre de la forêt abrupte et nécessite un isolement vertical, des arbres hauts, un lac ; ces jambes sont devenues l’équivalent de l’amour. Et puis, au fil des années, voyant nuit après nuit ces jambes passer dans mes rêves, je leur ai évidemment aggloméré d’autres choses encore. Au fur et à mesure, j’ai aggloméré à ces jambes la manière que nous avons d’être intraitables, notre précieuse réserve de récalcitrant, notre répulsion absolue pour le monde social. J’ai cristallisé dans ces jambes, dans cette nature silencieuse et ce lac, notre violence qui ne veut pas se restreindre, notre irrationnel primitif qui pouffe et qui ricane, notre corps qui ne veut pas mourir, ne veut pas obéir, ne veut pas se plier aux lois, refuse de payer la taxe de séjour. Ces quatre jambes qui passent dans l’aube sont devenues tout ça à la fois. »

 

Féerie générale, Emmanuelle Pireyre

Sultana et la psy-thèque

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Voici la bibliothèque de Sultana

Impériale face aux Angles Morts

d’où elle tire ses patients

pour les asseoir dans leur lumière.

Il est une boue dans laquelle il faut s’enfoncer,

sans crainte, sans craindre

l’obscur et le visqueux.

Sultana ouvre des tiroirs et abat des cloisons,

laisse se déverser les maux

sans frémir face à l’eau remplissant la pièce,

les pièces qui se jouent

à ses sens éclairés.

Sultana a su accueillir un savoir,

un savoir qui se meut.

Ses livres pourraient s’enlacer, ne faire qu’un,

un tout uniforme et distendu,

ondulant, s’accommodant.

Sultana a laissé libre un savoir,

un savoir qui aurait pu être dangereux.

Son intuition et sa clair-voyance ont permis l’équilibre,

alors ses mots pansent et leur liberté jaillit.

La liberté de ceux qui ont su attendre.

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Armand et la poé-thèque

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Ceci est la bibliothèque d’Armand.

Là où les diagonale se joignent,

là où se réfugie la chaleur,

là où il faut bien se hisser,

là où la contemplation est vertige,

les poètes observent le poète de leur regard clair-obscur.

L’humeur,

l’élan,

le geste,

l’encre et l’huile.

Le silence sans ascèse de celui qui vit

avec les mots et les couleurs

parmi les hommes.

Seul le vent fait craquer leurs entrailles,

seul le vent fait frémir leur peau.

Les poètes observent le poète qui danse sur sa feuille blanche

sans ricanement ni grincement de dents.

Voilà que la Poésie poursuit son chemin

dans cette verticalité sans strate ni temps

où les poètes s’observent

avec joie, amusement,

reconnaissance et respect.

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