Mois : juin 2013

3 ans

J’étais Mélancolie et j’ai mis au monde la Joie.

Trois ans, un coup de vent. Qui balaie l’usure des jours, la répétition des mêmes gestes et le cercle replié en ton nombril. Trois ans, il fallait bien ça pour apprendre à nous connaître, à trouver la force de nous tourner ensemble vers le monde et à nous laisser porter par le souffle de la vie. L’amour grandit avec le temps, c’est évident. Tu as bousculé repères et cachettes, tu m’as rencontré nue et vulnérable, tu m’as dépossédé de mes armes et de mes mensonges. Passés les mois de sang et de lait, je me suis tournée vers mon esprit. Et celui-ci, se sentant trahi par la force de notre corps à corps, s’est replié, tout petit. Trois ans, il fallait bien ça pour me reconquérir. Il n’y a pas que toi qui a grandi, moi aussi j’ai suivi les pas de l’éveil. Et sans ton enthousiasme à aller de l’avant, je serai peut-être retournée en arrière. C’est ici que je te remercie pour ce que tu as fait de ta mère. Mon cher enfant de lumière, je ne crains plus l’horizon. Et je sais que dans le coeur des autres, comme dans le mien, tu fais éclater des bulles de Joie.

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Leçon n°26

« Et pourquoi faut-il que je m’éloigne toujours et si régulièrement de ceux par qui je me suis laissée apprivoiser? Quelle est cette quête d’un ailleurs qui n’existe qu’à l’intérieur de nous-mêmes? Et si nous pouvions un jour occuper cette place, il n’y aurait plus enfin à aller toujours si loin, au bout du monde, comme s’il y avait un bout, une fin, un lieu autre où demeurer. Et pourquoi sommes-nous incapables de reposer là d’où nous venons, où nous avons toujours été, dans la demeure de l’amour, là où commencerait le vrai voyage? Dans quelle Patagonie intérieure trouverai-je le repos? Dans quelle Terre de Feu qui ne me brûlerait plus? Et faut-il donc toujours reconvoquer l’épreuve du manque pour être augmenté de la présence par l’absence?

(…)

Et voilà, nous y sommes. Et qu’est-ce qu’il y a là? La vie ordinaire d’un village ordinaire. La même, à peu près, que celle du village où je vis à quinze mille kilomètres de là. Et il me vient comme un grand rire au-dedans. C’est une farce, une énorme blague que me fait la vie. Et j’aime ça. Je m’installe, il n’y a plus qu’à se mettre à écrire le livre, ici comme là-bas, là-bas qui sera mon ici de demain, et tout est bien, oui, tout est bien. Il fallait faire le grand voyage pour s’en apercevoir. C’est comme ça. C’est sa façon à elle de faire, la vie, avec nous. Et je l’aime pour ça, pour sa façon espiègle de jouer avec nos rêves. Le bout du monde, le bord du monde, c’est donc en dedans qu’il faut aller chercher. Dans l’isolat, dans la langue dont on ne connaît pas la filiation. Dans le verbe dont on ignore l’origine puisqu’il est l’origine même. Ainsi, seul mon chemin contient tous les ailleurs.  »

Lorette Nobécourt, Patagonie intérieure

Leçon n°25

« Que vous soyez une famille ancienne, une famille nouvelle, une famille en train de se constituer, que vous soyez amis ou amants, ce sont les expériences que vous partagez avec les autres et les histoires qu’elles vous inspirent, ainsi que les contes passés et à venir, qui créent le lien le plus fondamental.

Il n’y a pas une bonne et une mauvaise façon de raconter une histoire. Vous oublierez peut-être le début, ou le milieu, ou la fin. Mais il suffit d’un rayon de soleil passant à travers un vasistas pour réchauffer le coeur. Alors, amenez gentiment les vieux grincheux à raconter leurs plus beaux souvenirs, faites décrire aux petits leurs meilleurs instants, aux adolescents leurs pires moments. Laissez la parole aux anciens. N’oubliez personne, demandez à tous et à chacun, y compris aux introvertis. Vous verrez. Le cercle d’histoires qu’ensemble vous créerez vous réchauffera, vous soutiendra.

Nul d’entre nous n’est immortel, une histoire, si. Tant qu’il restera une âme pour raconter l’histoire et que par cette narration, il sera fait sans cesse appel aux puissances supérieures d’amour, de pitié, de générosité, de force, pour qu’elles s’exercent dans le monde, je vous le promets, ce sera suffisant. »

 

Clarissa Pinkola Estés, Le don de l’histoire – Conte de sagesse à propos de Ce qui est suffisant

Leçon n°24

« Souvent, tu es incapable d’écrire ou même de lire, mais tu laisses ton esprit vaguer, demeures à l’écoute du murmure, te plais à observer le fonctionnement de ta pensée.

Tu te trouves dans la plus totale des confusions et tu en souffres. Tant de choses t’encombrent et voilent ton œil. Tu t’appliques à l’épurer en même temps que tu travailles à te constituer un vocabulaire. Certains mots ont tendance à revenir plus souvent que d’autres sous ta plume. Il te faut savoir très exactement ce qu’ils recouvrent, afin que lorsque tu les emploieras, ils aient toujours une même signification. si tu veux avoir chance de vaincre un jour ta confusion, il importe que tu veilles à soigner la précision de ta langue.

 

Quand tu es penché sur la page blanche, pourquoi ces inhibitions, ce blocage, cette impression d’être attelé à une tâche aux difficultés insurmontables? D’emblée une sensation de fatigue. La conviction que tu ne pourras qu’échouer. Cependant, tu te refuses à accepter cette fatalité de l’échec. Alors contre tout bon sens, tu avances dans la nuit.

D’abord, descendre. Encore descendre. Le dégager de la tourbe, ou de la boue, ou bien encore d’un magma en fusion. Puis le tirer, le hisser, lui faire péniblement traverser plusieurs strates au sein desquelles il risque de s’enliser, se dissoudre. S’il en émerge, enfin il vient au jour, et quand tu le couches sur le papier, alors que tu le crois gonflé de substance, tu découvres qu’il n’est qu’un mot inerte, pauvre, gris. Tu le refuses. Tu redescends dans la mine, creuses plus profond, cherches celui qui apparaîtra plus dense, plus coloré, plus vivace. Ainsi sans fin. Ainsi cet épuisement qui te maintient en permanence à l’extrême de ce que tu peux. »

 

Charles Juliet, Lambeaux

Clair-obscur gynécée

Je suis un fluide violet qui s’écoule. Violet comme la subtilité, le mystère, le romantisme, l’idéalisme, la protection, la mélancolie, la fraicheur, la pureté, la paix et le luxe. Je suis Harmonie de mes contradictions. Je suis Symbiose de mes ambivalences. Je suis en cet équilibre reposant, qui accueille et transmet, qui passe de l’abstrait au concret, qui sait la plume et l’enclume, et qui n’a plus peur des ondulations de l’âme ni des réverbérations de l’esprit. Mère créative, j’élève mon fils comme la majuscule de ma créativité, tout en veillant sur mes inspirations. Conjointe indépendante, j’aime mon homme tout en aimant sa liberté. Fille bienveillante, je prends soin de mes héritages, tout en bousculant  les malédictions. Femme sans âge, je ne compte plus les cycles ni les saisons, je danse avec l’horizon.

J’aime celle que je suis devenue, j’aime ceux qui m’entourent, j’aime chaque jour que je vis, j’aime les chemins que j’ai choisis, j’aime ce qui se dessine au loin.

Il y a quelques jours, j’ai vécu une prise de conscience comme un éclat doux et chaleureux venant percer la poche de mes convictions pour laisser se répandre une évidence tranquille : je suis en train de devenir sophrologue.

Au fil des semaines, je laisse s’en aller, me quitter, « La Gamine et le A » sans regret, sans me retourner. Plus les cartons se vident, plus je me sens soulagée, comme si je me dégageai tranquillement de ma chrysalide. Je quitte une époque, un style et un état d’esprit. Il s’agit d’une libération, presque d’une rébellion. Pour être honnête, je peux vous confier qu’il s’agit plutôt d’une promesse que je me suis faite à moi-même, en Janvier 2012, celle de choisir définitivement le camp de la joie.

Dans quelques jours, mon fils aura 3 ans, l’occasion pour moi de marquer un temps d’arrêt et d’observer mon parcours de mère, notre parcours de parent et son parcours d’enfant. Je me sais mère du fin fond de mes entrailles, je me sais mère intestinale, je me sais mère dans le corps, avant tout, dans le corps qui porte, qui ressent, qui court, qui berce. Sa peau au niveau de sa nuque a l’odeur d’une brioche tout juste sortie du four, puis il m’embrasse sur le front et me dit : « je vais te manquer maman ». Il va me manquer mais je ferai tout pour qu’il s’envole. Mon avenir de mère sera celle d’une hirondelle.

Dans quelques semaines, nous célébrerons ensemble l’été, nous serons famille conquérante croquant dans les fruits dégoulinants, sautant dans les rivières rafraîchissantes, saisissant l’impromptu comme on s’empare de la beauté d’un paysage. Je sais l’été et ce qu’on se permet en son hospitalité. Je sais que, accompagnée de mon fils, de mon compagnon et de notre liberté, nous allons célébrer l’extraordinaire et la routine en une symphonie sensuelle et spirituelle.

Et c’est ainsi que je reprends l’écriture d’un roman commencé il y a presque 2 ans. C’est dans cet état d’esprit, dans cette disponibilité de l’âme et dans cette saison estivale, que je reprends l’écriture de « Clair-obscur gynécée ». Puisqu’une lecture m’a rappelé à la thématique de mon roman, puisque Clarissa Pinkola Estès et son fluide orangé m’ont incité à l’audace, au rayonnement, à la confiance et la méfiance aussi.

J’ai lu :

« Quelque part dans votre arbre généalogique, il existe des personnes du genre de celles dont je vais maintenant vous parler. Elles vous ont laissé un héritage. Même si vous ne les connaissez pas, ces ancianas, vos anciennes pleines de sagesse sont là. Nous descendons tous d’une longue, longue lignée de personnes qui sont devenues des lanternes oscillant dans la nuit et éclairant leur pas et ceux d’autrui. Pour ce faire, elles ont usé d’un « je ne laisse pas tomber » ou d’un « ôtez vous de mon chemin » péremptoires, d’un « d’accord j’attendrai que tu regardes ailleurs », bien inspiré, d’un « je ferai comme l’eau et je m’insinuerai dans les moindres recoins  » avisé, ou enfin d’un tranquille « je ferai profil bas et procéderai pas à pas ». Leur lumière continue à osciller dans l’obscurité, en nous-mêmes,  car en nous servant d’une simple paille, nous pouvons allumer notre feu à leur flamme, nous inspirer de leurs inspirations. Nous avons hérité d’elles. Ainsi nous apprenons à osciller dans le noir, nous aussi. La femme qui est éclairée de la sorte ne peut trouver son chemin à la lueur d’une bougie ou des étoiles sans éclairer les autres ».

Entourée par « La danse des grands-mères », les floraisons de ma maison, la mélodie de « The water » de Gonzalès et le « éclaires ton sang » de Bobin, je n’ai plus peur, je m’en vais dans mes profondeurs, puiser ce qu’il faut pour célébrer l’ancêtre et l’héritage, dans une écriture libre et battante, comme le coeur, comme le coeur, de la femme, ses mains, ses pulsations, ses entrailles, sauvage et sainte, mère et putain, étrangère et sorcière, fille, mère et grand-mère.

Leçon n°23

« Si tu es venue me voir, c’est peut-être parce que tu souhaites vivre de manière à connaître le bonheur d’être jeune dans la vieillesse et vieille dans la jeunesse, c’est-à-dire à avoir en toi un bel ensemble de paradoxes maintenus dans un équilibre parfait. N’oublie pas que le terme paradoxe est à prendre au sens d’idée contraire au sens commun. Cela s’applique à la grand-mère, la gran madre, la plus grandes des femmes, car elle est en train de devenir une femme sage, qui assure la cohésion des capacités de la psyché profonde, illogiques en apparence, mais fondamentalement empreintes de grandeur.

Ces grands attributs paradoxaux sont, globalement : posséder la sagesse tout en cherchant sans cesse à apprendre  ; être à la fois spontanée et fiable ; follement créative et constante ; audacieuse et vigilante ; entretenir la tradition et posséder une authentique originalité. Tu verras, je l’espère, que tu possèdes dans une certaine mesure tous ces attributs, que ce soit en puissance, en partie ou intégralement.

Si tu es intéressée par ces contradictions divines, tu es intéressée par l’archétype mystérieux et fascinant de la femme sage, dont la grand-mère est l’une des représentations symboliques. L’archétype de la femme sage appartient aux femmes de tout âge et il se manifeste de manière unique, sous des formes particulières, dans la vie de chacune d’entre elles.

Parler de l’imago profonde de la grand(e) mère en tant que l’un des aspects majeurs de l’archétype de la femme sage n’est pas parler de l’âge chronologique ou de l’étape de la vie féminine. Une grande perspicacité, une grande prescience, une grande paix, une grande expansivité, une grande sensualité, une grande créativité, une grande acuité et une grande audace dans l’acquisition des connaissances, c’est-à-dire ce qui fait la sagesse, n’arrive pas d’un coup, à un certain âge, et ne vient pas se poser comme un manteau sur les épaules d’une femme.

 

Une grande clarté de l’esprit et de la perception, l’amour dans ce qu’il a de plus grand, une connaissance de soi, ample et profonde, la sagesse qui croît en finesse au fur et à mesure qu’on l’applique… tout cela constitue toujours une oeuvre en cours quel que soit le nombre d’années. Souvent, c’est à travers les accidents de la vie, envols de l’esprit, erreurs de parcours et nouveaux départs qui interviennent à mi parcours, ou plus tôt, ou plus tard, que l’on construit la grandeur, par rapport au simple ordinaire. Ce qui est récolté, après la catastrophe ou la bonne fortune… l’esprit, le coeur, le mental et l’âme de la femme le forment, puis le mettent en pratique… jusqu’à ce qu’elle ne soit pas seulement compétente à sa manière paradoxalement sage… mais aussi maîtresse de sa façon de vivre, de voir et d’exister. »

 

Clarissa Pinkola Estés, La danse des grands-mères