Jour : 17 juin 2013

Clair-obscur gynécée

Je suis un fluide violet qui s’écoule. Violet comme la subtilité, le mystère, le romantisme, l’idéalisme, la protection, la mélancolie, la fraicheur, la pureté, la paix et le luxe. Je suis Harmonie de mes contradictions. Je suis Symbiose de mes ambivalences. Je suis en cet équilibre reposant, qui accueille et transmet, qui passe de l’abstrait au concret, qui sait la plume et l’enclume, et qui n’a plus peur des ondulations de l’âme ni des réverbérations de l’esprit. Mère créative, j’élève mon fils comme la majuscule de ma créativité, tout en veillant sur mes inspirations. Conjointe indépendante, j’aime mon homme tout en aimant sa liberté. Fille bienveillante, je prends soin de mes héritages, tout en bousculant  les malédictions. Femme sans âge, je ne compte plus les cycles ni les saisons, je danse avec l’horizon.

J’aime celle que je suis devenue, j’aime ceux qui m’entourent, j’aime chaque jour que je vis, j’aime les chemins que j’ai choisis, j’aime ce qui se dessine au loin.

Il y a quelques jours, j’ai vécu une prise de conscience comme un éclat doux et chaleureux venant percer la poche de mes convictions pour laisser se répandre une évidence tranquille : je suis en train de devenir sophrologue.

Au fil des semaines, je laisse s’en aller, me quitter, « La Gamine et le A » sans regret, sans me retourner. Plus les cartons se vident, plus je me sens soulagée, comme si je me dégageai tranquillement de ma chrysalide. Je quitte une époque, un style et un état d’esprit. Il s’agit d’une libération, presque d’une rébellion. Pour être honnête, je peux vous confier qu’il s’agit plutôt d’une promesse que je me suis faite à moi-même, en Janvier 2012, celle de choisir définitivement le camp de la joie.

Dans quelques jours, mon fils aura 3 ans, l’occasion pour moi de marquer un temps d’arrêt et d’observer mon parcours de mère, notre parcours de parent et son parcours d’enfant. Je me sais mère du fin fond de mes entrailles, je me sais mère intestinale, je me sais mère dans le corps, avant tout, dans le corps qui porte, qui ressent, qui court, qui berce. Sa peau au niveau de sa nuque a l’odeur d’une brioche tout juste sortie du four, puis il m’embrasse sur le front et me dit : « je vais te manquer maman ». Il va me manquer mais je ferai tout pour qu’il s’envole. Mon avenir de mère sera celle d’une hirondelle.

Dans quelques semaines, nous célébrerons ensemble l’été, nous serons famille conquérante croquant dans les fruits dégoulinants, sautant dans les rivières rafraîchissantes, saisissant l’impromptu comme on s’empare de la beauté d’un paysage. Je sais l’été et ce qu’on se permet en son hospitalité. Je sais que, accompagnée de mon fils, de mon compagnon et de notre liberté, nous allons célébrer l’extraordinaire et la routine en une symphonie sensuelle et spirituelle.

Et c’est ainsi que je reprends l’écriture d’un roman commencé il y a presque 2 ans. C’est dans cet état d’esprit, dans cette disponibilité de l’âme et dans cette saison estivale, que je reprends l’écriture de « Clair-obscur gynécée ». Puisqu’une lecture m’a rappelé à la thématique de mon roman, puisque Clarissa Pinkola Estès et son fluide orangé m’ont incité à l’audace, au rayonnement, à la confiance et la méfiance aussi.

J’ai lu :

« Quelque part dans votre arbre généalogique, il existe des personnes du genre de celles dont je vais maintenant vous parler. Elles vous ont laissé un héritage. Même si vous ne les connaissez pas, ces ancianas, vos anciennes pleines de sagesse sont là. Nous descendons tous d’une longue, longue lignée de personnes qui sont devenues des lanternes oscillant dans la nuit et éclairant leur pas et ceux d’autrui. Pour ce faire, elles ont usé d’un « je ne laisse pas tomber » ou d’un « ôtez vous de mon chemin » péremptoires, d’un « d’accord j’attendrai que tu regardes ailleurs », bien inspiré, d’un « je ferai comme l’eau et je m’insinuerai dans les moindres recoins  » avisé, ou enfin d’un tranquille « je ferai profil bas et procéderai pas à pas ». Leur lumière continue à osciller dans l’obscurité, en nous-mêmes,  car en nous servant d’une simple paille, nous pouvons allumer notre feu à leur flamme, nous inspirer de leurs inspirations. Nous avons hérité d’elles. Ainsi nous apprenons à osciller dans le noir, nous aussi. La femme qui est éclairée de la sorte ne peut trouver son chemin à la lueur d’une bougie ou des étoiles sans éclairer les autres ».

Entourée par « La danse des grands-mères », les floraisons de ma maison, la mélodie de « The water » de Gonzalès et le « éclaires ton sang » de Bobin, je n’ai plus peur, je m’en vais dans mes profondeurs, puiser ce qu’il faut pour célébrer l’ancêtre et l’héritage, dans une écriture libre et battante, comme le coeur, comme le coeur, de la femme, ses mains, ses pulsations, ses entrailles, sauvage et sainte, mère et putain, étrangère et sorcière, fille, mère et grand-mère.

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