Mois : novembre 2013

Extrait de « Clair-obscur gynécée »

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« Cette nuit, tu as vu les mains d’un homme te prendre les chevilles et te ramener jusqu’à lui. Ses mains, d’une tendresse infinie, sont venues effleurer chaque parcelle de ton corps abandonné, avec toute la patience, mortelle patience, que la réalité réduira en peau de chagrin. Au même moment, dans ton pays natal, ta mère recevait la présence bienveillante d’une main, suspendue au dessus de son corps, la protégeant de tout le mal environnant. Elle s’est alors abandonnée au plaisir de cette bénédiction, laissant tomber là son orgueil. Au même moment, je rêvais qu’une main au loin m ‘invitait à la suivre, la main d’un homme, et je n’avais plus peur. Je n’avais plus qu’à la suivre sans me soucier de celles et ceux que je laissais là sans mot dire.

Au petit matin, tu confectionnas un triangle de joie en faisant part à ta mère et ta fille de ce rêve si étrange. Triangle de sang, les femmes reliées par la main, les femmes réunies par le masculin. Et comme le sang a coulé, puisqu’il y a eu blessure, tu t’en remettras à ton clair-obscur gynécée. Et comme le sang a coulé, puisqu’il faut remplir le vide de masculin, tu atteindras ton féminin quand les hommes de la famille auront parlé. Après la nuit vient le jour, et tout ce que tu affrontes. Après la vie vient la mort, et tout ce dont la lignée renonce. »

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Ames à terre

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Il n’y a pas de création sans verbe ni souffle.

Extraire le geste du mot.

Les doigts en griffe.

Extraire le mot du geste.

Vider la terre de son sang.

Silence.

Insuffler.

De nos corps carillons, nous avons laissé s’exprimer le souffle

De nos mains magiciennes, nous avons laissé s’exprimer le verbe.

Leçon n°30

« Ils sont toujours à se plaindre des saisons, de l’automne à présent, peut-être que le fond de l’air hésite. Ils guettent la teinte crépusculaire, emmitouflés, un tardif dégradé de roses et d’orangés qui bientôt ne viendra plus. C’est le calme qui les surprend. Comme pour imiter la fin des contrastes de ciels et de béton, les bruits ne semblent plus s’entrechoquer mais se fondre les uns aux autres dans un effet de sourdine. Tout, autour d’eux, si attentifs qu’ils sont au changement, paraît s’abaisser, se conformer à l’écrasement lent. Ils en sont arrivés là, rescapés de l’été, à mesurer chacun en eux les dégâts de la pleine lumière. Qui fait l’illusion de la clarté. »

 

Nathalie Nohant, L’hypothèse des saisons