Mois : avril 2014

D’azur, d’or et ce qu’il faut de sang

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Faire un pas vers l’immortalité , faire un pas dans le calme.

Faire un pas vers la liberté, faire un pas dans la joie.

D’azur et d’or, nous sommes en Afrique!

Et ce qu’il faut de sang pour la mémoire.

 

 

 

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Synchronicité et autres fantômes

Encore en formation, l’apprentie anthropologue que j’étais s’est vue déstabilisée par les difficultés rencontrées au cours de sa recherche. Encore en formation, pas encore tout à fait formée, j’ai mis du temps à comprendre que ces difficultés faisaient partie de ma formation.

«Nous considérons qu’il est utile et souhaitable que ces incertitudes théoriques et ces difficultés empiriques existent»

Personne ne m’avait prévenu. Il me fallait le découvrir par moi-même, prendre l’adversité en pleine figure et ne surtout pas faire machine arrière.

« L’inquiétude est une condition de l’intelligibilité anthropologique et sociologique des sociétés humaines ».

Toutes ces crispations, ces doutes, ces craintes, ces interrogations faisaient partie du processus de recherche, mais pourquoi étaient-elles si peu décrites (sinon mentionnées) dans les travaux finis et publiés des anthropologues secrètement « en déroute »? Alors moi, étudiante en formation, à force d’incertitudes, j’ai été tentée de m’installer dans cette certitude :  je ne suis pas faite pour ça.

Je me disais : je souffre d’empathie. Trop sensible, trop émotive, je réalisais ne pas poser une distance émotionnelle et affective suffisante entre eux et moi. Persistait l’idée de faiblesse et celle, plus terrible encore, d’incompatibilité entre ma personnalité et le « profil-type » du chercheur en anthropologique. Puisque

« la position de l’anthropologue est toujours une position d’extériorité par rapport au jeu des relations qu’il étudie (…). La position d’extériorité est intellectuellement honnête parce qu’elle correspond à une situation de fait. Seul le vertige d’un ego aussi fragile qu’excessif peut entraîner un observateur extérieur dans l’illusion d’une participation affective et fusionnelle avec son objet »

Ce n’est que bien trop tard que je rencontrais cette phrase :

«La relation ethnographique est traditionnellement empathique»

Alors, l’anthropologie empathique doit-elle se ranger du côté de la littérature ? Avant de me lancer dans l’écriture de mon mémoire, je redoutais le moment de me confronter à la question du style d’écriture. Je me savais littéraire. Mais je savais également que je m’autorisais certaines libertés qui risqueraient de heurter un certain académisme. Alors, prendre le risque ?

«Si beaucoup d’anthropologues, en France notamment, ont cédé à ce qu’on appelle parfois, comme pour leur en faire reproche, la tentation de l’écriture, c’est sans doute parce que le degré supplémentaire d’extériorité et de liberté qu’ils s’octroyaient ainsi dans leur style propre leur permettait de relater leur expérience, d’en cerner la part d’ombre et d’incertitude, que nulle enquête ne parvient jamais à dissiper complètement, mais aussi, en sens inverse, d’en outrepasser les strictes limites pour élargir le champs de la réflexion. C’est cela être dehors et dedans, distancié et participant. L’expérience anthropologique n’est pas celle d’un huit clos. L’écrire et la décrire, c’est prendre à témoin. »

Oui, prendre le risque.

C’est à ce moment de mon parcours que je rencontrais Clarice Lispector.

Errant dans la bibliothèque universitaire, je suis tombée par hasard sur l’ouvrage de François Laplantine intitulé De tout petits liens. Il y dressait le portrait de cette grande dame de la littérature brésilienne dont je n’avais jamais eu vent. J’y découvrais une femme sensible et sauvage, dont les sens faisaient sens, dont l’essence était sens.

Je lus tout ce que je pus. D’elle et sur elle. Le bâtisseur de ruines, La passion selon G.H., Un apprentissage ou le livre des plaisirs,…

Ici je cite Antoinette Fouque qui décrit si justement l’écriture de Clarice Lispector :

J’ai découvert en elle la première écrivaine qui a réussi à échapper à la fiction narcissique et matricide, par une écriture ne refoulant pas l’oral, une écriture de l’attente, de l’espérance et de l’angoisse, articulée à l’inconscient, que j’ai pu qualifier d’utérine… Clarice ne cède pas à la séduction mystique – envers de la gestation –, au vertige du vide, à la chair asséchée, à la pureté du rien […], aux illuminations rhétoriciennes, aux afféteries linguistiques. Courageusement, Clarice dit oui aux eaux vives du vivant, de l’écriture première; oui à la vérité en mots, offerte et donnée par la grâce, l’affirmation, l’accueil, la découverte, la disponibilité, l’attention au monde. Elle donne le réel aux vivants avec une telle vérité que le réel la suit.

Je reconnus là ma direction.

Elle qui se sentit soulagée de rencontrer le style, l’œuvre et la mystique de Herman Hesse, à mon tour de ressentir, à la lecture de son style, son œuvre et sa mystique, une sorte d’autorisation à être dans l’écrit telle que je ressentais le monde.

Ma rencontre avec Clarice Lispector m’a aidé à mettre les voiles, prendre le large et dire adieu à l’université.

Il était temps pour moi de faire mes propres choix.

Et me voilà, 4 ans après, lisant sa biographie (Pourquoi ce monde de Benjamin Moser) convaincue de ne pas m’être trompée sur sa personne, ni sur la mienne.

Il y a des fantômes qui transmettent ce qu’il faut d’énergie et de courage pour être soi. Ici je remercie celui de Clarice Lispector pour avoir veillé à mon unicité. Ici je remercie celui d’Herman Hesse pour avoir veillé à notre adéquation.

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HERMANN HESSE

(pour accéder aux références des citations, il suffit de cliquer dessus)