Mois : mai 2014

Post partum animal triste

Arriver.

Bourrasques et appels d’air.

Les vents contraires me maltraitent.

Et pourtant, l’immobilité.

Alors la tentation du désespoir.

Plutôt que voir au loin l’éclat.

De la fin.

Du point final.

Il y a beaucoup de bruit autour de moi.

Beaucoup trop de bruit.

Je reconnais là une certaine nostalgie

et la fin d’un mensonge.

Il ne me reste plus que quelques lignes.

Mais comme elle est effrayante cette arrivée.

Il va me falloir lâcher prise, laisser tomber, me laisser aller.

A l’adieu, au vide, au renouvellement.

Terminer l’écriture d’un roman ne m’a jamais été aussi douloureux.

Alors que ce qui m’attend par la suite n’a jamais été aussi délicieux.

Arriver

et cesser de se retourner,

c’est arriver au bout de soi.

 

 

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Taijitu

Le vent s’est levé.

Un orage d’une rare intensité arrive sur nous.

La sirène de la caserne des pompiers a sonné une fois.

L’électricité de la maison s’est coupée.

Il se passe quelque chose de cosmique.

Nous prenons la route pour lever le voile.

Si je porte une fille, je porte un symbole.

Si je porte un garçon, quelque chose que je ne comprends pas encore se déchaîne.

 

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Retour, tempête  et arc en ciel.

C’est un garçon.

Alors rien ne sera prévisible et tout sera beauté.

Je suis, de nouveau, taijitu

association du yin et du yang.

En équilibre.

 

 

Sidi Larbi, maître accords

 

*

 

Mon amie, on en est là.

Regarde la.

Ainsi sommes nous.

D’abord si seule. Puis si justement accompagnée.

Et ce corps en apparence fendu, au niveau du bassin, là où tout s’enroule.

On en est là.

Maintenir les pieds, sur terre, à la surface seulement.

Rester en chair, tendue, au-dessus de la terre, comme un rappel, happée par la verticalité de nos interrogations.

Ici la superficialité reste belle.

Tu peux croire.

Les battements seraient notre salut. Attraper, repousser, conquérir, percevoir, papillons, papillons.

Mets ta jupe, restes nue, je retirerai bien ma chemise, quelle offense.

Et ce chant, là où nos inspirations s’entrecroisent.

On pourrait s’agenouiller face à l’Orient, pourtant quelle révélation que ce chant.

Et cet homme, maître accords, réconciliant les opposants.

Restons droites, mon amie, et répandons nous, geysers refroidissant leur mépris.

Bénédiction

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*

L’autre soir, un nouveau passage. Je venais de regarder le film de Jane Campion « Un ange à ma table », film retraçant la vie de l’écrivain Janet Frame. Avant de me coucher, je fus saisis par la beauté de la lune. Basse et ronde, j’y voyais l’image parfaite d’un soupir plein de langueur. Et c’est ainsi que je me glissais sous mes draps, soulagée par la nuit à venir. Pourtant rien ne vint. Ni sommeil ni soleil. Mais l’attente fut prometteuse. J’entendais le clignotement d’un oeil complice, là-haut. Ma foi en cycles et saisons fut récompensée. Alors que s’achève l’écriture d’un roman, alors que je butais sur la fin, attendant la révélation du sexe que je porte pour mettre fin au symbolisme de cette narration, craignant l’aboutissement comme on craint l’extinction, voilà qu’une exaltation me mit face à un nouveau commencement. Me conquit un point de départ, suivi d’une trame, poursuivi par un titre. Sans effort, hormis l’effort de croire, le réconfort. Enchevêtrement des cycles, enlacement des saisons. Je ne suis pas seule, je suis interstice, et déjà l’avenir n’attend pas mon appel pour m’être réservé.

Décision – division – dérision

212tinamodottitreTina Modotti

*

Un besoin de s’isoler. De se retrouver seule avec soi-même et de se nouer à un processus de création pour construire un soupçon de cohérence entre sa pensée et sa parole. Se défaire du sentiment de parler sans habiter ses paroles, de choisir le mot sans s’accorder à son sens. Ma pensée sécrète des substances toxiques qui s’amassent dans ce qu’on appelle la gorge, comme un autre langage, celui du corps, qui avertit de l’errance qui accompagne comme un point. L’errance devait être cette ligne qui s’étend jusqu’à s’éprendre de soi même. S’étendre à l’autre et s’entendre résonner. Répondre à son écho en une parfaite révérence. Mouvoir son corps sans imitation. C’est cette limitation de ma réflexion qui bute et cogne, les parois, contre, de ma tête, de mon coffre, de ma seule dicible perfection qui semble toucher l’autre sans m’être ressenti. Dans une indécision étendue, étrange comme le sentiment de regretter la décision, peu importe où elle se place, trouver le compromis, ce consensus entre tous les choix dont on dispose, pour s’accomplir sans regret dans la voie qu’on aura accepté. Libre arbitre quand tu empêches.

Illisible

Jeanne ChevalierJeanne Chevalier

 

*

 

Comme cet arc-en-ciel, devant lequel tu fus éblouie par le mysticisme de notre nature. En l’observant, tu en oublias la scientificité de ton raisonnement et confirma la portée magique de ce spectacle. Arc-en-ciel. Tu oubliais les nuages et le ciel, te découvrant de ta robe grisâtre, dévoilant alors ton corps bleu, ton corps lumineux. Tu ne voyais plus que cette passerelle, ces couleurs éclatantes de vérité, cette exubérance et sa provocation. Tes mots restaient impuissants, d’une admirable faiblesse, et tentaient d’asseoir l’indicible au bord de la falaise du compréhensible. Et ta vue confondait son excuse avec la culpabilité du sens muet. Tu comprenais que plus rien ne sera dit. La Nature, pourtant, encore, et son silence assorti.

Entremetteuses

Lola Álvarez BravoLola Alvarez Bravo

 

*

 

Le jeu des interrupteurs. Allumer puis avancer puis allumer puis reculer puis éteindre puis avancer. Ne pas faire un pas avant de s’être assuré de la luminosité de l’autre case. De sa clairvoyance. Ne pas reculer sans avoir éclairci les contours des murs de l’autre atmosphère. Deux interrupteurs activés valent mieux qu’un, et le principe de précaution vole en éclats d’ampoules. Prévenir le danger imminent du bout du couloir. Un escalier. Et les marches craquantes, signalant à toute l’assemblée ici absente et pourtant incarnée par une marche déclinée au pluriel, que mon pas approche, que mon corps descend, que mon être comprend. Aucune semblable à la précédente. Et le bruissement du bois qui avertit résonne dans toute la cabine. Un bateau, un pont, des nacelles, une barque. Je m’apprête à voguer au-dessus du parquet. Par pure discrétion. Par pure mélancolie. Je suis silence. Je décide des ratures. Sur le parquet, je m’échoue, inerte et ouverte. Je parcours des yeux les chenilles poussiéreuses. Rien ne se passe. J’entends la résonance lointaine d’une pendule de cuisine. Les craquements persistent. Je fige mes membres amputés de sens. J’éconduis le rythme de mon cœur chancelant. Il se pourrait bien que j’ondule, il se pourrait bien que j’ondule. Je reste, ainsi, j’écoute. La perfection du métronome aux couleurs méridionales sollicite mon attention et fait basculer ma proportion à rester pétrifiée par les ondes aériennes de mon corps aquatique. Sa morsure me fait sourire.