Mois : septembre 2014

L’attente

« L’attente », Klimt

 

On attend de moi d’être sereine, cueillir l’instant présent, communier avec l’enfant à naître, profiter de ces derniers moments.

Montre molle, « le temps passe lentement lorsqu’on y pense », ai-je dit à l’enfant présent.

On attend de moi d’être présente, au plus près de mes sensations, dialoguer avec mon corps, savoir ce qu’il en est, reconnaître la bascule tout en prenant du recul.

Rythme entêtant, le temps est obsédant lorsqu’on l’entend de l’intérieur.

On attend de moi d’être patiente, ne pas céder à la panique, rester fidèle au calme que l’on juxtapose à ma personne, respirer la puissance féminine avec plaisir.

Cadran maléfique, « de toute façon, personne ne supporte les cycles! », ai-je dit à mon entourage.

Sur mon arbre, j’attends de moi de ne rien attendre, de ne m’attendre à rien.

Mais voilà la forêt, derrière, rugit.

Mais voilà l’attente, partout, insupportable.

Puisque ma branche est secouée par l’impatience de ceux qui attendent à ma place,

alors que mon seul désir est de laisser passer les jours et les humeurs

dans le silence.

 

 

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L’art de la joie

 

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que la créativité s’exprime

sans craindre l’automne

des semaines à venir

feuilles recouvrant mes allées et venues

plonger dans les couches

entre les strates

révéler l’interstice

la mère surplombant l’artiste

d’un air serein

que la créativité s’exprime

là où je suis

partout où je suis

les pas de ma mère

puisque l’enfant m’apprend

l’art de la joie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« L’un » père, l’autre perd

« L’un », Fabienne Verdier

 

« Tu tiens ta fille dans tes bras. Une main suffirait. Elle est minuscule mais déjà tellement puissante. Alors les bras. Pour contenir, pour retarder. Tu ne te reconnais pas dans ses traits mais tu sais la filiation. Tu regardes ta femme, lui sourit d’un air nouveau, tu es père. Devenu père. Tu sais que ta mère approche, qu’elle est en chemin, qu’elle aussi scrutera l’enfant pour y voir son sang. Elle te regardera, te sourira d’un air nouveau, elle sera grand-mère. Devenue grand-mère. Entourée par toutes ces femmes, tu te demanderas comment. Comment être alors que tu deviens. Et toutes tes hésitations, toutes tes appréhensions, toutes tes questions s’en iront à l’envers du décors. Sans un mot, tu effectueras les gestes qu’il faut. Et bientôt ta fille sera femme, elle-même mère et tu seras grand-père. Sans date ni symbole pour honorer ton sang. Ainsi font les hommes. Ainsi défont les femmes. Il te faudra résister face aux attaques et aux absurdités de tes femmes. Maintenir vivant ce qu’il faut d’amour pour percevoir encore leur beauté malgré leurs cris. Dominer l’usure des jours de ton inébranlable constance. Et patienter. Tu auras 27 ans, 32 ans, 45 ans, 56 ans, 68 ans. Jusqu’à ce que l’une d’entre elles te reconnaisse et cesse de te demander d’être femme auprès d’elles. Jusqu’à ce que l’une d’entre elles te reconnaisse et vienne célébrer ton regard, ton silence et ta patience d’un geste, d’un mot, d’un livre. »

 

Extrait de Clair Obscur Gynécée