Mois : novembre 2014

Quand je n’écris pas, je…

Puisque ma façon d’être au monde est d’être dans la création, je refuse que le domestique n’assèche mes fluides.

Alors, ma créativité s’exprime dans ma façon d’agencer les objets dans la maison. Ma créativité s’exprime dans ma façon d’associer les couleurs sur moi. Ma créativité s’exprime dans ma façon de cuisiner les saveurs et les textures. Ma créativité s’exprime dans ma façon d’emballer et d’offrir les cadeaux.

Tout est prétexte à expression de ma créativité. Du minime à l’infime. Se contenter du minuscule. Minimalisme qui fait passer le temps tout en étant soi dans le geste, l’attitude, le regard.

Et le plaisir.

Faire plaisir, se faire plaisir.

Alors, quand je n’écris pas, je…

Je est une autre

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Alors que j’ai dispersé le manuscrit de mon « Clair-obscur gynécée » au vent et au gré de mes relations, se pose de nouveau la question de l’intimité.

De mon intimité.

Soit de ma proximité avec ce qui est raconté.

La question ne se posait pas pour « Unies vers celle au singulier ».

Étant un récit de voyage, les choses étaient claires : tout ce que vous lirez est vrai.

Quoi que.

Toute subjectivité n’étant pas vérité.

La question allait se révéler plus que pertinente pour « La Gamine et le A », objet que j’ai été incapable de définir, livre qui brouillait les pistes du genre.

Je me cachais bien derrière.

Mais personne ne me voyait grimacer.

Pour ce nouveau, nouveau quoi, cette nouvelle histoire, cette première histoire, dès le départ, dès son origine, la démarche et l’intention étaient différentes.

Tout ceci doit être considéré dit par un personnage de roman.

Je suis incapable de prévoir comment chacun me lira.

Je suis incapable de prédire qu’un tel lira mon texte comme s’il me lisait intimement et qu’un autre lira mon texte comme s’il lisait une fiction.

Alors, faut-il avertir le lecteur?

Tout ce que vous lirez n’est que fiction.

Alors, faut-il prévenir les intimes qui me liront.

Tout ce que vous reconnaitrez n’est que fiction

Bien sûr, je me suis inspirée.

Puisque la trame ne vient pas de la lune, elle me vient de la terre.

De tout ce que j’ai lu et entendu.

De toutes celles que j’ai rencontrées et écoutées.

Tous ces éléments remarquables ont participé à l’élaboration d’un squelette.

Mais la chair, mais le tissu, mais le nerf ne sont que fabulation.

Alors, comment expliquer que ce je n’est pas moi mais une autre, une synthèse, une composition, la restitution d’une multitude, moi comprise dans la multitude, évidemment, mais non moi exclusivement?

Le je imitant est-il un je limitant?

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Leçon n°38

« Il faut renoncer à l’idée de liberté afin de désobéir encore. Il faut renoncer à l’idée de liberté en sorte de s’émanciper encore. Il faut détester le maintenant, ce qui s’accroche dans le maintenant, ce qui prétend maintenir la réalité et la tension des forces qui l’arriment. Il faut haïr ce qui interdit tout accès à l’imprévisible et à l’irréversible. Il faut aimer l’irréversible. Il faut creuser l’écart entre l’événement et le langage.

Il ne faut jamais sortir de jadis, du corps, de sa joie, du péché, de la génitalité, du silence, de la honte, de l’anecdote, du Il était une fois, du privé, de l’incompréhensible, de l’incomplet, du caprice, de l’énigme, du plus humble des faits divers, de la plus ridicule rumeur remontant à la plus petite enfance »

 

Pascal Quignard, Les Ombres errantes