Mois : janvier 2015

Leçon n°39

« H. pleure ce qui doit être pleuré. Mais ses larmes sont désormais de celles qui n’usent pas le coeur ni ne dessèchent le sang, et au contraire de jeter l’obscurité dans l’oeil, lui donnent une brillance nouvelle. »

 

Lorette Nobécourt, La clôture des merveilles

Nouveau projet

« Le matin, au loin, l’appel. Ma mère déjà fait chauffer l’eau qui servira au chaï. Je me lève et immédiatement me lave. Il faut frotter chaque recoin de mon corps. L’eau sera ma force, l’eau sera ma joie. Le matin est une célébration et dans la maison tout le monde chante. J’allume quatre encens : deux pour ma maison, deux pour le monde ; deux à l’intérieur, deux à l’extérieur. Je pointe mon annulaire dans de la poudre d’encens et marque quatre points. Un sur mon troisième oeil. Un sur mon oreille gauche. Un sur mon oreille droite. Un sur ma gorge. Le troisième oeil pour la concentration de l’esprit. Les oreilles pour qu’aucune mauvaise parole n’entre. La gorge pour qu’aucune mauvaise parole ne sorte. Je salue Ganesh, Krishna, Hanuman et Saraswati. Et déjà les parfums me donnent envie de danser, alors je suis le trajet de la mousse, de la douche à l’égout, en laissant virevolter mon corps. Arrivé face à ma mère, je m’enfouis dans ses voiles, et voilà qu’elle me tend, la douce boisson des gens heureux. Et rje etire, du bout du doigt, la peau brunâtre flottant sur le chaï trop chaud. « Aloo! Mattar! », voici déjà le vendeur de légumes! L’appel est bien là, l’appel de la rue. »

 

IMGP0007 IMGP9249 IMGP9242 . IMGP9799

et commencer ici l’histoire de Chotu, l’enfant qui guérissait les cerfs volants

livre pour enfants

histoire avec illustrations

nouveau projet

 

Pourquoi je m’asseois

J’ai moi aussi passé la journée du mercredi dans un état de choc, guettant la moindre information, me jetant sur tous les articles à propos.

Après les questions, les questions, et encore les questions.

Rupture de la normalité.

Ici, pas loin, oui. Mais surtout, eux.

Eux?

Je ne les ai pas souvent lu, mais je savais ce qu’ils représentaient.

Et même si je m’entraîne à l’humour pour tous, je trouvais qu’ils dépassaient parfois certaines limites.

Quel courage.

Quel courage!

Il en faut, des faucheurs de limites. Il en faut, pour qu’elles repoussent, ces limites, plus loin, bien plus loin, au delà de nous-mêmes.

Plus loin, bien plus loin, puisque nos voix et nos avis sont bien ici.

Qu’on les repousse, ces limites, puisqu’on étouffe, ici.

Avec toutes ces voix, tous ces avis.

Tous ces.

« Ils l’ont bien cherché »

Je me suis assise, prise de nausée.

La journée du jeudi semblable à la veille, semblable à votre jeudi au lendemain de.

Tous identiques, il le fallait, c’était un cri.

J’étais, moi aussi, parmi vous.

Puisque l’émotion prenait le dessus.

Puisque le mal au ventre.

Puisque la larme à l’oeil.

Puisque l’obsession grandissante.

Fascinante mais effrayante.

Le mouvement prenait forme.

Multiple en un semblable.

L’émotion serait cet organisme vivant en constante métamorphose.

Pour s’adapter à son milieu.

Des hostilités firent surface.

Hors champs, j’entendais grincer la rumeur des machineries islamophobes.

Mise en branle, branle bas de combat.

Après l’hébétude, le malaise, sinueux s’emparant ici de mes cavernes.

Et là.

« Ils l’ont bien mérité »

Dégueulis, dégueula, dégueulèrent.

Je me suis assise, prise de nausée.

Je m’appellerai autrement désormais.

Vendredi, comme une continuité, sauf que le malaise était

grandiose.

Lire et transmettre, faire circuler les idées.

S’associer à une phrase, un texte, un dessin.

Être d’accord.

Être en désaccord.

S’accorder.

Jouer au diapason, presque perdre la raison.

En tout cas, se perdre dans l’immensité de nos raisonnements.

Les nouvelles images.

Battage médiatique.

Abattage des suspects.

« Bien fait pour eux! »

Je me suis assise, prise de nausée.

Samedi, dimanche.

Je suis restée assise, à converser avec ma nausée.

Nausée aussi fascinante qu’effrayante.

Nausée aussi éblouissante qu’une méduse.

Dangereuse.

Puisque la peur est plus forte que ma capacité à m’émouvoir d’une foule marchant ensemble pour la liberté.

Puisque ma peur est plus convaincante que cette foule marchant ensemble pour la liberté.

Puisque cette peur est plus puissante que le tableau de « la foule marchant ensemble pour la liberté ».

Puisque ma question de départ est ma question de fin

Puisque ma peur est une question :

et demain?

Je suis toujours assise.

Face à l’écran médiateur.

Face à l’écran absolument pas réconciliateur.

Et je décide, soudainement, d’en finir avec les réseaux soucieux.

Et je décide, soudainement, de retrouver le goût du timbre.

Et je décide, soudainement, de marcher sur ce qui a déjà été dit

marcher sur tout ce qu’ils annonceront

et que silence se fasse

et que s’efface ma peur

puisque je serais locale

et qu’ici

les

gens

se

parlent

et

se

regardent

en sourcillant

en grimaçant

en souriant

en éructant

en mâchonnant

en se touchant

en se giflant

 

les visages

sont

ma

seule

vérité

 

et

je

m’assois

face

à

toi

pour

te

dire

 

 

 

Adeline et la naviguo-thèque

IMGP9458

IMGP9457

IMGP9459

IMGP9468

IMGP9472

IMGP9462

.

IMGP9482

.

IMGP9478

IMGP9488

.

IMGP9501

IMGP9499

IMGP9498

IMGP9503

IMGP9500

IMGP9507

IMGP9513

 

*

Ceci est la bibliothèque d’Adeline

Dans des cartons, auprès de l’ancêtre

ses livres d’avant.

Sur son navire, haut perchés

ses livres pour l’après.

Entre ses mains, posés en éventail,

l’immédiat.

En quatre temps un mouvement,

elle habille et déguise le théâtre et son double.

Vagabondage et vague à l’âme,

flottaison et autre tandem,

elle divague sur la mer des langues.

Contorsionniste des temps modernes,

elle allie droiture et souplesse

pour mieux se fondre

dans les cases

empilés

puis pillés

de ses rangées de mots

que le monde lui inspire.

Elle sait voguer.

Elle sait aussi la brasse.

Elle sait surtout le plongeon.

Et dans ses filets, redingotes et bracelets.

Et sur le dos des litotes,

embrasser le sacré

des profondeurs.

*

IMGP9467

IMGP9475

IMGP9492

IMGP9509