Mois : février 2015

Gabin, Fanny et Benjamin et la famili-thèque

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Ceci est la bibliothèque de Gabin, Fanny et Benjamin

Car ici chacun lit

et c’est ainsi qu’on se relie.

Puisque soeur frère

va de soi

va de pair.

Puisque homme femme

fait la pair

fait la soie.

Et qu’un enfant,

ma foi,

fait le père

fait la mère

et

fait la joie.

Car ici la femme materne comme on boirait dans une patère.

Avec délicatesse,

en pleine conscience,

et pour le sacre

de l’enfant.

Car ici l’homme parle d’un ton paterne

et veille à ce que les siens

envisage l’horizon

d’un sourire bienheureux.

Car ici les couvertures noires ne font plus peur

Car ici les livres sont là autant pour être lus que pour être là

Car ici la famille s’entrelace dans les cases empilées

d’une bibliothèque pour tous

de leur bibliothèque à eux.

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Lilette et la vie-thèque

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Ceci est la bibliothèque de Lilette

où se découvrent,

en filigrane,

le mot

VIE

l’injonction

VIE!

la question

VIE?

Puisque le moine côtoie l’artiste

puisque le mari veille sur la femme

puisque les générations s’abritent sous un seul et même toit.

Lilette fait face,

le commandant sourit.

Dans l’objectif de celle qui écoute,

celle qui parle s’élance

s’allonge

se longe.

De fil en aiguille.

Tissent les âges

Ouïe dire de l’ourdir

Métissage des reliures

Nous y sommes,

nous y sommes presque.

La vie que l’on observe.

La vie que l’on conserve.

La vie que l’on réserve.

Au chaud.

Effluves de lavande

et sourire éblouissant,

Lilette raconte.

La vie.

Devant soi.

*

 

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Leçon n°41

« Comment c’est, un écrivain, dans votre tête : étrange à dire, mais ce n’est pas d’abord lié à l’écriture. Un écrivain, c’est quelqu’un qui se bat avec l’ange de sa solitude et de sa vérité. Une lutte confuse, sans nette conclusion. Un combat de rue, une empoignade de voyous, des plumes qui volent dans tous les sens et parfois, comme dans tout affrontement, un instant de trêve. Un livre, parfois. Mais pas toujours, pas nécessairement. Il vous est arrivé de rencontrer des personnes bouleversées par leur propre parole. Leur conversation irradiait une intelligence vraie, non convenue, et quand ces gens entreprenaient d’écrire, plus rien : comme si la peur de mal écrire et la croyance qu’il y a des règles leur faisaient perdre d’un seul coup toute vérité personnelle. Ces gens, vous les reconnaissez comme d’authentiques écrivains. Ce n’est pas l’encre qui fait l’écriture, c’est la voix, la vérité solitaire de la voix, l’hémorragie de vérité au ventre de la voix. Est écrivain toute personne qui ne suit que la vérité de ce qu’elle est, sans jamais s’appuyer sur autre chose que la misère et la solitude de cette vérité. Dans ce sens, les enfants et les amoureuses sont des écrivains-nés. Un jour vous aviez tenu entre vos mains la fleur du titre d’un livre, seulement son titre : L’après-midi d’un écrivain. Avant même de prendre connaissance de l’histoire, il vous avait semblé évident qu’elle allait vous montrer un écrivain dans ces heures où il n’écrit pas. Le premier mot – après-midi – détruisait donc le second – l’écrivain. L’histoire s’inventait seule sur la couverture du livre : l’après-midi venait à la rencontre de l’écrivain, et de cette rencontre naissait un mystère absolu : que fait celui qui écrit lorsqu’il n’écrit pas? La réponse – dans votre tête, pas dans le livre – était la suivante : il écrit encore. Pas avec des mots, pas avec de l’encre. Mais il écrit toujours. Et la question suivante venait nécessairement : qu’est-ce que cette écriture qui n’a pas besoin de mots pour être? »

 

Christian Bobin, L’inespérée