Mois : novembre 2015

Rouges, etc

IMGP2448
Recherche par Delphine Bonnet

Rouges, c’est une histoire

une succession de tableaux

c’est l’histoire d’une emprise qui se répand

Rouges, c’est une vision

des mots sur feuille un point c’est tout

Rouges, c’est un projet

c’est ne pas se contenter d’un livre

c’est vouloir une totalité

Rouges, ce sont quatre mains qui s’unissent

deux regards qui se confrontent

et des dizaines de visage qui affrontent

Rouges, ce sera un texte

des illustrations

des photos

et un film

Rouges, c’est tout ce dont la pieuvre est capable

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Leçon n°51

« Beaucoup de gens disent qu’ils s’assagissent avec l’âge. En vérité ils se tassent, ils ralentissent. Ils perdent de leurs saillances. Ils s’enlisent dans un sable mou et s’enfoncent en toute confiance. C’est ce qu’on appelle mûrir. La Hyène appartient à une certaine catégorie de durs – ceux que la sensiblerie rattrape, sur le tard, comme si l’armure devenait épiderme et qui se retrouvent, stupéfaits d’être mis en connexion directe avec le monde, et guère habitués à souffrir, notamment du doute. Bien des comportements, adoptés à l’adolescence, entrent en déconfiture à l’âge mur, et elle attrape des états d’âme comme d’autres souffrent de rhumatismes. Elle est arrivée au bout de son pacte avec le mal. S’obstiner serait se mentir. »

 

Vernon Subutex, Virginie Despentes

La concentration

La concentration, c’est lorsque nous nous déshabillons dans une pièce froide, que nous nous glissons entre des draps froids, que la chaleur de notre corps persiste, mais qu’il faut résister au froid environnant, puis, à force d’y croire, à force d’y penser avec insistance, la chaleur se répand, et nous ne faisons qu’un avec la literie, et nous ne distinguons plus notre corps du lit, et nous devenons cette chaleur englobante. Par la force déployée par la concentration.

Pourtant, la concentration serait « l’action de tout ramener au centre ».

Alors,

La concentration, c’est lorsque nous nous déshabillons dans une pièce froide, que nous nous glissons entre des draps froids, que la chaleur de notre corps persiste, mais qu’il faut résister au froid environnant, puis, à force de ne penser qu’à nous-même, nous nous retrouvons seul dans ce lit, seul avec ce corps, seul corps englouti par le froid, et c’est alors que nous grelottons, c’est alors que nous avons perdu toute chaleur, qu’elle soit humaine ou sensuelle, et nous pouvons dire que nous avons perdu, que nous nous sommes perdu dans la concentration.

Je ne sais pourquoi ce mot, ce concept, cette idée, me sont venus en tête à l’approche de l’endormissement. J’étais dans la tiédeur et elle n’avait aucun effet sur moi. Je voulais me détourner vers l’un des deux extrêmes, mais il fallait bien que je m’endorme, puisque demain… La concentration me ferait défaut si je n’alignais pas suffisamment d’heures de sommeil sur l’écran noir de mes nuits noires.

Au matin, il me fallait me rendre à l’évidence.

Si je n’ai pas d’avis sur la question.

Si je ne dis pas au revoir en partant.

Si je travaille sur cinq projets à la fois.

Si je n’ai pas le permis de conduire.

Si je n’écris pas plus de 30 minutes par jour.

Si je ne peux pas téléphoner dans le bruit.

Si je ne peux pas parler dans l’action.

Si mon attention est détourné à chaque battement de cil.

C’est que je manque de concentration, la concentration en tant que capacité à être soi en soi et pour soi.

Remontait à la surface le souvenir de mes années d’université, lorsqu’il me fallait m’arrêter plusieurs heures, m’asseoir, faire face à la feuille et écrire, dérouler mon raisonnement, expliquer en appliquant soigneusement la parole des autres, ceux qui avaient cherché. Après avoir lu la question, relu la question, je ne me posais pas la question de mon savoir – en sais-je assez pour répondre à cela – non, je restais là, je levais la tête, posais mes yeux sur mes camarades d’amphithéâtre, observais comment ils s’y prenaient, eux, contrairement à moi qui prenais l’air de ceux qui ne tiendront pas la barre de la dissertation. Et puis ça me tombait dessus, ou plutôt, mon esprit ouvrait une porte et tout était là, bien rangés, bien classés, bien ordonnés, prêts à être mis en mots écrits sur feuille, les données, les références, les anthropologues, les sociétés, les mots de liaison et les accords. Je n’avais pas d’effort à faire. Je n’avais plus qu’à écrire ce que me dictait ma pensée. Elle avait travaillé dans l’ombre de mon égarement. Je n’avais pas besoin de rester concentrée. J’avais besoin d’être dans la lune.

A présent, la lune est là où l’enfant s’écrit : « maman, c’est ce soir la pleine lune! » Et à moi de répondre : « pas tout à fait, c’est demain la pleine lune » A l’enfant de rétorquer : « mais si je t’assure elle est complètement ronde! » A moi d’ajouter « si elle te plaît comme ça… »

S’il me plaît d’être comme ça…

« Prends ton temps, même s’il est en miettes. Tout est concentré dans les miettes. »

Mes choix ont émietté mon temps. Pour arriver au cœur de ces miettes – au cœur de mes choix?, il me faut traverser la fatigue, le souci, le doute, la raison. J’arriverai alors à mon tout, à moi dans le moi, moi dans l’Histoire, moi dans les autres, moi dans la vie. J’y suis, j’y suis presque.

La concentration est une tentation.

La concentration est une pression.

La concentration est une passion.

La concentration est une explosion.

La concentration est une répercussion.

La concentration est une diffusion.

La concentration est une fusion.

Je suis une concentration

d’émotions de souvenirs de chaleur d’envies de peurs de tiers d’arbres de promesses d’âges d’amour de regards de possibles

et il me plaît de me laisser porter par tout ce à quoi me fait penser ce point, en ligne de mire comme en figure de proue, ce point d’interrogation qu’est la concentration.

Qu’est-ce que la concentration?

En quoi est-elle une capacité?

Pourquoi blâmer ceux qui ont des difficultés de concentration?

Mais c’est quoi au juste avoir des difficultés de concentration?

Pourrait-elle être un critère de sélection?

Devons-nous vraiment tous raisonner de la même façon?

Dois-je faire des exercices pour améliorer ma concentration et ainsi être conforme?

J’irai me coucher, lutter contre le froid pour le chaud, veiller à être présente à ce que je fais, voilà bien la seule chose que je souhaiterai faire comme je le pense, être présente à ce que je fais, peu importent les sauts de cabris, saute-mouton, seaux renversés, pirouette galipette, retournement de situation, mauvaise retransmission, transhumance des pensées, points cardinaux bouleversés.

 

Juxtaposition

Quand les sensations de mon enfance se juxtaposent à

mes observations de leur enfance,

je tremble.

Quand ce que l’autre me dit de lui se juxtapose à ce que je dis de moi,

je tremble.

Quand ce que mon regard observe au ralenti se juxtapose à cette chanson,

je tremble.

Quand les saisons se juxtaposent à mes humeurs,

je tremble.

 

Helena Almeida
Helena Almeida

 

Quand son bleu à elle est mon rouge à moi.

Juxtaposition,

Ajuste ta position.