Mois : janvier 2016

10ème jour

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Alors, tout ça pour quoi?

Il n’y a pas eu de révélation, il n’y a pas eu de désastre

Ces 10 jours ont été comme les jours précédents et comme ceux qui suivront

Rien à signaler, la vie

Des difficultés et des soulagements

La routine et les aléas

Rien qui ne justifie d’être écrit ici

Et pourtant, j’ai raconté des faits j’ai développé des réflexions

A petites doses, certes, mais quand même.

En toute honnêteté, cela ne m’a pas apporté grand chose,

mises à part la désagréable impression de déblatérer des banalités

et la, plus sympathique, satisfaction d’avoir tenu le défi jusqu’au bout.

Alors, tout ça pour quoi?

Pour pas grand chose finalement.

Pour réaliser que ma vie n’est pas grand chose,

c’est la mienne, c’est tout.

Demain, le père de mes enfants rentrera à la maison,

nous retrouverons la normalité de notre foyer,

nous poursuivrons ainsi aussi longtemps que nous le souhaiterons,

et nous vivrons notre vie comme vous vivez la votre.

Pas de quoi en tenir un blog.

Je poursuivrais mes écritures dans mon coin

en espérant attraper le plaisir que l’on me promet

et lorsque je croiserai un magicien, je lui dirai « encore! ».

Je veillerai à l’équilibre des forces et parfois je faiblirai et parfois je basculerai

en diagonale, si possible

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8ème jour

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Aujourd’hui, il n’y avait rien à transformer

Il y avait juste à être présente, ouverte, disponible

D’ailleurs, il n’y avait pas, j’étais

Présente, ouverte, disponible

Rien à forcer, rien à fabriquer

A leurs rythmes, à leurs invitations

Rien à en tirer, juste des instants à vivre

dans l’immédiateté, dans l’éphémère

Il y a des jours comme ça

où je n’attends rien où je n’espère rien

de plus

Je suis là

avec eux

tranquille

Il y a des jours comme ça

et ce sont des jours heureux, denses, dansant

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7ème jour

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Je me pose encore la question du « à quoi ça sert tout ça? »

Je me la pose comme se la poserait un magicien?

Je pose la question à ceux qui m’entourent.

Le magicien se pose-t-il la question de l’utilité de son art?

Le magicien est dans l’immédiateté.

Il n’a qu’à tendre les mains pour obtenir ce qu’il recherche.

Hop, hop, hop.

Émerveillement.

J’envie le magicien.

Alors, autour d’un verre de vin rouge et d’une partie de cartes,

on me regarde avec de grands yeux comme pour me dire : « mais ça va pas la tête?! »

alors qu’ils me disent : « l’essentiel est le plaisir que tu y prends ».

Le plaisir que j’y prends?

Prendre du plaisir en écrivant?

Vraiment?

Je commence tout juste ma vie de joueuse

et je retrouve tout juste le goût d’ivresse.

Une fois les cartes rabattues et les verres vides, je peine à répondre à ces questions que l’on me pose : « mais tu écris pour quoi au juste? tu écris pour qui? »

Qui?

« Tout est une question de perspective », et je m’en vais fumer une cigarette à la fenêtre, m’excusant auprès de la lune.

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6ème jour

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A mon avis,

Écrire est un acte égoïste

Écrire c’est ne pas penser à ceux qu’on va peut-être blesser

Écrire c’est autant de temps que nous ne passerons pas avec l’autre

Écrire c’est être seule avec soi-même

Écrire c’est se couper du monde

Écrire c’est ne pas s’occuper du monde

Écrire c’est être libre

Et pourtant

J’ai été élevée dans l’altruisme, je suis portée sur la culpabilité, je ne supporte la solitude qu’à petite dose, être entourée me fait vibrer, la vie extérieure est mon inspiration, j’aimerai (encore et toujours) pouvoir sauver le monde, je ressens la pression du devoir plutôt que l’amplitude du droit.

Il me faut faire avec ce qui ne s’accorde pas mais s’oppose.

Il me faut faire de ces oppositions des interstices.

Vivre, c’est composer avec ses ambivalences et ses paradoxes.

Penser, c’est affirmer une chose, et avec le temps, son contraire.

Ressentir, c’est la rencontre, en douceur en fracas, entre le corps et le langage.

Être, c’est traverser.

En diagonale, si possible.

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5ème jour

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Nous n’avons pas échappé à la malédiction, qui veut que durant cette dizaine annuelle au moins un des enfants tombe malade et que le-dit enfant me transmette sa maladie. L’élu de la saison 2016 est Sofiane avec une otite doublée d’une bronchite. Je suis 1ère dauphine, couronnée d’un rhume. J’ai beau m’y attendre, il y a quand même un moment où la colère fait son chemin. Mais aujourd’hui, ce n’est pas elle qui est arrivée la première en mon cœur.

Aujourd’hui, j’ai réalisé ma force, ma capacité à faire face, mon pouvoir englobant. Aujourd’hui, je me suis surprise à être dans la joie, l’optimisme et la légèreté.

Et plutôt que de me focaliser sur la pénibilité de mon état de fatigue, de l’administration des médicaments à mon enfant, de l’agitation de mon aîné et autres lourdeurs, je me suis rappelée ce que c’était être malade lorsqu’on est enfant, et cela a adoucit mes perceptions du jour.

Mine de rien, mettre au monde et accompagner ses enfants, c’est aussi retrouver son enfance et se laisser envahir par le ravissement que nous procure ces réminiscences.

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4ème jour

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J’avais cette discussion avec une amie concernant la faiblesse qui s’emparait de nous lorsque nous étions dans une situation conflictuelle avec notre conjoint.

Ce ne sont pas des corps qui s’affrontent mais des voix, des voix portant d’un bout à l’autre du lien conjugale des mots, des mots faisant sens puisqu’ils sont mis bout à bout de sorte qu’ils assurent la transmission d’une pensée, une pensée qui n’est pas faite de la même substance selon qu’elle soit prononcée par l’homme ou par la femme.

Et c’est ici que s’incrustait le déséquilibre, et c’est ici que la faiblesse nous rendait liquides, fuyantes, soumisses à la pression sociétale et à l’attraction terrestre.

Mon amie et moi-même nous interrogions sur ce qui faisait ou non poids dans un débat.

Nous disions : « ils sont capables de rester maîtres de leurs émotions, ils sont dans la maîtrise du Logos, ils sont assis dans la Raison, ils sont dans l’expression de leur raisonnement, leurs références sont empiriques, ils se promènent dans leur mémoire avec assurance, ils prennent le dessus grâce à un argumentaire infaillible »

Ensemble nous nous inquiétions au sujet de la facilité avec laquelle nous nous affaissions.

Nous constations : « nous sommes dans le vécu de la chair là où l’émotion jaillit, nous sommes dans la perception et le Verbe n’a que faire de notre langage, nous vivons dans l’expérience des saisons et des tempêtes, chaque cycle vient purifier le précédent, nous n’avons pas la mémoire des faits mais la mémoire des formes, nos références sont intuitives, nous ployons sous les résurgences »

Nous poursuivions notre discussion sur notre volonté de ne pas séparer mais bien associer, sur notre souhait de voir les hommes donner de la valeur à nos idées et avis, sur notre envie d’égalité des forces et compétences pour une pure collaboration entre l’homme et la femme, sur l’animus et l’anima,…

Et la vie reprit forme humaine puisque nos enfants nous interrompirent.

Il fallait bien les écouter, nos fils.

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