Mois : mai 2016

Nuée de bouts

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Nuée de bouts (1/2)

Sur le chemin de l’école, l’enfant exprime son envie de voir la Mer Méditerranée. Comment lui dire que je ne veux plus mettre mes pieds en ce charnier?

Faire le détour, la liste des pays entourant cette vaste étendue d’eau qui n’évoque rien de mal pour l’enfant.

Israël, te souviens-tu? Tu avais 1 an et demi et nous y sommes allés.

Puis le sac au dos, repartir, prendre le train, m’enfuir ou m’évader, on ne met pas la même chose dans son sac, selon.

Plus tard, elle me dira : « ce n’est pas la fuite ou l’engagement ».

Dans le TGV, nous entendons l’intervention d’une employée de la voiture bar, celle-ci fait la liste de tout ce que nous pouvons consommer, elle a un fort accent chinois.

Entendre les rires moqueurs, les imitations et autre « et des nems? » de mes compagnons de voyage me plonge dans une honte intestinale.

La honte des témoins.

Dormir la bouche ouverte, retenir ma tête au dernier moment, avant qu’elle ne tombe, me délester de toute cette fatigue accumulée.

Arriver à Paris, comme une provinciale, toute étonnée par tant de bruit, bitume, gris, misère.

Il n’y a pas que ca, il y a aussi son sourire à elle lorsqu’elle s’avance vers moi.

Nous ne nous connaissons pas et nous nous sommes reconnues.

Mais avant elle, il y a eu lui, lui et lui.

En l’espace de cinq minutes, trois façons de poser la même question.

L’un s’élance dans un monologue sur sa situation.

L’autre me tend la main.

Le dernier me dit « j’ai faim ».

Je retourne à la honte, en mon cœur cette fois, de ne rien pouvoir faire pour eux.

La honte des impuissants.

Je suis à ses côtés, je me laisse guider, je ne prends aucun repère dans la ville, je ne regarde que ce que j’écoute de nos conversations.

Une déclinaison de mouches et l’histoire qui prend forme.

Elle a une belle voix, je suis contente de l’avoir rencontré.

Ce qui compte pour moi, c’est l’expérience.

Je repense à ce que j’ai lu ce matin : « si je devais faire un travail autre que mon travail artistique pour gagner de l’argent, je pense que je me suiciderai, je n’ai pas l’énergie pour ».

J’applaudis LA BRIGADE D’AUTEURES.

Nous nous quittons sur un large sourire.

Je monte dans le train, j’ai besoin de boire un thé, je m’avance au bar, l’employé me demande de patienter, il n’a pas encore tout installé.

Puis, il dit à un homme que je n’avais pas remarqué : « je sais que vous étiez là avant elle mais par galanterie je vais servir Madame »

L’homme répond : « oh je restais discret car je sais à quel point cela peut être désagréable d’être interrompu par des clients trop pressés »

Moi, m’adressant à l’employé : « je préfère que vous honoriez la politesse de Monsieur plutôt que le simple fait que je sois une femme »

Ce qui compte pour moi, c’est l’expérience de la rébellion.

Le thé était dégueulasse et hors de prix.

Sur un écran je lis que nous roulons à 293 km/h.

Un couple de personnes âgées est assis en face de moi.

La femme dit à l’homme : « avant, tu disais des trucs qui me faisaient rire. c’était fort, je riais. maintenant, tu ne dis plus rien »

L’homme reste silencieux.

« C’est l’histoire d’une mouche qui tournait en rond… »

Je pense à mon amie Estelle.

Elle aurait aimé cette histoire de mouche.

Je dévoile une honte camouflée.

La honte des témoins impuissants.

Je participerai à la prochaine Nuit Debout.

L’enthousiasme créateur

Le problème, pour en revenir au masque social, c’est lorsqu’on est d’un tempérament buvard. Il est assez embarrassant de ne pouvoir porter rempart. Je ne sais pourtant faire autrement qu’être imprégnée. L’atmosphère s’infuse dans mes humeurs comme la verveine se déplie dans mon eau chaude. Il y a l’atmosphère « temps pluvieux », l’atmosphère « enfants qui crient », l’atmosphère « à vélo », l’atmosphère « bonniche », l’atmosphère « café en terrasse », l’atmosphère « amie suicidée », l’atmosphère « goûter dans l’herbe en plein soleil », l’atmosphère « incivilité urbaine », l’atmosphère « repas de famille »…La liste est longue, la liste est vie, succession d’atmosphères, tout autant d’attitudes. Seule ma posture de sophrologue permet de mettre un terme à tout ce brouhaha.

Oui, je fais des liens et les petites fourmis de la censure ôtent de ma vue

ce qui ne doit pas être lu.

De lien en lien justement allons ensemble

vers mes mots-clés du temps présent.

Juste aujourd’hui ne te mets pas en colère

Juste aujourd’hui ne te fais pas de souci

Juste aujourd’hui honore tes proches

Juste aujourd’hui vis honnêtement

-imposition des mains –

si j’ai les pieds froids et les joues en feu

si le rouge est ma couleur et le patchouli mon odeur

c’est que je manque d’ancrage.

Et pourtant.

Samedi matin, aux aurores, en quittant Crest par la route, j’ai aperçu au loin cette ville, entourée du soleil levant et des montagnes environnantes,

le bleu du ciel était sublime.

J’ai quitté cette ville par la route comme on quitte son amant le coeur battant.

Je reviendrai, demain

chez moi.

Je n’ai jamais été aussi ancrée.

Attachée à une terre.

Ce sentiment d’enracinement – appartenance – identité est saisissant.

Mais insuffisant.

J’aimerai ressentir ce même amour d’être ici dans ma vie de tous les jours,

tous les jours.

Être romancière, c’est aussi accepter la vie matérielle, entrer de plain-pied dans le détail du quotidien, scruter, humer et toucher sans dégoût la poussière et les balais, les lits défaits et les enfants qui pleurent, les viandes et les légumes, les mille contradictions qui circulent au sein de chaque famille… douleurs, rires, transmissions, trahisons… Ce n’est peut-être rien d’autre que cela, l’essence de la fiction (Nancy Huston, Carnets de l’incarnation)

Mon territoire intime, mon innerspace, est toujours ce pont sur lequel j’hésite.

Philosophiquement il reste un non-lieu.

Pourtant je l’habite et je suis.

Personnellement, l’hésitation reste une inspiration.

D’ailleurs, en parlant d’inspiration.

Lors du second cercle de femmes que j’ai co-organisé avec A. et M-A., est tombée entre mes mains cette divine expression : l’enthousiasme créateur.

Chacun y entendra ce qu’il a besoin d’entendre.

J’ai eu besoin de croire au cercle vertueux des gens heureux.

J’en parlais déjà dans mon « Sismique systémique ».

D’un point de vue étymologique, le mot enthousiasme signifiait à l’origine inspiration par le divin.

Disons que l’atmosphère est propice.

C’est bien pour ça que l’enthousiasme me traverse

seulement

de

façon

épisodique.

« Le divin » n’est pas dans un pot-au-feu

(mais pourquoi pas dans une pêche).

Et celle qui s’accroche au cercle vertueux habite un entre-deux où les vents soufflent aussi forts que son amour de la vie.

C’est trop d’énergie pour une girouette.

– imposition des mains –

c’est trop

et c’est bien comme ça.

Je me sens bien comme ça.

Ce n’est pas moi la girouette,

c’est les temps qui courent.