Mois : septembre 2016

Méditerranée

Sur le trottoir, mon fils m’a demandé : « tu connais la chanson Méditerranée? »

Tout en me déchaussant, je lui ai répondu :

mi-sol-si-mi-ré.

Je l’ai laissé seul avec ses représentations

et j’ai rejoint ma contradiction sur la plage.

J’ai marché, main dans la main avec elle.

Ensemble, nous avons longé la mer.

Mes pieds dans le sable portaient encore les marques de mes sandales.

Ensemble, nous avons évoqué les différentes possibilités qui s’offraient à nous.

Les vagues frôlaient mes orteils, je reconnaissais leur chant.

Mes pas s’enfonçaient dans le sable et je me suis résolue à l’immersion.

J’ai laissé derrière moi la promesse que j’avais faite à l’été,

celle qui disait que jamais plus je ne me baignerai en la mer Méditerranée-ce-charnier.

De mes pieds polis par des semaines de persuasion,

je me suis avancée dans l’eau, traînant là ma contradiction, pour l’expérience.

Je lui ai dit : « tu es bien plus belle que moi ».

Elle m’a répondue : « ce n’est pas une question de genre ».

Nous nous sommes jetées à l’eau,

dans les bras l’une de l’autre,

pour ne finir qu’une,

j’étais toujours là.

J’ai nagé parmi les ombres noyées.

Dans les profondeurs, j’ai cru reconnaître des corps.

J’ai eu peur.

Le scintillement des eaux me faisait plisser les yeux,

si fort que j’ai pleuré,

ajoutant un peu plus d’épaisseur à la dévoreuse.

Je n’ai pas supporté participer à ce carnage.

Je suis sortie de l’eau, je n’étais toujours qu’une et mon fils criait de joie.

Une

nuit

de

pleine

lune

à

penser

à

tous

ceux

qui

se

noient.

Le lendemain, alors que le ciel se confondait à la mer, j’ai couru jusqu’à elle.

Il n’était plus question de réflexion.

J’ai :

plongé au plus profond que je pouvais atteindre

poussé un cri, ce froid

été surprise par ma respiration, sa sonorité

nagé, vite

écouté ma respiration, sa résonance

lutté contre les vagues

vu la chair de poule sur ma peau

ressenti une brûlure dans mes poumons

atteint le ponton suspendu au large

marqué un temps

– guet –

vite

revenir

revenir

vite.

J’ai atteint le rivage

et retrouvé mon clivage,

ma contradiction n’étant pas impressionnée par l’expérience.

J’ai laissé les grains de sable s’agglomérer à mes pieds.

Je me suis entourée d’une serviette espérant retrouver un peu d’intimité.

Depuis, le froid ne quitte plus mes os.

Depuis, j’attends que ma mue me fasse mouette

et qu’aucune étendue n’empêche ma traversée.

Les rejoindre et leur dire.

Les bercer avant qu’ils ne…

 

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Leçon n°62

« Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit, que chacun d’eux est. »

 

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu

Mathias et la délica -thèque

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Ceci est la bibliothèque de Mathias

aux livres empilés

aux élévations imprimées

aux

re

li

u

res

(…)

non.

Il y a les livres lus d’un côté

les livres non lus de l’autre,

et faire rouler la pomme rouge entre,

pour que des mains savantes jaillisse une âme sensuelle

– contrebalancement.

A chaque livre son évocation,

à chaque évocation sa partie du corps,

à chaque partie du corps son

– effondrement.

Nous avons ri

– effectivement.

Faire tomber des livres,

par et pour la connaissance,

ce n’est pas tous les jours.

Ici

la bibliothèque est

plancher

rassemblement

sculpture

état d’esprit

tombe.

Une plongée pour nous apercevoir que non

il n’y a pas que des morts

et tu es bien vivant.

Passe ta main sur le bois qu’il te dise.

Ici,

la bibliothèque est

empirique

et ce n’est jamais assez.

Renifle les pages,

écoute la matière,

entre dans l’expérience,

peu importe la mise en scène,

consulte les Archives du vent

– essor.

Et je suis sortie.

 

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Leçon n°61

« On ne peut pas demander au désert d’incarner une liberté qu’on n’a pas d’abord organisée soi-même dans sa chambre à coucher ou dans son salon. C’est cette exigence que je trouve parfaitement déplacée dans presque tous les livres qui nous parlent de la nature. Les gens déversent dans l’univers naturel toutes leurs doléances mesquines et démesurées, puis ils se remettent à se plaindre de leurs éternels griefs dès que la sensation de nouveauté a disparu. Nous détruisons le monde sauvage à chaque fois que nous voulons lui faire incarner autre chose que lui-même, car cette autre chose risque toujours de se démoder. […] Quand on voit le désert pour la première fois – et je crois que c’est vrai de n’importe quelle région sauvage -, ça n’est qu’un désert, la somme de toutes les bribes d’information que l’on a entendues sur le désert. Puis on se met à l’étudier, à marcher, à camper dans le désert pendant des années, alors il devient insondable, mystérieux, stupéfiant, plein de fantômes et de mirages, au point que l’on entend les voix de ceux qui y ont vécu quand on examine le moindre dessin ou un fragment de poterie. Il faut ensuite laisser le désert redevenir le désert, sinon c’est l’aveuglement qui nous guette. Bien sûr, on pourrait dire par métaphore que le désert est une prison d’une complexité infinie, ce qui donne aussitôt envie de jouer avec cette évidence pour la comparer à sa propre vie. Mais chaque fois que nous demandons aux lieux d’être autre chose qu’eux-mêmes, nous manifestons le mépris que nous avons pour eux. Nous les enterrons sous des couches successives de sentiments, puis, d’une manière ou d’une autre, nous les étouffons jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je peux réduire à néant tant le désert que le musée d’Art moderne de New York en les écrasant sous tout un monceau d’associations qui me rendront aveugle à la flore, à la faune et aux tableaux. »

 

Dalva, Jim Harrison

Le poème parisien (3/3)

Le poème parisien

vient

à

l’issue

du

temps

passé

entre.

Il disait : « la vie est une succession de fragments »

et son fils dansait.

Je me disais : « nous passons notre temps à chercher une cohérence »

et je l’ai aperçu.

Immobile.

Au coeur.

 

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Autour s’agitaient postures, gestes, mouvements et paroles.

Le contraste était saisissant.

J’ai stoppé net mon ascension.

J’ai observé.

Cette image rassemblant les multiples impressions de mon immersion.

Je

ne

saurais

dire

plus

que

son

regard.

Je l’ai pris en photo.

Maintenant, après tout ce temps passé entre,

m’y plonger,

et ne plus jamais me contenter des reflets

que l’aquatique de mes perceptions

brise, distend, diffuse, reprend.

Cet été ne fut qu’un miroir tendu.

Aujourd’hui, Septembre,

faire circonvolutions.