Mois : mai 2017

Tout ce qui déborde

C’est au moment où la pieuvre noire est sortie de son ventre que je fus traversée par une contraction.

« Je porte un chagrin qui ne m’appartient pas. »

C’est l’effet Mouawad, ou comment il nous tient, là par nos organes, ensemble, reliés, et la pulse de nos sangs, emmêlés, par nos origines et nos langues, le subtil de notre humanité. J’étais en exil, à lui courir après, je me retrouvais suspendue par les pieds à laper l’eau d’une mer obstacle.

C’est au moment où elle me parla des truites, des truites remontant l’œsophage – comment cette femme a-t-elle pu écrire cela, qui est cette femme qui a su retenir cela ?, c’est son évocation, qui de nouveau me dit croire, me fit dire, que la vie, la marée, tout ca, c’était moi. La bride soudain lâcha, du sable plein la bouche et les larmes affaiblies par le soleil, je n’avais plus qu’à enfouir mes pieds et attendre.

Quelqu’un m’a vu, pédaler à travers une ville où je n’étais pas. J’ai su qu’il s’agissait de la deuxième version de moi-même. Je n’y étais pas. Je n’étais pas là. J’étais au bord.

J’écoute Fairouz et la Méditerranée déborde, remonte, enveloppe mes pieds, mes chevilles, fait lit de ma chair. J’ai le ruisseau qui s’égare, le fleuve qui s’engage, et je ne sais toujours pas parler l’arabe. Peu importe la réputation, avec mon seau, mes mots, j’écope, j’écoperai.

Mon corps est entré dans l’eau, s’est ouvert à l’eau, s’est laissé envelopper de l’intérieur comme de l’extérieur par le mascaret.

C’est ce mouvement, à ce moment inondant, qui, en se retirant, laissa, inerte, la bête en mon cœur.

Le marcheur nocturne, quant à lui, continuait à traverser les fougères humides, la rosée, quant à elle, continuait à tomber. Frôlé comme recueillie, par les feuilles se répercutant. Tomber jusqu’à atteindre, la terre et s’infiltrer.

Est-ce qu’une onde finit par s’arrêter ?

Je suis toujours avec mes pieds tapant giclant, l’arc de cercle faisant jaillir le relief des alentours, par les assauts de ces gouttelettes, donner forme, rendre contour.

Être avec elles en ce triangle, à se parler nos sauvageries, pour mieux parvenir à : planter nos talons dans la terre, déjà la moiteur de l’été, pousser de nos jambes pousser, il convient de s’arc-bouter, un autre pas, suivi d’un autre pas, et de nos mains retenir, les cordes, que les résistances viennent roussir, suivi d’un autre pas, casseroles, faux, tenailles, kalimbas et autres abats-jours.

La mer, s’est retirée. Ne restent que les flaques.

La bête se réveille, a faim, soif.

J’avance, les bras relevés à l’horizontal, et je repousse comme j’enlace, le rhinocéros de ma pensée.

Tout ce qui déborde n’est pas à dire.

Tout ce qui déborde est à danser.

Tout ce qui déborde et s’épancher.

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