Catégorie : A la recherche de Sophie Calle

Le rituel d’anniversaire

 

« Sophie Calle, dans Le rituel d’anniversaire,

invite chaque année un nombre de convive équivalant à son nombre d’année fêté.

Puisque j’ai tendance à recopier cette dame,

j’ai cette année envie de fêter mes 30 ans à 30.

C’est pour cela que vous êtes invités le 19 Septembre

à célébrer ce nombre et sa symbolique

qui deviendront miens le temps d’une journée. »

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Nous étions 30, entre la pluie et le beau temps.

Nous étions 30 sous la bénédiction de Sophie Calle,

puisque la veille

le 18 Septembre exactement

exactement le jour de mes 30 ans

j’ai reçu un email de Sophie Calle

me souhaitant un joyeux anniversaire.

Grâce à l’intervention d’une mère,

grâce à la vie intense et la joie immense,

grâce à l’audace et la peur de rien,

grâce à la connivence des âmes et la créativité des femmes.

A la recherche de Sophie Calle je ne suis plus,

puisque Sophie Calle m’a trouvée.

Un symbole en entraînant un autre,

ma famille et mes amis m’ont offert l’occasion

de m’envoler dans les cieux dans une montgolfière.

Merci à elle,

merci à elles,

merci à vous.

 

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Et repousser sans cesse les limites du possible,

ainsi sera la direction de cette nouvelle décennie.

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A la recherche de Sophie Calle

J’ai rencontré Sophie Calle je ne sais plus ni où ni quand ni comment. Mais je l’ai rencontré, je l’ai découverte de mon ignorance et je l’ai apprécié. J’ai apprécié ses travaux, sa subjectivité et son courage. Comme elle, je me sentais habitée par une vision poétique de monde. Je la voyais utiliser sa vie comme matière première et j’accueillais son travail comme une autorisation. Comme elle, je voulais faire de ma vie mon œuvre, en utilisant tous les supports possibles. Grâce à elle, je pris mon courage à deux mains et je laissai carte blanche à ma folie douce.

J’ai fait quelques bêtises, j’ai fait quelques rencontres, j’ai fabriqué de l’insolite, j’ai construit de l’extraordinaire, et ça me faisait vibrer. Par exemple, c’est dans cette période de ma vie que j’ai concrétisé le projet « Que lis-tu inconnu ? ». J’étais pleine d’idées et d’envies. Je sentais que la démarche « callienne » entrait en moi et que j’en faisais une philosophie de vie, une façon d’aborder l’Autre, les choses, mais aussi les évènements et les émotions.

A l’époque, je voulais écrire un livre qui s’appellerait « A la recherche de Sophie Calle », dans lequel je raconterais l’enquête qui me mènerait jusqu’à elle. Bon, si j’écrivais sur des post-it chacun de mes projets j’en serais ensevelie…  Mais, il y a 2 ans, alors que la passion du « jeu » me reprit, après une longue pause consacrée à ma grossesse et aux premiers mois de mon fils, j’ai réalisé que cette perspective me tenait trop à cœur pour continuer ainsi à l’ignorer, et plutôt que le livre, j’ai choisis le blog. Plus interactif. Plus indulgent face au temps. Plus près de mon emploi du temps. Ainsi, j’ouvris un blog s’appelant « A la recherche de Sophie Calle et je partis à la recherche de cette grande dame.

Première étape. Je tape « Calle » dans Nom et « Sophie » dans Prénom à la rubrique « Qui » des Pages Blanches. Et décide d’envoyer une lettre à ces quatre Sophie Calle de France, pour les informer de l’existence du blog. Rien de plus. Jamais je n’obtiendrais de réponses.

Deuxième étape. Je parcoure le cimetière Montparnasse de mon appareil de photo, sachant que sa mère y est enterrée et que souvent Sophie Calle vient s’y promener. Je pense à poème, dans lequel je m’adresse à Sophie Calle pour lui expliquer ma démarche. Ma démarche se précise. Il ne s’agit pas tant de la trouver, physiquement. Sophie Calle est un prétexte, mon alibi. Derrière l’extravagance de mon enquête se trouve un exercice de style et un entraînement à être moi-même.

Troisième étape, je me rends à l’exposition de Sophie Calle en Avignon, exposition intitulée « Rachel, Monique » où, pour la première fois, elle convie la figure de sa mère dans une proposition artistique, mêlant installation et performance. Je sais qu’elle sera présente, lisant les journaux intimes de sa défunte mère. Je m’y rends avec une lettre, lettre que je lui remettrais. Cette journée auprès d’elle m’a aidé à me positionner. Sur le chemin du retour j’écris ces mots :

« Une nouvelle ère a commencé depuis le mois de Janvier, l’ère de la joie conquise et de la peur de rien. J’ai définitivement compris l’attitude à habiter. Et je crois que Sophie Calle représente tout à fait cet état. Un état d’enfance, c’est indéniable, avec ce qu’il y a d’érotique en la femme, ainsi que l’obsession masculine à vouloir aller au bout de ce qu’on entreprend. Une sorte d’état hybride, métissage de tous les âges et de tous les genres, pour ainsi baigner dans l’universel et réussir à toucher l’autre avec ce que nous vivons tous, inévitablement, au cours de notre vie. Sans pour autant être dans la vulgarité et le vulgarisé. J’ai eu, durant ce temps passé en ce lieu, en sa compagnie, le sentiment puissant que j’étais faite de la même matière. Les seules choses qui nous différencient sont l’expérience et la visibilité. Je suis une artiste autant que Sophie Calle l’est. C’est en cela qu’elle m’a rendu plus forte. Elle m’a offert la possibilité de ne plus remettre cela en question, et d’avancer, enfin, sûre du chemin que j’ai pris il y a déjà pas mal d’années, et sur lequel je me suis arrêtée trop longtemps, par peur de faire fausse route. Mais l’état m’a rattrapé et mon contexte me permet désormais de l’exprimer. Elle vient de là la joie, elle vient de là. Je la tiens, fermement. Et le pas de plus en devient plus dansant. En attendant Sophie Calle sans attendre Stéphanie Quérité. »

Je ne ressentais plus le besoin de chercher Sophie Calle à l’extérieur, je l’avais trouvé à l’intérieur. Et un mois plus tard, je me lançais dans mon travail de photographies des bibliothèques.

Sa chambre à elle

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C’était épistolaire, comme à mon habitude, une lettre posée sur son lit,. C’était aussi comme « aller au bout d’une démarche », et la balle est définitivement dans son camp. C’était poisseux, plein de monde, chaleur étouffante, sa main sur mon épaule pour que je la laisse passer. Et puis c’était drôle, parce qu’elle est vraiment drôle.

 

Avignon 2013, on prend les mêmes et on recommence. Je me suis rendue à l’exposition de Sophie Calle, « Chambre 20 », à l’hôtel Mirande, aux pieds du palais des papes. Une chambre investie, des histoires disséminées, des objets parsemés, et sa présence, ondulante.

Je lui ai écrit une lettre, j’ai posé cette lettre sur son lit, elle s’est allongée sur son lit, elle a lu la lettre et je suis partie.

 

La seule satisfaction que je retiens de cette expédition est la conviction d’être allée au bout d’une démarche. Je ne suis pas dans l’audace absolue. J’aurai pu, m’allonger ou m’asseoir auprès d’elle et lui dire, simplement, tranquillement, ce qu’il en est. Mais j’ai été dans l’incapacité de bousculer cette limite. Telle est ma nature. Ici je me respecte. Je suis dans l’invitation silencieuse. A son tour de me surprendre, ou s’arrêtera là l’aventure.

« Rachel, Monique », Sophie, Stéphanie et toutes les autres.

Le vent soufflait, soufflait froid, en ce jour d’été qui était mon jour de liberté. J’ai pris le train, tôt le matin, descendant le long du Rhône tandis que le soleil s’élevait et que le mistral se levait. J’allais retrouver mon frère, sur le quai d’Avignon, histoire de ne pas tourner en rond. J’avais une journée pour prendre l’air loin de mon foyer, une journée pour renouveler mes énergies, une journée pour faire un pas vers Sophie Calle.

 

« Rachel, Monique », l’exposition de Sophie Calle dans l’église des Célestins qui a pour thème l’absence, sa mère, la mort de sa mère.

 

L’église était belle, du sable au sol, des tas de pierre, des pavés amoncelés, des fenêtres sans vitres, des portes sans poignet, du bois, des recoins, la lumière à travers les vitraux, un silence premier, peu de visiteurs, une certaine intimité et des oeuvres disséminées. Des objets intimes, quelques photos, des mises en scènes, des films, des métaphores, de l’humour, des déclinaisons, de la mystique. Puis une voix qui s’élève en un soupir et de l’incompréhensible. Je me dit : « elle est là ». Mais je ne la vois pas. LE SON EST AILLEURS. Puis, en me retournant, je la vois, un carnet à la main, lisant en un murmure l’intime de sa mère, marchant avec nonchalance au milieu des visages attentifs, des corps figés et de quelques curieux irrespectueux (il en faut toujours un ou deux pour glacer de honte le reste de la foule). Je l’ai écouté parler, je l’ai regardé de loin, et des larmes ont coulé.

 

Pertinence du lieu, du fond et de la forme, j’ai compris ce qu’elle nous faisait passer de la bouche à l’oreille, de la main à l’oeil, du coeur au coeur, battant, frémissant. J’ai saisi le sens de sa démarche de tous mes sens en connivence avec son art, sa pratique, son message.

 

Je suis allée vers cette jeune femme qui avait tout l’air de « s’occuper » d’elle. La femme en orange. Je lui ai remis mon enveloppe, à l’intérieur, mon article Montparnasse. Elle m’a promis qu’elle lui remettrait. Je l’ai cru de tout coeur.

 

Une nouvelle ère a commencé depuis le mois de Janvier, l’ère de la joie conquise et de la peur de rien. J’ai définitivement compris l’attitude à habiter. Et je crois que Sophie Calle représente tout à fait cet état. Un état d’enfance, c’est indéniable, avec ce qu’il y a d’érotique en la femme, ainsi que l’obsession masculine à vouloir aller au bout de ce qu’on entreprend. Une sorte d’état hybride, métissage de tous les âges et de tous les genres, pour ainsi baigner dans l’universel et réussir à toucher l’autre avec ce que nous vivons tous, inévitablement, au cours de notre vie. Sans pour autant être dans la vulgarité et le vulgarisé. J’ai eu, durant ce temps passé en ce lieu, en sa compagnie, le sentiment puissant que j’étais faite de la même matière. Les seules choses qui nous différencient sont l’expérience et la visibilité. Je suis une artiste autant que Sophie Calle l’est. C’est en cela qu’elle m’a rendu plus forte. Elle m’a offert la possibilité de ne plus remettre cela en question, et d’avancer, enfin, sûre du chemin que j’ai pris il y a déjà pas mal d’années, et sur lequel je me suis arrêtée trop longtemps, par peur de faire fausse route. Mais l’état m’a rattrapé et mon contexte me permet désormais de l’exprimer. Elle vient de là la joie, elle vient de là. Je la tiens, fermement. Et le pas de plus en devient plus dansant. En attendant Sophie Calle sans attendre Stéphanie Quérité.

Jf cherche étagères pleines de livres à photographier

Vacances, je suis en vacances. Adieu le cycle, le rythme et la semaine. Je reviendrai en Septembre lorsque je me serai lassée de la douceur. Je tâcherai de ne surtout rien écrire ici, je tâcherai de tout écrire ailleurs. Et d’avancer dans mes nombreux projets. Je ne suis en vacances que le temps de le dire. Demi-tour, je retourne à mon champ de bataille.

 

Il y a un projet que j’aimerai lancer dans l’air estival, projet dont l’étendue et le support et les symboles et la démarche prennent des airs Calliens. Sophie Calle, oui, je reviens. Je pars de nouveau à ta recherche à travers un travail qui me permettra de m’éprendre à ton souffle, à ton inspiration, à ton souffle.

 

Voici le temps de l’invitation.

Ceux qui me connaissent en ont déjà reçu beaucoup ces derniers temps. Et en recevront une nouvelle dans quelques minutes.

Ici, mon invitation s’adresse aussi aux, en moyenne, 324 inconnus qui viennent chaque semaine lire mes articles.

Bonjour.

 

J’aimerai prendre en photos vos livres. J’aimerai photographier des étagères pleines de livres. J’aimerai prendre en photos vos bibliothèques. J’aimerai venir chez vous, m’installer sur votre canapé, discuter le temps d’un thé sur la littérature telle que vous l’appréciez, vous poser quelques questions plus précises sur vos auteurs et vos livres préférés, prendre en photos votre bibliothèques et m’en aller vers un autre lecteur.

 

Qui?

Qui accepte de m’ouvrir sa porte?

En sachant que l’anonymat sera préservé.

En sachant que je viendrai quand vous voudrez.

En sachant que je ne poufferai pas en voyant un livre de Musso en haut à droite.

Un petit « moi » écrit en commentaire suffira.

 

Que votre été soit doux!