Catégorie : Et si c’était Jésus?

En compagnie du A… en comptant sur vous

Je me suis lancée. Il le fallait. Aller jusqu’au bout. Prendre ce chemin. Expliquer malgré tout. Creuser mon trou. Etre seule sans peur ni doute. Tenir bon la barre. Découvrir l’alternative. M’en réjouir. Retenir ma parole et ma joie. Travailler. Bidouiller. Faire comme je peux avec ce que j’ai. Me suffire. Me dire que je l’ai fait donc je le mérite. Ecrire « écrivain ». Ecrire « projet ». Ecrire « j’y crois ». Je le veux. Tellement. Caprice ou conquête, peu importe la raison. Je me suis lancée. Il le fallait.

 

Je mets entre vos mains la suite de cette expérience. Vous seuls me permettrez de finaliser ce projet. Je ne peux qu’essayer de vous convaincre. Mais veuillez, s’il vous plaît, vous rendre ici avant que je n’ajoute quoi que ce soit :

 

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Ne prenez pas peur. Le principe de cette plate-forme est simple et sécurisé. L’argent que vous miserez sur mon projet vous sera débité seulement si suffisamment  de contributeurs viennent faire de même et que la somme de 1200 euros soit rassemblée. Plus simplement, en donnant, par exemple, 20 euros, vous ne faites que pré-commander un exemplaire de « La Gamine et le A ». Et si, à l’issue des 60 jours de « quête », je n’atteins pas 1200 euros, il ne se passera rien, ni pour vous, ni pour moi. Si vous souhaitez participer financièrement à ce projet, je me chargerai personnellement de vous envoyer une contrepartie, en fonction de la somme donnée. Vous trouverez les détails de ces contreparties dans la colonne de droite de la page du projet. Il me semble que le reste est clairement et précisément exposé sur ma page. N’hésitez pas à me contacter en cas de questions ou d’appréhensions. Et surtout, n’hésitez pas à faire circuler cette annonce. Plus vous serez nombreux, plus mon livre aura de chance de voir le jour!

 

Merci à vous.

 

 

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Et si c’était Jésus – Part III

Tu es allé à St Jacques?!

Oui. J’ai fait tout le chemin à pied…

Tu sais que c’est mon rêve d’aller là bas.

C’est vrai? C’est vrai? Franchement?

Oui, oui ! Ça fait deux ans que je me dis allez, tu pars, tu fais ton périple à pied, tu vas jusqu’à là bas. Mais j’ai peur d’y aller toute seule, alors je cherche quelque un pour le faire.

Ben moi franchement, le chemin de St Jacques de Compostelle c’est un truc…et puis les gens ils sont trop…ils m’ont fait trop flashé. J’avais jamais vu des personnes comme moi. Moi je suis parti comme ça, sans rien, et j’avais pas peur tu vois. Ça remonte à la première fois ou j’ai voyagé quand je suis parti de chez mon père après chez monsieur R. et tout ça, sans rien. J’avais tout. Mais maintenant j’ai des problèmes physiques. C’est seulement ça qui m’a un peu freiné. Et quand j’ai décidé de faire le chemin de St Jacques de Compostelle, c’était au moment ou je vivais dans les bois, j’avais peur parce que l’arthrite ça me rattrape tu vois. Je fais des pneumothorax à répétition. J’en ai déjà fait 22. Et je me disais que j’étais capable et puis j’avais envie de le faire. Je l’ai fait sans rien, sans un franc ni rien. Je suis partie avec un pantalon, une paire de chaussures, deux pulls, deux tee-shits, et j’ai tracé comme ça. Et je suis parti de Lille, j’ai été à Amiens, j’ai dit bonjour à mon copain apiculteur, j’ai été à Angers. Et puis je me suis retrouvé sur la voie de Tours et je ne savais même pas qu’il fallait une créancière pour le faire. Je sais plus si c’est 1400 ou 2000 kilomètres, je sais plus quelle distance j’ai fait à pied. J’ai fait tout à pied, sans faire du stop ni rien. Au début il y a des gens qui me disaient « mais tu es fou, tu crois que tu vas vivre comme ça dans la vie », et je disais « mais Monsieur je vais vous dire une chose, si on se met des barrières dans la vie on avance plus, et dans la vie il faut avancer pour construire des barrières. C’est en avançant qu’on voit ce qu’il se passe. Si on se met des murs, il n’y a plus rien. Ce n’est qu’en marchant qu’on verra, si on ne marche pas il ne se passe rien ». C’est bizarre parce qu’il y a des gens qui me disait merci sur la route, je parlais avec eux en marchant, des fois ils avaient un problème, et je leur parlais et je trouvais souvent des solutions à leurs problèmes. Ils me remerciaient mais je leur répondais qu’ils n’avaient pas à me dire merci. Et plein de trucs comme ça. J’ai vécu des moments tellement forts avec Batista que j’ai rencontré, ou la dame aveugle. J’ai fait un pneumothorax sur le chemin. J’ai eu le poumon décollé mais j’ai quand même continué. J’ai vu un médecin, il m’a regardé et il m’a dit « écoutez monsieur vous avez de l’artryde dans toutes les articulations du corps et vous portez un sac, je vous conseille d’arrêter, vous faites 5km par jour, c’est beaucoup trop. Mais vous savez tout ça » – « Bien sûr, et c’est pour ça que je le fais ». Mais tu sais j’ai rencontré des gens supers chez qui j’ai couché. J’ai dormi chez une femme aveugle, qui m’a aussi nourri alors que j’étais couché. Après ça j’ai été chez des gens chrétiens qui m’ont hébergé 5 jours, et qui m’ont amené jusque là. Et de là, il y a une personne qui m’a prise en voiture et m’a emmené à L.. euh non…ah si je suis allé dans un monastère pendant 5 jours. C’était trop puissant tout ce qui m’est arrivé. Et j’ai quand même continué, continué quoi. Et la fin j’avais une créancière comme ça avec pleins de cachets, et les gens après ils me prenaient la tête parce qu’ils voulaient me passer leur famille au téléphone, et me prendre en photo. Ils voulaient me donner de l’argent, ils voulaient me donner à manger. Mais moi je voulais continuer sans rien quoi. J’avais pas peur, je sais pas, j’avais plus peur quoi.

Il faudrait que je prenne plus de temps de te raconter tout ça…là c’est tout saccadé…j’ai vraiment rencontré des gens merveilleux.

Ma créancière je l’ai donné à mon amie E. qui est prêtre. Je lui ai fait un cadeau parce que c’est un ami qui m’a beaucoup aidé. Quand j’avais un pneumothorax, je ne savais pas ou dormir…et je sais pas…c’est trop fort. Et je n’ai pas fini le chemin à St Jacques, parce que quand je suis arrivé en Espagne, il y avait de la neige. J’ai même sauvé une personne dans la montagne qui faisait une hypoglycémie…et on m’avait dit, avant de faire le chemin de St Jacques de Compostelle, qu’il y avait eu des morts à cause de la neige l’an dernier. Et moi j’en avais rien à faire, je me disais, si je dois mourir dans la montagne je vais mourir dans la montagne. Alors moi si je suis venu jusqu’ici pour mourir dans la montagne et ben je vais le faire et je verrai bien. Je veux être là haut dans le silence absolu. Et je m’en fous quoi. Et il me disait « Tu montes? » et moi « Non non, c’est juste pour prendre des photos, il y a des chouettes villages », et lui « ah ben ça va alors, il ne faut pas monter hein! ». Et tous les autres gens que je rencontrais après…euh si je parle trop vite…ils faisaient le reste en chemin, enfin, sur la grande route quoi. Ça allait plus vite. Et moi « ouais ouais »Et je suis parti. J’avais même mal à mes articulations. Et j’avais un tout petit peu de nourriture qu’on m’avait donné quoi. Déjà pour dormir là ça avait été dur, parce qu’il fallait donner des sous. Mais moi je m’étais toujours débrouillé pour dormir gratuitement. Et j’ai vu plein de gens qui abandonnaient parce qu’ils en avaient marre, et ils étaient trop nombreux. Et ce jour là j’étais motivé et je me suis dit « je monte », et puis j’avais super peur je me disais « tu ne vas pas faire un pneumothorax », je sentais que j’avais du mal à respirer et il fallait monter en altitude. J’arrive à 1300m et c’était tout vert. Pas une neige quoi. Je me disais « ça va c’est génial il n’y a pas de neige. A 1400m, pas de neige. Je me disais « ah c’est chouette il n’y a plus de neige ». Et arrivé à 1500m, pchhhhhhh, plein de neige. Il y avait de la neige jusque là, je ne voyais plus rien. Waouh, moi j’étais tout excité, avec la peur et l’excitation qui se mélange. Mais je marchais et tout ça, et à un moment, il n’y avait plus de chemin. Je marche dans la neige, je ne savais pas ou je vais. Et le jour avant j’avais rencontré une personne qui s’appelait B. Et elle était comme ça, comme ça toute tremblée, assise sur une pierre. Et je lui dit « mais qu’Est-ce que tu fais là? Pourquoi tu marches pas? ». « Ahwoiiozj » elle commençait à me parler en espagnol. Et moi  « mais je comprend rien à ce que tu me dis! ». Et je lui dit « mais qu’Est-ce que tu as? Tu as faim? Mais elle ne comprenait pas ce que je disais. « Moi je ne peux pas t’aider, je ne sais pas ce que tu as, je ne vois pas ce que je peux faire. » Et puis d’habitude je ne prends jamais du sucre sur moi. Et là j’avais du sucre parce que j’avais des aphtes. C’était de la propolis des abeilles, parce qu’il y a des antiseptiques et tout ça dedans. Et en une semaine c’est soigné avec ça. Et alors je lui ai dit « tiens » parce que peut être qu’il avait faim et tout ça. Et elle était trop contente, elle avait presque les larmes aux yeux. Et je lui donne mon saucisson, et elle mange le trois quart de mon saucisson, mon fromage, et j’avais plus rien et…puis moi je savais très bien que je ne devais pas m’arrêter parce que je refroidissais, et ce n’était pas bon pour mes articulations quoi. Alors je lui ai dit « il faut qu’on marche, il faut se dépêcher, allez viens. » Alors au début ça allait bien, elle avait mangé, elle allait bien. Et quand on s’arrêtait, elle voulait prendre des photos. Et on a marché ensemble dans la montagne, pendant des heures et des heures. Je crois que j’étais parti à dix heure du matin et on est arrivé à deux heure de l’après midi de l’autre coté de la montagne. Et un moment on commençait à flipper, on se disait que c’est tellement beau, on avait vu mais on avait pas de montre alors on ne savait pas si il allait faire noir alors on avait peur. Et puis à un moment euh…on est arrivé euh…au dessus de la montagne…et puis ça redescendait et on voyait un petit flanc qui recommençait et on était tout content on se disait ça y est on va descendre de la montagne, on n’est pas mort de froid ni rien. Et puis « oh viens viens viens », et moi « non non non attend un peu deux minutes, viens à coté de moi ». Et elle elle rigolait, elle disait « si si si ». « Tu vois, tu vas quand même prendre des petites photos ». Tu vois, c’était comme une petite tradition. « Et tu vois là? ». Et elle « non non non pas descendre là ». Tu vois ça descendait un peu rapide comme ça. Et ça descendait, ça faisait un drôle de petit chemin comme ça c’était plein de neige. Et je lui disais « et maintenant tu vas le faire avec moi, allez hop! ». Et je l’ai poussé, et on a dégringolé, à travers les arbres, la forêt, comme des rigolos on se prenait des arbres. Et on a marché, on était plein de neige. On a sauté des ruisseaux et tout le bazard. On est arrivé comme des ours de la falaise, super émerveillés et plein d’images dans la tête. Et tous les autres avaient pris le grand chemin, ils avaient fait le grand tour. « Et c’était bien? » – « Ouais! ». Ils étaient tous dégoûtés quoi! Et nous on était tout content. On était tout mouillé et tout dégueulasse, mais on était heureux. Et c’est trop merveilleux, je te jure il faut le faire, ça vaut trop le coût. Et…moi je me suis arrêté à B. à cause des problèmes de santé. Parce que je m’étais donné trop fort. J’aurais du faire un petit peu, modérément. Mais je me suis fais plein d’amis hein! Et…j’aurai pu continuer quoi! Et…j’ai arrêté parce que j’étais super fatigué physiquement, j’avais mal aux articulations. Si je m’étais reposé deux trois jours j’aurai pu finir. Il me manque 460km et j’ai fini le chemin de St Jacques. Et j’ai toujours dit que je le finirai parce que c’est trop beau quoi! Et ma créancière je l’ai donné à mon ami mais je m’en fous parce que j’ai toujours dit que je ne veux pas recommencer à partir de là, je veux recommencer tout le chemin, parce que…c’était trop merveilleux quoi. C’est trop beau, et les gens sont trop géniaux. Euh…je me suis fais des amis en Espagne et tout. J’ai dormi dans une auberge, parce que je cherche un endroit pour dormir, c’était à L. Et là il y avait une auberge belge. Et là « vous parler neederlands? » et moi, « non, moi parler français. Moi pas d’argent pour dormir. Moi caminando to Santiago. ». Et eux « non non pas possible ». Et là tous les gens que j’avais rencontré sur le chemin ils me demandaient « pourquoi ils ne veulent pas que tu dormes? On va donner des sous pour vous ». Et moi je leur disais « non non, si eux ils ne veulent pas m’aider, c’est pas grave, je dormirai dehors. » Alors tout le monde il s’engueulait. Et moi je disais « c’est pas grave les amis, je vais me débrouiller, je vais continuer ». Et tout le monde était déçu. Je suis sorti de là et je suis tombé sur un monsieur qui s’appelle M. et je lui ai dit « Bonjour Senior! Moi Jean Baptiste. Moi caminando to Santiago. Moi créancière! » Il me regardait comme ça…mais il ne disait rien. Alors j’ai fait demi tour et il m’a dit « tu veux manger? – « Euh je veux bien… »Mais il ne parle pas bien le Français. « Viens viens viens…tu veux dormir? Pas de problème ». Et moi j’ai dit « waouh ». Et puis sa femme, elle parlait mieux le Français. Je suis resté quatre jours là bas, et j’avais un problème, j’étais tout malade, j’avais un champignon à l’aine. Elle m’a donné des granules homéopathiques et tout. Et ils voulaient plus que je parte! Ils étaient tout gentil quoi. Je mangeais là. Le matin je donnais un petit coup de balais et je mangeais avec eux. Après quand je suis parti, ils m’ont fait pleurer parce que je leur ai dit que je devais partir, je voulais voir mes amis qui étaient en Belgique, et ils m’ont dit « eh n’oublie pas, nous aussi on est tes amis. Ici t’es chez toi, tu reviens quand tu veux ». Alors j’espère les revoir. Ils m’avaient donné plein de nourriture. Tu sais il y a plein de gens comme ça sur le chemin qui m’ont donné de l’argent…ah c’est trop fort…Il faut que je fasse pipi là…j’en ai besoin…

(…)

Quand j’ai commencé le chemin de St Jacques j’ai super galéré parce que je pensais que c’était un mythe ou quoi. Je connaissais beaucoup de marcheur mais je ne l’avais jamais fait.

Ce qui était impressionnant, c’est que je ne savais pas comment faire, et je me suis retrouvé dans la rue d‘abord. Alors j’ai fait le 115. Et les deux trois coup que j’ai eu c’était avec les sans papiers et les immigrés que j’ai rencontré. Avec les premiers que j’ai rencontré quand j’étais pas bien et qui venaient d’Afrique et tout…et il y en a un que j’ai rencontré qui s’appelait M. et lui son histoire…

(Problème raccord)

Ce n’est pas possible…c’est incroyable ce que tu me racontes là…

Oh je sais pas. Il y a plein de gens qui vivent ça, mais moi je ne réalise pas très bien. Parfois ça me fait bizarre d’avoir vécu pleins de choses comme ça…je suis aussi resté dans un monastère. C’était un truc de fou aussi. Pendant 6 mois. J’ai été accepté là. J’ai aussi rencontré un garçon…il y a pas très longtemps…euh, parce que ça c’était avant de venir ici que j’étais chez les moines. Parce que j’avais envie d’être un peu posé et tout ça quelque part, pour réfléchir. Et le garçon, c’était à Fontainebleau, je l’ai connu, je l’ai vu, je l’ai regardé passé dans la rue, et je lui ai dit « alors tu es aux Tibériades? ». Il me regarde et il me dit « mais comment tu sais ça? ». Et je lui ais dit « et ben tu vois la petite chaîne que tu portes au cou, je la connais. » –  « Comment ça? Tu as travaillé là bas? Comment tu t’appelles? » – « Jean-Baptiste » – « Ah c’est toi Jean-Baptiste! J’ai pris ton travail là-bas, je m’occupe des abeilles. On a beaucoup parlé de toi, tu es parti sans rien dire! Je connais Sœur Catherine… » Ah ça m’a fait chaud au cœur tout ça. Il était un peu perdu ce garçon. Il n’était pas bien. Il me demandait pourquoi j’étais parti et je lui ais répondu que j’étais parti comme ça. Lui il avait la foi. Et moi je n’ai pas cette foi là, moi j’ai la foi en la nature. Je sais pas, j’ai eu la sensation qu’il était en recherche. Je lui ais dit « tu sais quoi je pense que tu devrais retourner là bas, fais le, ça t’apportera beaucoup. Je sens que tu es un peu perdu, tu tournes en rond, je pense que tu dois retourner là bas ». Alors il m’a parlé des copains, Nicolas, et tout. Je lui ai demandé de remercier sœur Catherine, parce que c’est elle qui m’a appris à lire. Et euh…c’est aussi pour ça que je suis parti de la fraternité. Parce que en fait, c’est une sœur qui m’a appris à lire, une fille extraordinaire. Et elle, avant d’être sœur, elle avait été championne de volley, elle avait été reconnu dans presque les dix meilleures mondiales, et elle faisait partie de l’équipe de Belgique. Elles avaient gagné aux Jeux Olympiques la médaille d’argent. C’est une fille super gentille. Elle a fait des études d’institutrice. Quand elle avait 16 ans, elle était d’une famille super chrétienne, elle avait voulu être sœur, et alors euh…pour moi elle a été d’une grande aide parce qu’elle m’a aidé à grandir et j’ai été heureux. Mais moi, elle avait pleins de problèmes et tout ça, et j’ai pu l’aider aussi à avancer. Et ça, ça m’a fait du bien. Elle était incroyable. J’avais jamais rencontré une fille comme ça dans ma vie. Avec une force dans la tête, c’était vraiment merveilleux. Et euh…elle était là et…en fait, donc elle voulait être sœur, et on lui disait, « continue tes études et tu verras bien. Et quand tu grandiras, tu voudras toujours devenir alors tu deviendras. » Donc elle a fait ses études, elle a arrêté le volley, et elle a dit à ses amies « et ben voilà je vais vous laisser, je veux devenir soeur ». Alors personne ne comprenait, ils étaient déçus. Mais elle a eu du mal. Depuis 5 cinq elle a arrêté et elle faisait des cauchemars…elle était perdue quoi. Mais elle aime sa vie hein! Et…en fait elle m’a appris à lire et tout, et…on se comprenait trop bien tous les deux et tout ça! Et même si elle était sœur et tout ça euh…et moi je…au début j’avais un peu peur, de ne pas savoir faire et tout ça Tout par rapport à mon passé, à l’école spéciale. Et je me suis presque dit encore que j’étais un handicapé, un handicapé, et que je n’arriverai pas à apprendre. Et ce qui l’impressionnait elle…et ça m’a fait du bien parce que c’était la première fois de ma vie qu’une personne me disait des choses comme ça…elle me disait qu’elle savait que j’étais intelligent et que j’allais deux fois plus vite qu’un enfant pour apprendre. Parce qu’au total, sur 4 mois qu’on a passé ensemble, j’avais appris à lire en un mois et demi. Elle me disait « tu vas trop vite, c’est extraordinaire ». Elle avait pas l’impression d’être l’institutrice. Et moi je lui racontais comment c’était dans l’école spéciale, comme j’étais mauvais et ce qu’ils disaient, ce qu’il se passait avec les élèves et tout. Et elle n’arrivait pas à y croire…Et en fait à la fin, on est tombé amoureux l’un de l’autre. Moi je respectais sa vocation et tout ça, et j’étais perdu parce que j’avais du respect pour les frères et tout. Mais j’étais super paumé, je ne savais plus quoi faire, j’étais fou amoureux. Et elle aussi. Et après, je suis parti de la fraternité. Et je lui ais dit…enfin vers la fin, elle me demandait même « qu’Est-ce que je dois faire? », mais moi je ne pouvais pas décider à sa place! Parce que ça se fait pas…Alors moi je suis parti dans les bois. Je lui ais dit euh de voir et tout ça euh…avec le temps elle ne m’a pas suivi, elle est restée avec les sœurs. Ça s’est fini comme ça. C’est pas grave franchement, parce que pour moi si elle est heureuse, c’est bien comme ça. Imagine, je sais pas, qu’elle serait avec moi, et qu’elle aurait tout quitté, une deuxième fois dans sa vie, comme avec le volley ball, et qu’après elle se rende compte que ce n’était pas ce qu’elle voulait…tu imagines le traumatisme. Alors tant qu’elle est heureuse…Et je suis content parce que le garçon quand il m’en a parlé, il m’a dit qu’elle allait super bien et que ça se voyait qu’elle était heureuse. Oh cette sœur Catherine….Il y avait le frère Lionel aussi…ils m’ont tous manqué. Franchement il n’y a pas d’autre fraternité comme ça! Au milieu des bois, sans nouvelles, ils font tout eux même, il y a des gens qui leur donne ce qu’ils ne peuvent pas faire eux même, il y a des animaux, des moutons…je me suis occupé des petits agneaux là-bas! Je leur donnais à manger et tout…je me levais à 3h du matin, à 5h du matin…Oh ouais c’est…j’ai rigolé là bas…avec Jean François, on rigolait quand on faisait les cons…Alors j’allais prier, je faisais les offices et tout ça sans savoir vraiment si ca m’attirait. J’avais envie de le faire parce que ça me faisait plaisir. Et parfois j’étais même plus motivé que les moines! Alors il y a eu un ou deux concours comme ça…je me retrouvais à 5h du mat en silence comme ça dans la chapelle et il y avait des moines qui ne pouvaient pas venir parce qu’ils étaient trop fatigués et il y en a pleins qui se sont re motivés et à la fin on y était tous…il y avait frère Marc qui faisait tout à pied et je réussissais à le faire venir quand même, même s’il était crevé. Mais à la fin, avec Sœur Catherine, je l’avais trop dans la tete alors j’arrivai plus à y aller…

Tu penses beaucoup à elle?

Ben…maintenant ça va. Maintenant, c’est fini. C’est passé. Et euh…les quatre mois que je suis resté dans les bois après etre parti de la communauté ça m’a aidé…Et en fait, ce que je lui ai écrit, c’est frère Marc qui m’a aidé à écrire la lettre, et puis, comme j’était vraiment amoureux d’elle…franchement j’étais jamais tombé amoureux de quelque un alors je peux pas euh…je pouvais pas l’arracher de là, elle serait pas heureuse. C’est pas trop dur parce que j’ai toujours été tout seul et euh…je serai content de rencontrer quelque un avec qui je pourrais vivre et tout ça…c’était vraiment une fille merveilleuse…mais en même temps, comme je te disais, si vraiment elle n’était pas bien je m’en serai voulu toute ma vie. Je me le serai jamais pardonné. Alors c’est mieux comme ça je pense. Elle est heureuse. C’est ça qui est bien.

Tu as été souvent amoureux?

Euh…j’essaye de trouver…euh…quatre fois.

Et comment tu sais que c’est vraiment ça?

Je ne sais pas. Je l’ai ressenti comme ça. C’était vraiment des personnes extraordinaires. Je ne sais pas…mais c’est vrai, c’était peut etre pas ça…Mais ça je crois que je le sais parce qu’avec sœur Catherine, j’étais vraiment pris aux tripes. En plus c’était horrible parce que tout ce qu’on ne devait pas faire pour se croiser on devait faire comme si….c’est dur tu vois de ne pas montrer aux autres que tu es amoureux de quelque un. On essayait de ne pas se montrer ensemble. A la fin on faisait le mur et le soir on parlait, on parlait jusqu’à 4h du matin, on se mettait dans le bois et on parlait. Il ne s’est jamais rien passé, parce qu’elle elle était sœur. Et vers la fin elle me disait « mais comment je fais pour enlever ça. Si on était dans une autre vie on serait ensemble. » Et moi je ne savais pas quoi répondre. Et puis voilà…excuse moi, ça fait parti de ma vie mais je m’éloigne un peu du passé. Tu veux que je te parle du passé?

On peut prendre dans le désordre…peu importe.

Sinon on peut continuer demain…si tu as envie hein?

Oui oui…

Et si c’était Jésus – Part II

Et tes parents savaient lire et écrire ?

Oui

Ta mère ne travaillait pas ?

Non.

D’accord, il y avait juste ton père qui travaillait.

Oui. Et là, euh. A ce moment, elle venait même à la maison. Mais je ne me souviens plus quand. Je me souviens qu’elle nous enfonçait moi et Rachid, parce qu’à la place de nous apprendre, on n’aurait pas eu de retard ni rien, elle a commencé un jour à dire à mes parents, je me souviens de tous les détails, « Jean-Baptiste a du retard scolaire, ça serait peut être bien qu’il recommence sa première primaire ». Mon père, je sais pas pourquoi, a commencé à dire qu’il fallait peut être me mettre dans une école spéciale…Et ils m’ont mis dans une école spécialisée quoi.

C’était quel genre d’école ?

En fait le pire c’est, c’est la folie, j’ai une hyper bonne mémoire, et je me souviens de tout tout tout. Je me souviens même de ce que les profs disaient à l’école spéciale. Je me rappelle de la diversité d’élève qu’il y avait. En fait, une école spécialisée, je me rappelle du nom de l’école, l’enseignement spécialisé avisé et c’était le lieutenant Jacquemain. Il y avait des personnes qui avaient des difficultés scolaires. A l’école primaire, il n’y avait pas d’enfants handicapés. Il y avait juste des enfants perturbés, caractériels, complètement agressifs, et des enfants avec du retard scolaire. Il n’y avait pas d’années. Et le pire, c’est que j’apprenais vraiment, parce que les profs étaient attentifs. Je réussissais à apprendre des choses quoi. Je me rappelle même du noms des profs, c’est la folie quoi. Donc il y avait cette école là. Mais il y avait la vie à la maison aussi. Mon père commençait déjà à être un peu nerveux et tout. Il touchait une pension, parce qu’on était trois et il avait la garde des enfants. Et là ça commençait à être énorme pour moi, parce qu’on allait voir ma maman à l’hôpital. Parfois il nous laissait deux heures avec elle. Elle a fait tous les hôpitaux psychiatriques de Belgique. Le premier qu’elle a fait, c’était Notre Dame des anges, c’était tout près de Liège. Il y avait une sœur qui s’appelait Sœur Geneviève. C’était un truc horrible quoi. Alors on allait voir ma maman, mais mon père n’avait pas envie de rester là alors il nous laissait avec la Sœur. Et la Sœur était gentille, mais c’était vraiment trop horrible quoi. Parce que, quand on allait voir notre maman, il y avait une vitre tu vois, et si elle n’avait pas été gentille, elle était consignée, elle n’avait pas le droit de sortir tu vois. Alors on voyait notre mère qui pleurait et qui disais « je veux voir mes enfants ». Elle pleurait derrière la vitre, et il y avait des femmes complètements hystériques, qui lançaient les chaises sur la vitre et tout. Nous on avait peur avec mes sœurs, on était là, on ne comprenait pas. On avait envie de voir notre maman tu vois. On était perturbé. Alors elle était là comme ça, elle nous voyait, elle nous disait « je vous aime, vous êtes mes enfants », enfin, que des trucs comme ça. Nous on était largué, on comprenait rien du tout quoi. Et mon père il partait, il ne restait même pas avec nous ni rien, il allait se promener. Ça arrivait même que des fois on allait voir ma mère, et la Sœur nous disait « vous pouvez pas voir votre mère aujourd’hui, elle n’a pas été gentille alors elle est au cabanon ». Bon, là je fais une petite pause parce que, je sais pas mais j’ai l’impression de peser deux tonnes. Je ne me sens pas super bien. Juste une petite pause…excuse moi hein…Ça fait remonter pleins de trucs…Tu me dis si c’est trop saccadé…Je crois que c’est un peu normal. Le pire c’est que, ça a été comme ça jusqu’à l’age de 23 ans. Parce que…si tu veux, je te raconterais tout ça je veux bien…tu me dis si ça te prend la tête, si tu as envie d’arrêter…J’ai fait l’école spéciale jusqu’à l’age de 18 ans. J’arrive à résumer les années qui sont passées. Ça m’a tellement marqué que je me rappelle de tout. Le pire, c’est que je n’ai rien oublié. C’est ça qui me fait bizarre.

Ça doit être lourd à porter…

Ben maintenant ça va en fait. Ça va, mais en même temps…je sais pas si c’est toi…c’est pour ça que j’ai toujours voulu raconter mon histoire, parce que, je sais pas mais je me suis toujours dis que si je pouvais écrire mon histoire…ça me permettrait un gros travail sur moi-même, ça permettrait de tout sortir. Et, ça me permettrait vraiment de faire la boucle. Je crois que ça me permettrait…je sais pas si je peux dire que ça me permettrait de grandir, mais je crois que, je sais pas mais, je crois, je pense que ça peux m’aider à mieux m’en sortir encore dans le futur. Le fait que quelque un de bien fasse ça et ben, ça fait du bien. En plus, de savoir que c’est pas à n’importe qui que je raconte ça…Voila quoi. Parce que je ne sais pas toi, je ne connais rien de toi donc, c’est pas grave. Je fume une cigarette, ça va me détendre. Ce qui est bien c’est que je vais pouvoir te raconter mes bons cotés et mes mauvais cotés en grandissant. Le pire c’est que j’ai pu m’analyser, je peux vraiment expliquer pourquoi j’ai fais telle ou telle chose, ce que j’ai eu de mauvais, ce que j’ai fais de mauvais. Je sais pas c’est bizarre quoi. C’est de réussir à comprendre des choses sur soi même mais pas forcement les expliquer, mais aussi pouvoir comprendre qu’on peut pas forcement les arrêter. Si seulement on avait du temps…C’est marrant parce que, c’est une histoire incroyable quand même, moi j’ai vraiment eu beaucoup de chance dans ma vie. Les gens me disent que j’ai pas eu de chance, mais moi je pense que j’ai eu de la chance parce que j’ai rencontré tellement de gens merveilleux, des gens incroyables qui m’ont aidé à grandir tu vois. Surtout que…enfin c’est chouette quoi. Je revois mes copains des cours de rock quand j’ai commencé à aller vivre dans les bois. J’avais besoin de nature. La nature ça m’a toujours aidé. Quand j’étais petit, c’est peut être ça qui me sauvait en fait, j’allais me réfugier dans les bois, je partais dans les bois toute la journée…Je vais m’arrêter parce que sinon je vais chialer…Je fais juste une petite pause et ça va aller…Excuse moi hein…

Tu m’offres un magnifique cadeau…Je ne sais pas si tu t’en rends compte…Se livrer comme ça c’est…

Mon père est toujours vivant. C’est bizarre parce que ma maman est morte de la façon dont elle a essayé de me tuer. Elle a essayé de me tuer étouffer et elle est morte étouffée. Et c’est la folie parce que en fait, je sais plus dans le temps, enfin je reviens quand j’étais petit, moi je m’étais dit que quand j’aurai 18 ans je m’occuperais de ma mère. En fait c’est bizarre, le truc qui fait que je peux, que je n’ai jamais quitté ma maman ou mon père, il y a un truc bizarre c’est, c’est la, je crois que ça s’appelle, je sais pas si c’est la pitié mais c’est la pitié je crois. C’est de les voir souffrir, en étant même méchant, mais de les voir souffrir. De les voir perdu quoi. J’ai vu des trucs, ça me faisait trop mal. Ça me faisait pleurer de voir ma mère comme ça quoi. Et je comprenais pas, je disais putain c’est pas possible. Quand j’étais plus grand c’était plus facile. Je pouvais essayer de l’aider mais…C’est marrant, j’ai 28 ans, et je n’ai jamais eu de petite amie. Quand je suis rentrée à l’adolescence, j’avais envie d’avoir une petite copine. Mais j’avais tellement de trucs…que je n’arrivais pas à communiquer ni rien. Mais en grandissant, je me rend compte que je suis complètement normal et que je ne suis pas différents des autres mais, je sais pas, j’ai du faire les choses de travers. C’est bizarre. J’ai toujours été tout seul. Mais à 28 ans maintenant ça va. C’est plus quelque chose qui me tracasse ni rien mais j’espère bien, maintenant que j’ai un bon équilibre, j’espère bien qu’un jour je ferais ma vie avec quelque un comme moi, qu’on fera des trucs ensemble comme le jardin, le potager, les ruches, et qu’on aura des points communs tu vois…Je sais pas pourquoi mais je sais qu’un jour je rencontrerais une personne un peu comme moi. Je sais pas si c’était du temps perdu quand j’étais tout seul. Je sais que quand j’étais jeune, c’est un truc qui m’a perturbé, parce que j’avais envie d’être comme les autres. Ah oui, quand j’ai eu 18 ans…

(Problème raccord)

Il ne faut pas que tu ais peur de me redemander. Franchement, je peux te dire exactement tout ce que je t’ai dis maintenant. Et alors euh…par exemple, quand on était petit, quand mon père a eu notre garde et tout ça, il nous faisait des trucs bizarres tu vois. Il regardait sa télé et tout, et puis, « ou elles sont tes pantoufles ? », alors je disais « ben je sais pas », mes sœurs ça allait quoi, je comprends pas c’était toujours contre moi, et puis il faisait « t’as trois minutes, t’as trois minutes », d’abord c’était trois minutes quoi, et un moment c’était « t’as trente secondes », et il faisait le décompte, c’était horrible. Il avait une canne à la maison et il disait « Trente, Vingt-neuf, Vingt-huit,… ». Et moi j’avais la trouille. Je cherchais après ma pantoufle, et il prenait la canne et il disait « regarde sous le divan », et puis il se mettait à gueuler « mais c’est pas vrai, espèce de con ». Il buvait quoi. Moi j’étais comme ça impossible de trouver la pantoufle qu’il me manquait, je sais pas si elle était sous le divan ou pas, je ne regardais même pas bien. Il comptait jusqu’à la seconde près quoi. Quand la seconde était passée, c’était des baffes qui me tapaient dessus comme ça quoi tu vois. Il venait dans ma chambre. Tout le temps des trucs comme ça quoi. Une fois il m’a demandé de surveiller le poêle, et je savais pas le faire aller, il y avait un tout petit peu de famille qui était entrée dans la maison, et je prenais des baffes tout le temps. Une fois il m’avait pris avec lui, il m’avait dit « viens reste avec moi, tu ne vas pas à l’école aujourd’hui ». On buvait du café, il y avait son copain Léon qui était dans le café juste là. C’était le bistrot à ???ou il allait chez René. Et c’est marrant après il a arrêté mais il a continué à boire à la maison. Je me rappellerai toujours de ce moment là, il joué à la belotte avec son copain, et je lui ais dit « papa, je peux avoir un grills? », tu vois c’est des espèces de petites chips là, il s’est retourné et il m’a mis un coup de poing dans le nez. Les gens du café, ils étaient outrés, ils disaient « mais pourquoi tu as fait ça », et moi je pleurais, je suis tombé du tabouret par terre. Je comprenais pas quoi. Et ça a été comme ça, il m’a frappé jusqu’à l’âge de 17 ans, après, il m’a plus frappé, mais il tenait le même discours et tout. Et, je me rappelle de tout pleins de trucs et d’autres moments tout ça. Par exemple, ce que je me rappelle aussi c’est, quand j’étais tout petit, j’avais dix ou onze ans, on avait des assiettes. Et parfois quand il pétait un câble, il me demandait de faire la vaisselle, je faisais la vaisselle et tout. Et au début c’était chacun son jour pour faire la vaisselle. Mais à la fin, c’était tout le temps moi qui l’a faisait. Et je posais même pas de questions, je faisais la vaisselle. Et quand il pétait un câble, il prenait une assiette et il me la pétait sur la tête. Comme ça. Rien que mes sœurs qui me détestaient, qui ne m’aimaient pas. Moi je ne comprenais pas pourquoi. Moi je n’avais jamais rien fait à mes sœurs. C’est tellement mon père qui leur mettait tout dans la tête. Mais j’avais plus envie d’aller à l’école, j’étais obligé, à l’école c’était la même chose. Avec Grégory, il y avait Vincent, ils cherchaient toujours ma misère. Mais je ne comprenais pas pourquoi tout le monde était méchant en fait. Tu vois je crois que c’est normal en fait, quand t’es petit et quand t’es faible, et bien les gens, je sais pas peut être qu’ils ne sont pas forcement forts alors, ils extériorisent ou quoi, alors tout retombe sur quelque un. Et souvent, ce que j’ai compris en grandissant, parce que parfois je les ais revu, c’est tous des petits enfants qui étaient à l’école spéciale et qui étaient pourris gâtés par leurs parents. Ils étaient super bornés tu vois, ils avaient tout ce qu’ils voulaient quoi.

Tu leur en veux?

Non. Non je ne peux pas leur en vouloir parce que, je sais pas pourquoi mais, je suis pas quelque un de…veineux, rancunier. Je ne réussis pas. C’est pas possible. Tu vois, je sais pas moi, quand je vois une personne dans la rue qui est grosse, et ben je suis pas bien, ça me fais mal tu vois. C’est à cause de ça que je n’arrive pas à être rancunier. Tellement euh, le fait de voir ma mère souffrir et tout, tellement ça m’a fait mal de la voir comme ça, et ben je n’arrive pas à être rancunier envers les gens. Et là euh…je sais pas, j’ai un petit peu de mal parce que, tu vois je vais un peu de hausse de tension. Je me sens tout…On peut faire une pause de cinq minutes?

Pas de problème.

Je vais me faire une petite roulé si ça te dérange pas…

Silence

Je crois que je ne vais pas avoir envie que tu partes.

Ben…Je sais pas…

C’est comme ça.

Silence

C’est très bizarre tu vois. De tout faire ressortir comme ça.

Si tu veux arrêter pour aujourd’hui, tu me le dis…

Mais c’est peut être toi, tu as peut être envie aussi de…Si je fume une bonne cigarette ça va me faire du bien.

C’est vraiment comme tu le sens. Il ne faut pas que tu te forces, il ne faut pas que tu te fasses du mal.

Non mais, c’est bon pour moi aussi parce que franchement…il faut que ça sorte. C’est pour la première fois de ma vie que, je sais pas, que quelque un me propose ça. Moi dans ma vie, j’ai demandé à trois personnes. C’était des gens bien parce que franchement…Thomas, il n’a pas voulu. Et euh, c’est parce que c’est quelque un de bien et qu’il réalise tout ce que c’est de faire un truc comme ça. Et euh…putain j’ai un trou, pourtant c’est une super pote. On a un ami commun en plus. C’est une fille dont j’étais amoureux. Maintenant elle est avec Thomas, et c’est une fille super. Et elle, elle m’a dit la même chose. Elle m’a dit « Écoute Jean-Baptiste, je crois pas que je pourrai, c’est trop, tu comprends… » J’étais même un peu déçu parce que c’est mes meilleurs amis. Mais, je les comprends quand même.

Silence

En tout cas, moi ce que je sais, c’est que la vie, elle est super belle. Franchement. Même si on a vécu des trucs durs et tout ça. Il y a tellement de choses merveilleuses. Moi la nature, et ben c’est vraiment quelque chose qui m’a aidé à grandir. C’est grâce à ça. Parce ce que quand j’étais petit et ben moi, j’étais dans mon monde. Je ne dirais pas que j’étais autiste mais, ce qui m’a sauvé, c’est que je me posais tellement de questions, tellement tellement de questions. Et puis j’ai vu pleins de personnes de l’école spéciale qui sont devenues fous, qui sont devenues alcooliques, qui se sont suicidés, qui ont tellement mal tourné, et qui n’ont pas réussi à s’en sortir. Et, je sais pas moi, quand je regarde une fleur ou un morceau de bois, ou un arbre, ou des insectes, j’aime tellement les insectes. Et c’est fou parce qu’il s’est passé tellement de choses dans cette école spéciale. Quand j’ai eu 18 ans, j’en pouvais plus d’être là-bas. Et je trouvais que je n’étais pas différent des gens de l’extérieur, et c’est mes copains de l’extérieur qui me l’ont fait remarquer. Et, il y avait le centre PMS. Et mon père il disait « ouais il ne faut pas que tu ailles au centre PMS, parce que si tu vas au centre PMS, ils vont faire des choses pas bien à la maison ». Et même si mon père était méchant avec moi, je le croyais quand même. Alors j’allais jamais au centre PMS. Je ne disais jamais rien là-bas. Ils ne me connaissaient pas. Ils ne savaient rien de ma vie. Et, en ayant 18 ans, j’ai commencé à me rebeller quoi. Et Madame ???était super gentille, elle me connaissait depuis l’âge de 13 ans. Et à 18 ans je lui ai tout lâché. Et elle n’en revenait pas. Je lui ais dit en pleurant que j’en pouvais plus d’être dans une école spéciale. Et que si j’étais handicapé, je m’en foutais, je resterais dans cette école. Mais je voulais savoir si j’étais handicapé quoi. Alors elle m’a dit qu’elle connaissait un monsieur à l’extérieur de l’école et qu’elle allait lui dire de venir me voir. Elle s’est battue…elle s’est même engueulée avec son père tu t’imagines. Je me rappelle du jour ou le monsieur est venu. J’avais la trouille parce que j’avais peur de ne pas réussir le test. J’avais peur, j’avais peur. Et euh, le monsieur il est venu et il m’a dit « tu sais lire? » alors moi « ben non », « tu sais écrire? », « ben non ». Alors il a fait le test par rapport à ce que je sais faire. Et il a commencé à me faire faire des trucs de…des petits carrés et tout ça. Et j’allais super vite et je réussissais à faire tout ce qu’il fallait faire comme forme. Il y avait des trucs c’était de tous petits dessins, je m’en rappelle encore, et il manquait des détails. Et puis ça m’amusait alors je lui demandais « je peux continuer? Je peux continuer? ». Il me disais « oui, mais le test est terminé ». Mais moi je voulais voir jusqu’où je pouvais aller. Alors il a bien voulu prendre le temps et il a continué. Et puis alors, je sais pas il avait l’air tracassé, alors je lui ais demandé si quelque chose n’allait pas. Et puis il me dit « tu ne veux pas essayer d’autre truc? », alors il me faisait essayer d’autres trucs. Et puis le mec, à la fin, il me dit « Et ben franchement, je vais dire une chose, dans cette école, ce sont des cons », il m’a carrément dit ça comme ça alors moi ça me faisait bizarre, « et ton père c’est un ignard. Je m’excuse de te dire ça, mais tu n’as rien à faire dans une école spéciale ». J’étais bien perturbé encore à cette époque là, mais je sais plus, je crois qu’il m’avait donné 125 de QI, un truc comme ça. Il m’a dit « tu devrais être dans une école normale ». Et puis je sais bien qu’il avait parlé une demi heure dans le bureau de madame ???, et euh…Mais moi j’étais content, je ne savais pas tout ce que ça voulait dire tout ça. Et je dis « alors quoi je suis handicapé? » et lui « mais non tu n’es pas handicapé, tu ne dois pas penser une telle chose, tu n’as rien à faire ici ». Et moi je voulais perdre la pension. Parce que si je perdais la pension, pour moi ben, je voulais pas…C’est bizarre, je voulais pas des sous si j’étais pas handicapé. Parce que dans cette école, il y avait des F1, des types 2 et des trisomiques. Et moi j’étais dans des classes avec des gens comme ça. Et toute la journée, qu’Est-ce que je faisais, je jouais aux cartes avec eux. La seule chose que je faisais, je leur enlevais une carte, je leur remettais une carte, je sais pas si tu imagines quoi. C’était vraiment un truc de fou. Il y avait des caractériels et tout. Et puis il y avait d’autres trucs qui étaient impressionnants. Quand j’étais petit, j’écoutais autour de moi, et j’entendais les profs qui parlaient dans les couloirs et qui disaient « oui cette année on va être en manque d’effectifs, il faut qu’on remplisse les quotas sinon on va perdre des places pour les profs ». Alors ils avaient pris des élèves qui étaient des cas sociaux des enseignements normaux pour remplir les quotas. Et alors euh, comme ça les profs ils étaient pas virés. Mais c’était pas bien, parce ce que ceux qui avaient du mal à l’école, parce qu’il y avait aussi des gens qui avaient du mal mais qui avaient juste du retard scolaire, mais ils étaient perturbés par les autres qui étaient des cancres et tout ça, alors ils avançaient pas, et c’était l’anarchie dans l’école. Mais les profs ils s’en fichaient, ils avaient leur quota d’élèves. Et c’est tout des trucs comme ça qui m’ont rebellé contre le système. C’est par exemple pour ça que j’ai jamais voulu rentrer dans le système, et qu’à 18 ans je me suis dit que je ne travaillerais jamais pour un patron, je me débrouillerais. J’ai quand même eu un parcours merveilleux, et je suis toujours vivant en plus.

Alors tu as quand même travaillé?

Oui. Quand j’avais 6 ans je voulais devenir apiculteur.

Super…

C’était mon rêve. Et madame M elle m’a aidé à le réaliser. Et quand je suis sorti de l’école et que mon père a commencé à me virer de la maison, elle m’a assisté. Elle a même failli perdre sa place à l’école tellement elle a voulu m’aider. Et il y a eu Monsieur ???, Henry, et pour moi c’est un peu comme mon papa. Et cet homme là c’est un homme extraordinaire. C’est un super autodidacte, et il était apiculteur à C… . Et, il avait 250 ruches, c’était des carnica. Et Madame ???elle m’a dit « écoute Jean-Baptiste, j’ai trouvé un apiculteur dans le botin, on va lui téléphoner ». Ouais je suis content et tout ça. « Alors on va voir hein ». Et moi j’étais comme ça, j’écoutais, elle en avait fait plein. Elle était extraordinaire cette femme parce que elle avait un don de charmer les gens, de sentir… « Vous ne voudriez pas le voir un petit peu, même si… » Et moi j’entendais le monsieur au téléphone : « Non, je ne peux pas le prendre, vous savez moi je suis pensionné, j’ai un petit commerce, et si je prend quelque un, je perd ma pension ». On ne connaissait rien en fait de ce monsieur, et dans le journal il était mis que MonsieurR il faisait de l’insémination artificielle et tout ça. Je ne savais pas vraiment ce que c’était … Et un jour elle m’a obtenu un rendez vous avec lui. C’était le plus beau jour de ma vie. Mais la deuxième année mon passé m’a rattrapé, c’est ça qui est dommage. J’étais pas…j’étais encore quelque un de faible. Et alors heu…un jour je vais là bas, et j’ai vu un monsieur super gentil, et j’avais jamais ressenti de l’amour d’un monsieur comme ça, et de sa femme. « Bonjour…ça va? C’est toi… » Tu me dis si tu veux aller au toilette ou quoi…

Non, non…

Et il me dit  « c’est toi qui vient pour apprendre les abeilles? » avec un petit air comique et tout. Super sympa, trop marrant cet homme là quoi. Et il me dit « ben vient ». Alors il me présente à sa femme. « Tu veux manger une tartine? », alors moi « Ben ouais je veux bien… ». Et MadameR elle lui dit « mais fais attention, ne lui fais pas peur, il n’a peut être jamais vu d’abeilles, ne va pas trop vite dans les ruches, ça va l’impressionner ». Mais moi j’étais halluciné, j’étais comme ça…J’avais envie d’apprendre et tout, j’étais tout excité. J’étais tellement content. Je ne pouvais même pas imaginer qu’il allait m’arriver un truc comme ça. Et je pensais qu’à un truc : il faut que je reste ici, il faut que je reste ici. Et alors, on va voir les abeilles, et il me présente…comment elle s’appelle…un monsieur qui était diabétique et qui donnait bénévolement un coup de main. Je ne me souviens plus de son prénom, mais c’était un type qui était trop gentil. Ça va me revenir son prénom. Il adorait les abeilles alors il voulait donner un coup de main. Alors il me montre les ruches…Et il me dit « tu comprends, moi je ne peux pas te prendre, mais tu pourras venir de temps en temps nous voir hein? Mais moi je suis pensionné et tout ça et c’est comme ça », et moi « oh mais c’est pas grave… ». Et je regardais les abeilles, j’étais trop amoureux des abeilles. Et il m’observait. Et c’était trop impressionnant parce que tu vois il me disait ça, ça, ça, et après il disait « oh mais on fera ça ensemble, ça ensemble,… » Et puis à un moment il m’a dit « Je sais pas mais, je crois qu’on va essayer de faire un truc ensemble, parce que moi je fais un nouveau truc, ça s’appelle le carippa, ça vient du Sud, et c’est un truc ou il y a un laboratoire et tout sur les abeilles. Mais bon, il y a des histoires d’argent et tout. Mr R. c’est quelque un de très simple et tout le monde l’a volé cet homme là. Mais lui il s’en fout, il est très malin. C’est un super autodidacte. Parce que tout le monde l’enviait parce que ils n’étaient pas capables de comprendre le fonctionnement des abeilles. Et tout le monde me disait que j’avais de la chance, que j’avais un super bon prof. Alors à la fin, Mr R. est devenu mon formateur, et Etienne B. est devenu mon patron. Et avec un système comme ça, ils m’ont permis de faire de l’apiculture. La weep c’était un programme pour personne handicapée qui a un doigt coupé, une main coupée ou du retard scolaire, et moi je ne savais pas lire ou écrire, pour faire quelque chose de ta vie. Et je suis devenu le premier apprenti apiculteur de Belgique. Il n’y en avait pas. Et le pire c’est que j’étais le premier apprenti apiculteur et j’ai appris l’insémination artificielle. Parce que Mr R. c’est sa spécialité. C’est le plus grand dans ce domaine là. Moi j’ignorais tout ça. Et Mr R., quand il m’a regardé, et ben en fait il a vu un truc chez moi, c’est que visuellement et auditivement j’enregistrais tout, et j’avais une super mémoire. Et au début il me dit « écoutes, il va falloir qu’on trouve un moyen, parce que si tu ne sais pas écrire, pour les cours… » et il me montre les cours « il y a tout ça à apprendre, et les personnes de la weep, si ils voient que tu n’évolues pas, ils ne vont pas te laisser faire une deuxième année ». Et tous les trois mois, il y a un monsieur spécial de la weep qui venait. Et moi j’avais tellement peur de ne pas pouvoir être à la hauteur, je me suis battu mais comme un fou quoi. Et, on a essayé avec ça (il montre le dictaphone) mais ça ne marchait pas. Et M. R. il a dit « mais t’enregistres bien, je crois qu’on peut réussir sans ça ». Alors on a commencé à travailler dans les ruches, et il m’expliquait, et je retenais, et puis il m’apprenait des trucs et tout ça. Après il me laissait travailler tout seul dans les ruches. Après il m’a appris l’insémination artificielle avec la consanguinité, la prise thermique, avec les carnica et les autres espèces d’abeilles, et puis avec les capillaires,…avec tout quoi! Alors on travaillait à deux sur la binoculaire et des trucs comme ça. Donc j’ai fait deux ans de formation et je suis devenu le premier apprenti apiculteur en Belgique. Et j’ai travaillé en France aussi. Je me suis fait un ami qui habite à…c’est comment encore…c’est là ou j’ai fait mes stages…euh, c’est tout près d’Amiens.. et euh…j’ai un trou de mémoire…je me rappelle plus de son prénom. Pourtant, je l’ai vu il y a trois ans quand j’ai fait le chemin de St Jacques de Compostelle…

(à suivre)

Et si c’était Jésus – Part I

Le mercredi 22 Mars 2006, je marchais dans une large rue de Lyon. Les giboulées avaient refroidi les esprits de chacun et un grand soleil venait les ranimer. Je marchais donc, sans m’attendre une seconde qu’un homme allait venir à ma rencontre. Et il vint, surgi de nulle part, et il me stoppa, me demandant si j’avais quelques secondes à lui consacrer. Je lui offris un sourire en guise de réponse mais l’avertis que je n’achèterai rien. En quelques mots, il m’expliqua sa situation : voyageur itinérant, il a quitté les Ardennes où il vécut comme ermite dans une cabane protégé par la foret, il s’arrête quelques jours à Lyon avant de reprendre son chemin pédestre jusqu’aux Pyrénées où il projette de construire une yourte. Il souhaiterait seulement une petite pièce pour s’acheter un scalpel. « Un scalpel? » lui ais je demandé. Son sac avait été volé et ses outils de sculpture prêtés à une jeune fille. Il m’apprendra plus tard qu’il sculpte des petits personnages de bois.

Un regard, une phrase. Je lui tend une pièce de deux euros. Il me tend la main et se présente : Jean-baptiste. Je souris. Mon sourire lui plait.

J’ai devant moi une histoire, une identité, une particularité déjà trop palpable. Sans réfléchir, je lui demande de me partager son trésor. J’aimerais écrire son histoire. Il accepte, stupéfait par cette attente aussi sincère que spontanée venant d’une simple inconnue. Providence? Coïncidence? J’ai rencontré un ange. Il m’a offert sa vie. Des bribes de conversations résonnent encore en moi : son illettrisme récemment résolu, une nature en laquelle il a foi, une école spécialisée où on le considérait comme handicapé, les abeilles…et ce regard, ce regard si adulte et enfant à la fois.

Le rendez vous était fixé pour le lendemain, au même endroit de notre rencontre. Pour marquer une continuité tout en y injectant la rupture d’une confiance. Je devais me présenter à notre premier entretien munie d’un dictaphone et avec quelques sous en poche, juste de quoi payer deux cafés.

C’est avec une grande excitation, une infime crainte et une certaine fébrilité que je m’avançait vers lui jusqu’à lui donner une bise. Habillé comme la veille, il semblait avoir été touché par la pluie de cette nuit. Nous nous sommes alors installés à l’intérieur du café de la République, à une table que nous n’avons quitté que quatre heures après sur une promesse monumentale.

« Je vais commencer par quand j’étais petit. Je suis née le 10 Mai 1977. Le 10 Mai qui vient, je vais avoir 29 ans. Mon père s’appelle Marcel Raffault et ma mère s’appelle Andrée Rings. J’ai une sœur qui s’appelle Valérie, qui a 27 ans, et j’ai une autre sœur qui a 25 ans et qui s’appelle Virginie.

Tu les revois encore ?

On n’a pas vraiment un super contact en fait. C’est à cause du passé qu’on a eu et tout ça. En fait, j’avais une maman qui était alcoolique, et un papa qui est alcoolique. Ma maman, elle avait de très gros problèmes avec l’alcool, et mon père aussi…Euh, je me lance et on verra bien après pour tout démêler. Quand on était tout petit, moi j’avais mes deux sœurs et vers 5 ou 6 ans, mon père travaillait chez Colgate-Palmolive, c’est une usine de savon et de nettoyage, qui fait des produits et tout ça en Belgique, c’était ma maman qui nous gardait quoi. Et en fait, ma maman elle buvait, mais quand elle avait pas bu c’était une madame super gentille, mais quand elle avait bu c’était comme docteur Jekyll et mister Hyde tu vois. Elle changeait complètement c’était une autre personne. Moi et mes sœurs on était tout petit mais, je ne sais pas si on réalisait très très bien mais ça marque quand même, quand mon père partait, alors qu’il savait très bien que ma maman buvait, ma mère elle pétait des câbles comme ça. Un jour, on était avec mes sœurs à table, c’était l’heure du repas, ma maman nous disait « gardez votre bol, continuez à boire », alors qu’on avait fini. Alors on avait peur, on ne comprenait pas ce qu’il se passait. Tu vois, quand tu es petit, tu ne comprends pas ce qu’il se passe. Alors on tenait notre bol comme ça et il était vide, elle nous engueulait, après elle disait « je pars, je vais faire un tour ». Moi j’étais là avec mes deux sœurs, on était là, on tenait notre bol, et après, ma mère revient et dis « les enfants, c’est grand-mère ». Elle était à la porte et elle délirait. Moi et mes sœurs on était en train de pleurer, on ne comprenait rien du tout. Mes petites sœurs elles comprenaient pas trop, mais moi j’avais la trouille quoi. Ma grand-mère elle était morte. On ne comprenait pas ce qu’il se passait. Elle changeait sa voix. Elle était fort tordue avec l’alcool. Alors nous on pleurait, on ne comprenait pas ce qu’il se passait. Et puis, quand mon père il revenait, alors il avait conscience de ça il l’engueulait ou il fermait la porte de la cave. Il ne faisait rien de…Lui il n’était pas fort agressif. Il était quand même attentionné, et puis là encore, il est tout gentil. Et alors, ce que je me souviens en étant petit, tout ce qui m’a fort marqué c’est aussi que…en fait, le truc que j’ai jamais compris, c’est que mon papa, il aimait bien mes sœurs, ma maman aimait mes sœurs mais pas trop, et quand j’étais petit ma maman a essayé de me tuer plusieurs fois parce que j’étais son préféré, mais mon papa comme j’étais le garçon, et ben lui, comme il a été à l’orphelinat, et ben j’étais le coupable. Alors c’est moi qui prenais tout. Mais, en fait, ma maman, pendant un an et demi, jusqu’à 7 ans ou 8 ans, je ne sais plus très bien, elle est restée avec mon père, mais après elle est partie. Tout le temps ou elle est restée avec mon père, mon père buvait aussi, et il s’est passé d’autres choses. Donc nous on est venu de France. Tu me dis si je parle trop vite ou si ça ne va pas. Et, je me rappelle de quelques détails, et à ce moment là, on menait une vie normale quoi, enfin je me rappelle de quelques détails ou elle est tombée et elle était saoule, mais c‘est tout. Et puis elle avait envie de revoir sa famille parce que mon grand-père et ma grand-mère habitaient en Belgique. Ma maman, quand elle était petite, elle avait des problèmes avec ses parents. Mon grand-père n’aimait pas les filles, il voulait des garçons. Il en a eu trois, et ma marraine. Si tu veux je te donnerais des noms. Mais, mes oncles, il y en à qu’un qui n’est pas fou. Ma grand-mère c’était une super gentille madame. Quand j’étais petit elle me prenait sur son dos. Je me rappelle juste de sa robe à pois. Elle avait une robe bleue. C’était la grand-mère du coté de ma maman, elle était super gentille. Elle est morte en tombant des escaliers de la cave. Mon grand-père lui, il est mort dans l’incendie de la maison, parce qu’il n’a pas osé sauter. Je crois qu’il y a eu un peu des attouchements avec ses filles. Il a été très dur avec elles. Ma tante Nadine, elle est handicapée. La tante Nadia, elle est complètement folle et alcoolique aussi. Mon oncle Patrice, la dernière fois que je l’ai vu, c’était il y a deux ans, dans la rue, il est alcoolique aussi. Ma marraine, Marie-Paule, qui était bien, mais elle est en train de péter des câbles aussi. Elle a deux supers enfants, mes petites cousines. Euh voila, c’est pour ça qu’il faut qu’on prenne du temps parce que c’est tellement large comme truc, pour donner tout…Parce que j’ai envie de tout donner, tu vois, parce que j’ai confiance. Et…tu me dis si ça va pas hein ? Et alors euh…je vais essayer de rester dans le concret et parler de mon histoire. Et il y avait ma maman, et elle est alcoolique aussi. Elle a très mal affecté que sa maman soit morte. Et alors, quand j’étais petit, moi les trucs qui m’ont traumatisé…ce qui m’a aidé c’est que je me posais beaucoup de questions. J’étais un petit peu comme un autiste, j’étais dans mon coin et je disais jamais rien, j’avais super peur. Je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait. J’avais mes copains de l’extérieur et tout ça, et je voyais que leurs familles avaient l’air plus normales que la mienne. Là, je ne comprenais pas tout ça, c’est en grandissant que j’ai compris pourquoi, pourquoi, pourquoi. Et, les trucs qui m’ont super marqués dans mon enfance, qui ont fait que j’ai eu du mal à me relever et à grandir normalement, c’est que ma maman, à des moments, elle buvait et elle nous disait d’aller à l’école, d’aller attendre le bus, et on passait la journée à attendre le bus devant la maison. Mais là c’était le début, c’était déjà super trash. Et nous on attendait, toute la journée, et il n’y avait pas de bus. Et quand mon papa rentrait, il nous demandait ce qu’on faisait, on lui disait que c’était maman qui nous avait dit d’attendre. Alors ils se disputaient, mais ça durait pas longtemps et ça finissait comme ça.

Ils étaient physiquement violents entre eux ?

Il y a eut des trucs hyper violents. Mais là c’était encore calme. C’est avec le temps que c’est devenu de plus en plus horrible. Alors, c’est là que j’ai commencé vraiment à souffrir. Pour mes sœurs ça allait. Et donc, un jour ma mère devait nous coucher, il y avait ma tante, Marie Lou, son mari et ma petite sœur Virginie. Mon père buvait dans le salon, il faisait la fête. Elle nous avait fait prendre notre bain et devait nous coucher. Elle m’avait mis dans mon lit pour me border, et alors, ma sœur était dans une autre chambre, moi j’étais dans la mienne, et là, elle me mets dans mon lit, et le pire c’est que je me rappelle de tous les détails c’est ça qui est impressionnant, alors, elle me mets dans mon lit et elle avait bu, alors elle me dit « tu vas crever, espèce de saloperie ». Alors moi je ne comprenais pas, j’étais petit et puis c’était ma maman. Elle a pris le coussin et elle a commencé à me le mettre sur la tête. Et moi j’avais tellement peur, il se passait tellement de trucs bizarres, que j’essayais même pas de réagir sur le moment. Et j’avais ma tête comme ça, je respirais, et elle tenait le coussin mais elle ne le tenait pas bien parce qu’elle était saoule. Et quand tu es petit tu ne comprends pas forcement ce qu’il se passe tu vois. Tu sens les choses quoi. Je respirais, et je ne bougeais pas, et j’attendais que ça passe…Elle était en train de dire des trucs horribles. A un moment, elle a bien mis le coussin, et je commençais à ne plus réussir à respirer. Alors là j’ai commencé à me débattre. J’ai commencé à avoir peur, à pleurer, à crier. Elle a quand même plus de force que moi. J’étais dans mon lit comme ça, et avec mes pieds, en forçant, j’ai réussi à glisser un peu, et comme elle était ivre, elle ne tenait pas forcement super bien le truc. Et j’ai réussi à glisser, à me faire tomber du lit, en poussant et en m’agitant, et puis je pleurais, je pleurais. Et ma maman a essayé de ma rattraper, j’ai senti sa main qui passait à coté de mon bras, et puis j’ai couru, j’ai couru, je suis arrivée dans le salon en criant « papa, papa ». Et lui « qu’est-ce qu’il se passe ? ». J’ai sauté sur le divan et j’ai dis « maman…avec le coussin ». Et là ma maman est arrivé, avec le coussin qu’elle faisait traîner, en titubant, complètement saoule, elle disait « tu viens te coucher chéri? Allez viens il faut aller dormir »…Enfin je sais pas si tu t’imagines, le truc de fou. Moi j’avais la trouille quoi. Alors mon père s’est pris la tête…Après je ne me souviens plus de ce qu’il s’est passé le soir…Mon père a continué à travailler et tout ça, à ne même pas se prendre la tête du genre « ouais c’est pas normal, il faut faire quelque chose ». Mais c’est parce que ça a commencé à lui poser un problème qu’il s’est séparé de ma mère. Et ça c’était le premier truc. Mais il y a eu une autre chose encore. Entre temps, il s’est passé pleins de trucs. Mais là mon père il n’était pas agressif, il n’était pas méchant. Je crois qu’il ne s’occupait pas trop de ses trois enfants en fait. Après, il a était tout seul à s’occuper de nous. Et alors, une autre fois, c’est encore en allant se coucher, c’était le soir, et là mon père il n’était pas là, il était parti travailler, et ma mère ça allait, elle était super gentille et tout ça,…quand elle a pas bu c’était une maman super gentille, extraordinaire quoi. Ce n’est pas ça le pire, c’est après. Pour moi, c’est après, de la voir dans les hôpitaux et tout ça. Ce jour là, je m’en rappellerai toujours de cette image là, j’aurais presque envie de te montrer la maison parce que mon père habite toujours dans la maison ou ça s’est passé, et…c’est trop impressionnant…

Il habite tout seul maintenant ?

Ouais…Et, euh, on était couché en haut, il y avait ma sœur, on était dans la même chambre, c’était en Belgique, et je devais avoir, je sais pas, 6 ans et demi, je pense, tu vois je ne sais plus très bien l’age que j’avais, et dans la salle de bain,…enfin, tu vois dans la maison, il y a des conduites d’aération, ou l’air chaud il passe, c’était un espèce de chauffage à mazout. Et en fait, l’air chaud circule dans la maison par ces conduits, ce qui veut dire que tu entends ce qu’il se passe en bas quand tu es en haut. Et moi et ma sœur on était dans la chambre, on entendait ma mère qui était en train de crocheter la porte de la cave, parce que mon père mettait toutes les bouteilles d’alcool dans la cave. Elle a réussi à rentrer dans la cave, et je sais pas pendant deux heures, ça allait, mais moi je n’arrivais pas à dormir, j’avais tout le temps la trouille tu vois. J’avais peur, il se passait tellement de trucs bizarres. A un moment, je commençais à m’endormir, et j’entends ma mère qui entre dans la salle de bain. A un moment, j’entends du bruit et je ne comprends pas ce qu’elle fait. Dans la salle de bain on avait, je sais pas si tu vois, c’est un espèce de truc comme ça, carré, avec une résistance à l’intérieur, c’est en plastique, il y a trois vitesses, et c’est pour chauffer la salle de bain, et ça envoie de l’air chaud. C’est quand même lourd, ça pèse quand même quatre ou cinq kilos, tu vois, même un peu plus. Je sais pas ce qu’elle faisait. Moi j’étais dans mon lit. J’entends ma maman qui monte les escaliers. J’avais peur, je sentais qu’elle était saoule. Elle titubait en montant les escaliers, ça s’entendait. Alors moi j’étais dans mon lit, je faisais comme ça sur mon visage, comme ça avec mes yeux, parce que j’avais peur qu’elle voit que j’étais réveillé Je savais pas quoi faire tu vois. Ma maman, elle a pris le radiateur de la salle de bain, c’était encore pour ma pomme, parce que, c’est-ce elle me disait plus tard quand elle était dans l’hôpital psychiatrique, et alors, elle est venue avec le radiateur de la salle de bain, moi j’ai mis ma couverture sur moi, j’ai fermé les yeux, je me suis mis en boule, et elle me l’a lâché une dizaine de fois dessus. Elle l’a jeté plein de fois, plein de fois, et ça s’est arrêté parce que mon père est rentré du travail. Et le pire c’est que mon père n’a pas jeté ce radiateur. Et moi, j’étais sous ma couverture, je devais avoir mal, mais j’avais tellement la trouille, que je ne sentais même pas le radiateur qui me tombait dessus. Je sais que j’étais tout bleu ici. Le pire pour moi, c’est qu’en grandissant, j’ai toujours continuer à voir ce radiateur qui était dans la salle de bain, tout cassé, qui avait été recollé mais qui fonctionnait encore. Des trucs comme ça. Un jour, mon père, comme il en avait marre de ma mère, il lui a dit qu’elle devait arrêter de boire et tout, et elle a fait des hôpitaux psychiatriques. Et alors là…

C’est ton père qui a décidé de la mettre là bas…

Oui c’est lui, mais aussi avec ses frères à elle. Et là, pour les enfants, c’est trop dur des trucs comme ça franchement. Moi je petais grave des câbles en étant adolescent. Et euh…tu me le dis si t’en as marre…Alors là, pour nous ça a été super dur parce que ma tante, Marie Paule, venait avec mon oncle et disait « c’est aux enfants de décider avec qui ils veulent vivre ». Alors là, elle était partie à l’hôpital, nous on comprenait pas, on était tout petit.

Quel age ?

Je crois que je devais avoir 7 ans et demi un truc comme ça. Et…mon père a eu notre garde. Et…avant il ne buvait pas trop, et lui il a commencé à boire quand il a eu notre garde. Et…nous on comprenait rien. On nous disait que notre maman était à l’hôpital, que c’était pour se soigner, qu’on pouvait venir…Mais en même temps, il voulait divorcer, parce qu’il en avait marre d’être avec ma mère. Et elle, elle a commencé à être dans les hôpitaux psychiatriques. Ça ça a été encore pire, parce que non seulement mon père a commencé à être de plus en plus agressif, et il avait des maîtresses quoi. Et là, pour moi ça a été un traumatisme, parce que…tout ça s’est saccadé…mais je me rappelle de, par exemple, une fois, on était parti avec mon père en voiture, et il nous faisait attendre dans la voiture, il nous disait qu’il allait revenir, et il partait pour aller tirer son coup tu vois. On est resté trois heures dans la voiture avec ma sœur, on en avait marre. Et quand il est revenu, il était saoul. Et ça s’est arrivé des dizaines et des dizaines de fois, ou mon père il roulait comme ça dans tous les sens. On lui disait « papa, va plus par là, va plus par là », sinon on se mangeait la barrière de l’autoroute. Pleins de fois, pleins de fois. Si on ne lui disait pas ou aller, on partait dans le décors. C’était vraiment horrible. Nous on avait peur, mais en même temps, on était un peu inconscient, on n’avait pas la conscience du vrai danger. Et…là mon père, il ne pouvait plus travailler parce qu’il avait notre garde, alors il allait beaucoup au café. Moi j’étais en première année d’école primaire, j’étais complètement perturbé, et je n’avançais pas à l’école. Et en plus à l’école je me faisais frapper. Parce que moi, je sais pas, je disais rien, je restais dans mon coin. Tu vois les enfants ils sont méchants entre eux. Ils ne se font pas de cadeaux. Comme j’avais peur et tout ça, je ne me défendais pas ni rien. Je me faisais frapper dessus, on me tirait les cheveux. J’étais tout le temps dans mon coin, et comme ça je suis devenu la tête de turc. Alors c’était à l’école, c’était à la maison. Et puis, je me rappelle d’un truc, c’est le pire, c’est pourquoi je me suis retrouvé à l’école spéciale, et qu’est-ce qui a fait tout ça, c’est ça le pire. C’est ça le plus affreux en fait. Et ça, ça me fout les boules. J’avais une prof en primaire qui s’appelait Madame Bolène, et on était trois ou quatre, et en fait, les autres parents, qui étaient normaux, ils avaient appris à leurs enfants, avant l’école primaire, à écrire leur prénom. Et quand on arrivait à l’école, on avait un petit papier comme ça avec notre prénom dessus tu vois. Et moi je ne savais pas écrire mon prénom, parce que mes parents, ils ne m’avaient pas appris tu vois. Et moi, j’étais là, avec les autres élèves, et je ne savais pas écrire ni rien. Madame Bolène, elle aimait bien les enfants qui étaient un peu doués et qui faisaient bien les choses. C’était une prof à mon avis qui était…mais quand tu es enfant tu comprends pas, c’est en grandissant que tu comprends ce que tu peux pas comprendre quand t’es petit…donc à mon avis elle était dépressive. Elle était quand même un peu dure. Au début elle n’était pas trop agressive. Il y en avait qui arrivait directement à faire le travail. Elle disait que c’était bien. Et il y avait moi et Rachid, il s’est retrouvé dans la même école spéciale, ses parents ne lui avaient rien appris non plus, et elle, à la place de nous aider à apprendre, elle s’occupait que des bons élèves. Et nous on savait rien faire quoi. Elle nous a mis au fond de la classe. Elle nous disait qu’on était des ânes. On ne savait pas quoi faire, alors on était un peu dissipé, on faisait les idiots et ça faisait rire les autres. Des fois elle prenait l’éponge et elle nous la jetait à la figure. On devait effacer le tableau. Je me rappelle que quand j’écrivais, je faisais des lettres toutes tordues. C’était vraiment bizarre, je n’arrivais pas à tenir un crayon. J’avais trop de trucs qui me prenaient la tête quoi. J’essayais, j’essayais… »

(à suivre)