Catégorie : La Mère Michelle

Leçon n°61

Déjà il avait commencé à parler de la Légion quand, en me fixant, il s’interrompit.

  • Mais j’ai l’impression de t’avoir déjà vu

Moi j’en avais gardé le souvenir.

Je dus me retenir à d’invisibles agrès, j’aurais roucoulé. Les mots n’eussent pas seulement, ni le ton de ma voix, exprimé ma ferveur, je n’eusse pas seulement chanté, c’est vraiment l’appel du plus amoureux des gibiers que ma gorge eût lancé. Peut-être mon cou se fût-il hérissé de plumes blanches. Une catastrophe est toujours possible. La métamorphose nous guette. La panique me protégea.

J’ai vécu dans la peur des métamorphoses. C’est afin de rendre sensible au lecteur en reconnaissant l’amour sur moi fondre – ce n’est pas la seule rhétorique qui exige la comparaison : comme un garfaut – la plus exquise des frayeurs que j’emploie l’idée de la tourterelle. Ce qu’alors j’éprouvai je l’ignore, mais il me suffit d’évoquer l’apparition de Stilitano pour que ma détresse aussitôt se traduise aujourd’hui par un rapport d’oiseau cruel à victime. (Si je ne sentais mon cou se gonfler d’une tendre roucoulade j’eusse plutôt parlé d’un rouge-gorge.)

Une curieuse bête apparaîtrait si chacune de mes émotions devenait l’animal qu’elle suscite : la colère gronde sous mon col de cobra, le même cobra gonfle ce que je n’ose nommer, ma cavalerie, mes carrousels naissent de mon insolence… D’une tourterelle je ne conserverai qu’un enrouement que remarqua Stilitano. Je toussai.

 

Journal du voleur, Jean Genet

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Si tout se joue avant 6 ans

Il y a l’avant et l’après.

Avant de le savoir,

je faisais comme je voulais.

Avec la pratique,

j’ai fait comme je pouvais.

Désormais,

j’aimerai faire comme si.

Comme si ce n’était pas une restriction mais bien une révélation.

Comme si ce n’était pas une répétition mais bien une méditation.

Si tout se joue avant six ans,

nous avons encore quelques jours pour profiter de notre première ère,

l’ère du temps fulgurant, de l’échappée belle et des tremblements.

 

Cette première photo avec toi en moi.

Puis,

le passage de nos petits pas dansant à nos enjambées conscientes.

 

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J’étais dans cette volonté que l’on s’accorde.

J’étais dans cette nécessité, que je t’ai imposé.

Perception du monde à portée de mains

et lancées de regards au loin.

Ensemble nous avons voyagé pour ne jamais nous ennuyer ensemble.

 

Chercher des étoiles de mer, donc

Tu ne me suffisais pas, je ne te suffisais pas.

Tu observais l’infiniment petit

lorsque je guettais l’infiniment grand.

 

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De conciliation en réconciliation,

de manifestation en résolution

– p r o c e s s u s –

j’ai retrouvé mes portes et mes fenêtres.

 

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Et lorsque tu as su prononcer ton prénom

j’ai su considérer le mien.

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Être ta mère c’est être intensément moi.

Dans tous mes travers, dans tous mes revers.

Dans toute ma lumière,

même là où seul un réverbère

éclaire mes pieds figés dans la pierre.

Être ta mère, c’est ne pas avoir d’autre choix qu’être moi.

Révéler sans rien omettre.

Déployer.

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Si tout se joue avant six ans,

on exige une revanche.

Et ainsi reconduire,

pour six nouvelles années,

le temps fulgurant, l’échappée belle et les tremblements.

Je veux recommencer les vagues, la marée basse, le calme plat et les tempêtes.

Être avec toi dans la vie comme en mer.

Déployés.

 

10ème jour

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*

Alors, tout ça pour quoi?

Il n’y a pas eu de révélation, il n’y a pas eu de désastre

Ces 10 jours ont été comme les jours précédents et comme ceux qui suivront

Rien à signaler, la vie

Des difficultés et des soulagements

La routine et les aléas

Rien qui ne justifie d’être écrit ici

Et pourtant, j’ai raconté des faits j’ai développé des réflexions

A petites doses, certes, mais quand même.

En toute honnêteté, cela ne m’a pas apporté grand chose,

mises à part la désagréable impression de déblatérer des banalités

et la, plus sympathique, satisfaction d’avoir tenu le défi jusqu’au bout.

Alors, tout ça pour quoi?

Pour pas grand chose finalement.

Pour réaliser que ma vie n’est pas grand chose,

c’est la mienne, c’est tout.

Demain, le père de mes enfants rentrera à la maison,

nous retrouverons la normalité de notre foyer,

nous poursuivrons ainsi aussi longtemps que nous le souhaiterons,

et nous vivrons notre vie comme vous vivez la votre.

Pas de quoi en tenir un blog.

Je poursuivrais mes écritures dans mon coin

en espérant attraper le plaisir que l’on me promet

et lorsque je croiserai un magicien, je lui dirai « encore! ».

Je veillerai à l’équilibre des forces et parfois je faiblirai et parfois je basculerai

en diagonale, si possible

*

8ème jour

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*

Aujourd’hui, il n’y avait rien à transformer

Il y avait juste à être présente, ouverte, disponible

D’ailleurs, il n’y avait pas, j’étais

Présente, ouverte, disponible

Rien à forcer, rien à fabriquer

A leurs rythmes, à leurs invitations

Rien à en tirer, juste des instants à vivre

dans l’immédiateté, dans l’éphémère

Il y a des jours comme ça

où je n’attends rien où je n’espère rien

de plus

Je suis là

avec eux

tranquille

Il y a des jours comme ça

et ce sont des jours heureux, denses, dansant

*

7ème jour

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*

Je me pose encore la question du « à quoi ça sert tout ça? »

Je me la pose comme se la poserait un magicien?

Je pose la question à ceux qui m’entourent.

Le magicien se pose-t-il la question de l’utilité de son art?

Le magicien est dans l’immédiateté.

Il n’a qu’à tendre les mains pour obtenir ce qu’il recherche.

Hop, hop, hop.

Émerveillement.

J’envie le magicien.

Alors, autour d’un verre de vin rouge et d’une partie de cartes,

on me regarde avec de grands yeux comme pour me dire : « mais ça va pas la tête?! »

alors qu’ils me disent : « l’essentiel est le plaisir que tu y prends ».

Le plaisir que j’y prends?

Prendre du plaisir en écrivant?

Vraiment?

Je commence tout juste ma vie de joueuse

et je retrouve tout juste le goût d’ivresse.

Une fois les cartes rabattues et les verres vides, je peine à répondre à ces questions que l’on me pose : « mais tu écris pour quoi au juste? tu écris pour qui? »

Qui?

« Tout est une question de perspective », et je m’en vais fumer une cigarette à la fenêtre, m’excusant auprès de la lune.

*

6ème jour

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*

A mon avis,

Écrire est un acte égoïste

Écrire c’est ne pas penser à ceux qu’on va peut-être blesser

Écrire c’est autant de temps que nous ne passerons pas avec l’autre

Écrire c’est être seule avec soi-même

Écrire c’est se couper du monde

Écrire c’est ne pas s’occuper du monde

Écrire c’est être libre

Et pourtant

J’ai été élevée dans l’altruisme, je suis portée sur la culpabilité, je ne supporte la solitude qu’à petite dose, être entourée me fait vibrer, la vie extérieure est mon inspiration, j’aimerai (encore et toujours) pouvoir sauver le monde, je ressens la pression du devoir plutôt que l’amplitude du droit.

Il me faut faire avec ce qui ne s’accorde pas mais s’oppose.

Il me faut faire de ces oppositions des interstices.

Vivre, c’est composer avec ses ambivalences et ses paradoxes.

Penser, c’est affirmer une chose, et avec le temps, son contraire.

Ressentir, c’est la rencontre, en douceur en fracas, entre le corps et le langage.

Être, c’est traverser.

En diagonale, si possible.

*