Catégorie : Rouges

Rouges, etc

IMGP2448
Recherche par Delphine Bonnet

Rouges, c’est une histoire

une succession de tableaux

c’est l’histoire d’une emprise qui se répand

Rouges, c’est une vision

des mots sur feuille un point c’est tout

Rouges, c’est un projet

c’est ne pas se contenter d’un livre

c’est vouloir une totalité

Rouges, ce sont quatre mains qui s’unissent

deux regards qui se confrontent

et des dizaines de visage qui affrontent

Rouges, ce sera un texte

des illustrations

des photos

et un film

Rouges, c’est tout ce dont la pieuvre est capable

Juxtaposition

Quand les sensations de mon enfance se juxtaposent à

mes observations de leur enfance,

je tremble.

Quand ce que l’autre me dit de lui se juxtapose à ce que je dis de moi,

je tremble.

Quand ce que mon regard observe au ralenti se juxtapose à cette chanson,

je tremble.

Quand les saisons se juxtaposent à mes humeurs,

je tremble.

 

Helena Almeida
Helena Almeida

 

Quand son bleu à elle est mon rouge à moi.

Juxtaposition,

Ajuste ta position.

Extrait de « Rouges »

« Je m’appelle Clarisse et mes pensées sont rouges. Je suis omniprésente, volubile. On m’entend, on m’attend, je me déguise, je me répands. J’aime vivre aux bruits, à la foule, au vivant. Mes pensées sont rouges puisqu’elles restent au chaud, en moi, à l’intérieur de moi. Ce que l’on voit de moi n’est que le vent.

Je m’appelle Élisa et mes pieds sont rouges. Je reste là, immobile, et j’observe. Le monde est vaste, les hommes sont violents, je recule. Je reste là, immobile, et j’observe. Mes pieds sont rouges. Le jour où ils prendront le chemin de la vie, je serai parmi les femmes sauvages.

Je m’appelle Solange et mes lèvres sont rouges. J’avance lentement, je devance vos avances, esquive. Je suis l’effacée, un rien m’effraie, il ne faut pas me brusquer. Mes lèvres sont rouges, elles sont ce que j’ai de plus précieux, bouche et sexe accordés.

Je m’appelle Délia et mon rire est rouge. Je m’avance, légère, vers vous, vers eux, vers elles. Je sautille, mon pas est léger. Je me faufile et surgis là où vous ne m’attendez pas. Mon rire est rouge, il est mon offrande au monde, aux hommes, aux éléments.

Je m’appelle Marianne et mon cœur est rouge. Insubmersible. Ceux que je choisis, ceux qui m’entourent, ils vivent tous en mon sous-marin. Mon cœur est rouge puisqu’il est citadelle, de feu, de flammes, de femmes.

Nous étions des adolescentes qui ne se tenaient pas droites, qui se tenaient avachies, les épaules voûtées, les jambes recroquevillées sur le buste, assises en tailleur, assises à l‘envers, marchant tête baissée, marchant cote à cote, deux grandes et trois petites, des visages renégociés à chaque humeur, les ongles rongés, certains jaunies par les cigarettes de tabac roulé, un chewing-gum à la bouche, les cheveux emmêlés, les baskets trouées, la main comme post-it et le sac à dos comme bagage, toujours arpentant les rues plutôt que les routes, traversant en diagonale, ne distinguant aucune unité à la foule, souriant parfois au hasard, silencieuses ou criardes, jamais en avance, souvent flegmatiques, masquant ainsi mollement nos angoisses. Nous avions chacune une sexualité qui lui était propre, chacune un style vestimentaire qui lui était significatif, chacune une griffe cosmétique qui lui était symbolique. Une étoile, des chaussettes, un homme, un chapeau, un point, une femme, une spirale, aucun, un bracelet, seule, un foulard, un signe, les deux. Il n’y avait là aucune volonté de s’opposer, de se révolter, de contester, de boycotter, de revendiquer. Nous n’avions aucune conscience politique. Il y avait là une volonté de s’affirmer en tant que soi, en tant qu’identité singulière, en tant que personnalité authentique, en tant que personne encerclant le dedans et le dehors d‘une sphère unitaire. Nous étions des caricatures de nous-mêmes. Les filles rouges. Les filles peintes en rouge. Narcisses baignant dans le sang menstruel. »